Pôle emploi - Emploi Parlons Net

Marché du travail

Affiner l’analyse des liens entre emploi et territoire

La métropolisation n’est pas forcément la panacée pour recréer de la richesse, de la croissance et de l’emploi. C’est le travail d’analyse de l’économiste Olivier Bouba-Olga sur les politiques de développement et d’emploi souvent trop macroéconomiques pour être véritablement efficaces.

Publié le 30/10/2015 Mise à jour le 15/03/2018

L’économiste Olivier Bouba-Olga a une tendance à sortir des sentiers battus. Son domaine de prédilection, c’est l’analyse des liens entre les territoires, l’emploi et le chômage où il quitte les logiques trop macroéconomiques. Avec le sociologue Michel Grossetti, il a ainsi commencé un travail sur les métropoles et la croissance. Leur but ? Voir si vraiment, comme le suppose en particulier Laurent Davezies, les métropoles sont forcément les lieux de la création de la richesse, de la croissance économique et de l’emploi. Et pour lui, les relations ne sont pas aussi évidentes que la pensée économique le laisse généralement penser. Il n’est pas scientifiquement prouvé que les potentiels de richesse ne soient que dans les métropoles mondialisées. Tout est dans la méthodologie employée et la manière dont on construit ses hypothèses.

Leur premier article ayant suscité quelques débats, ils en ont publié un autre cet été pour aller plus loin. Pour les deux chercheurs, il « n’existe pas de modèle unique de développement territorial, mais des configurations territoriales variées, liées à l’histoire des territoires, aux ressources auxquelles les acteurs peuvent accéder et aux réseaux de relations (économiques, sociales, …) entre ces acteurs ».

Ils y montrent que  les différences régionales en termes de « performance économique » sont en fait « particulièrement faibles ». Ils font surtout apparaitre, contrairement à certaines idées reçues, que la France est un pays beaucoup plus homogène qu’on le croit en particulier en matière de productivité. Ils mettent également en évidence que des régions au PIB particulièrement faible peuvent aussi être des régions où le taux d’emploi n’est absolument pas sinistré, comme le Limousin.

Le fond de leur démonstration est d’arriver à faire comprendre aux décideurs économiques qu’en matière de développement économique, et donc d’emploi, « les politiques de développement local obéissent trop souvent à des effets de mode, avec un engouement plus ou moins marqué pour une forme de développement érigée en modèle (mode des districts industriels, des clusters, des territoires créatifs, des métropoles …). Nous proposons une démarche alternative, consistant à affirmer que les politiques de développement territorial devraient moins passer par la duplication d’un unique modèle de développement que par l’analyse précise des configurations territoriales, l’identification des problématiques spécifiques à traiter et la mise en œuvre de politiques adaptées ».

Dit autrement : il n’y a pas que l’effet métropole dans la vie économique et les politiques publiques « procèdent trop souvent par imitation d’un modèle supposé le plus performant, modèle qui se réduit parfois à un allant de soi, une sorte de formule magique qui résoudrait tous les problèmes ». Ils prennent l’exemple de Toulouse  une « ville considérée comme étant en situation de réussite économique, mais dont la réussite relative… repose en grande partie sur la concentration dans cette agglomération de nombreux emplois de conception » mais qu’Airbus est en train de comprimer : « malgré son caractère de métropole et ses ressources en matière d’innovation technique, Toulouse pourrait bien être confrontée à la fin d’une période de réussite économique relative et au retour à sa situation antérieure de capitale un peu endormie d’une région peu industrielle, restant certainement un grand centre d’enseignement supérieur, mais dont les diplômés doivent trouver du travail ailleurs ».

Ces dernières semaines, depuis, en particulier, ses interventions au colloque du COE « Emploi et territoires » puis aux Journées de l’économie à Lyon « Métropoles : l’impact sur les territoires », Olivier Bouba-Olga poursuit le travail sur son blog. Il s’est d’abord demandé si sur une période de 10 ans (2003-2014 avec les données de l’Insee) les zones les moins performantes en 2003 en termes d’emploi étaient toujours les moins performantes en 2014. Il a travaillé sur 304 zones d’emploi différentes. Le premier constat est que cela « bouge malgré tout : 19% des zones voient leur situation relative se dégrader, 15% s’améliorer ». Dans certains cas le mouvement est ample avec une forte dégradation (Gien, Carhaix, Vesoul, Digne-les-Bains …) ou avec une nette amélioration (Ajaccio, Autun, Cherbourg, Aix-en-Provence …). Pour l’instant il avance, il vérifie ses hypothèses sur son blog, mais il a toujours l’idée tenace qu’en matière de croissance économique et d’emploi, les choses sont beaucoup plus fines et changeantes que la macro économie le dit. Exemple : le tableau qu’il vient d’établir montrant la diversité des  dynamiques parmi les 25% de zones d’emploi ayant le plus faible taux de chômage en 2012.

JPG

Également à lire

Marché du travail

08 septembre 2021

L’illettrisme, un défi encore à relever

Du 6 au 12 septembre 2021, se tiendra la 8ème édition des Journées nationales d’action contre l’illettrisme (JNAI). Focus sur deux initiatives qui veulent aller plus loin.

en savoir plus