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Marché du travail

À quelque chose pénurie est bonne…

Face au manque de main-d’œuvre qualifiée, les entreprises développent de nouvelles stratégies et notamment la formation interne.

La pénurie de talents aurait un « effet vertueux » : faire évoluer les salariés en place. C’est la conclusion d’une étude de Korn Ferry, un important cabinet international de conseil en organisation, publiée début octobre. Selon cette étude, d’ici à 2030, le marché mondial du travail pourrait manquer de 85,2 millions de talents, une pénurie anticipée par 23% seulement des chefs d’entreprise en France. Si tous les secteurs d’activité devraient être impactés, ce sont surtout les services financiers, ainsi que le secteur des technologies, des télécommunications et de l’industrie qui seront confrontés à cette pénurie, pour un total de 4,3 millions de salariés qualifiés pour les deux premières branches, et 7,9 millions pour l’industrie. Or, souligne Frédéric L’Héréec, associé principal chez Korn Ferry, « le besoin en compétences pour accompagner de nouvelles formes de travail sera de plus en plus fort ».

Un manque de compétences de base

En 2017, ce serait entre 200 000 et 333 000 emplois (dont 110 000 à 181 000 emplois durables) au total, qui n’auraient pas trouvé preneur en France selon les estimations de Pôle emploi. Dans neuf cas sur dix, ces recrutements n’ont pas abouti faute de candidats formés en nombre suffisant ou parce que les candidats ne disposaient pas d’une « technicité assez pointue ». Au-delà de la situation particulière de l’industrie et de quelques autres métiers, comme les métiers de bouche, par exemple, il semble toutefois que la France souffre d’un problème fondamental, comme le pointe Vincent Donne, chef de projet formation professionnelle et compétences chez France Stratégie : « En France, ce qui manque le plus, ce sont les compétences de base. Un grand nombre de jeunes (environ 100 000 chaque année) sortent du système éducatif sans aucune qualification, et ensuite, c’est compliqué car ils sortent des dispositifs de formation. » Un rapport de l’OCDE publié il y un an confirme ce diagnostic. Il démontre que la France connaît « un certain degré de pénurie pour la majorité des compétences », notamment l’ingénierie, la technologie, mais aussi des compétences plus transversales telles que la communication verbale, la résolution de problèmes complexes ou encore la gestion.

Le levier de la formation interne

Pour Patrick Artus, chef économiste chez Natixis : « le problème des compétences est un problème absolument central ». « Si on veut résoudre le problème du chômage en France, il faut s’attaquer à l’amélioration des compétences, avant toute politique macroéconomique », insiste-t-il.
70% des dirigeants français considèrent cependant qu’il est « plus facile pour eux de concevoir des stratégies autour des technologies et des autres actifs tangibles », poursuit l’étude de Korn Ferry, que d’aborder de front le problème des recrutements. Mais, « on commence de plus en plus à voir apparaître des passerelles et des dispositifs de mobilité à l’intérieur des entreprises auxquels on n’aurait pas pensé il y a quelques années », relève Isabelle Lamothe, responsable de la pratique People and Organization de Capgemini Invent, un autre cabinet de conseil. Un constat partagé par Vincent Donne, chez France Stratégie : « La pénurie de compétences a des conséquences sur le comportement des entreprises, dit-il. Quand elles n’arrivent pas à recruter, elles développent des stratégies, par exemple en faisant des efforts de formation ».

N.S.

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