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Apprentissage : la France peut mieux faire

Avec le recul historique enregistré ces deux dernières années, apparaissent les dysfonctionnements du système français. Et la nécessité d’une réforme profonde de la formation professionnelle en alternance.

L’apprentissage, un mythe français ? Plébiscité par l’opinion comme l’une des meilleures formules pour insérer les jeunes dans le monde du travail, comme le montre un sondage CSA/Institut Montaigne de février 2014.

Il est pourtant mal organisé, mal pensé et inégalitaire… Sans compter que la suppression de 550 millions d’euros d’aides en 2012 a été très dissuasive. En 2013, les entrées en apprentissage ont baissé de 8% : 273 000 contrats signés cette année là, contre 297 000 l’année précédente. Difficile dans ces conditions de passer de 435 000 jeunes en apprentissage actuellement à 500 000 en 2017, objectif fixé par le gouvernement. D’autant que le nombre d’entrées en apprentissage a encore reculé en 2014.

Bien conscient du problème, le gouvernement a décidé, en septembre 2014, d’inverser la vapeur et de redonner un coup de pouce aux entreprises qui embauchent des apprentis.

La taxe d’apprentissage est fondue avec la contribution au développement de l’apprentissage, tandis que les primes à l’embauche de 1 000 euros sont étendues aux entreprises de moins de 250 salariés et passent à 2 000 euros pour les entreprises de moins de 11 salariés.

Dérive élitiste

Malgré ces efforts, le Conseil d’Analyse Economique vient d’établir un diagnostic sévère sur le dispositif français d’apprentissage. Dans une note publiée en décembre 2014, les auteurs, Pierre Cahuc et Marc Ferracci, soulignent que, loin de profiter aux jeunes peu ou pas qualifiés, l’apprentissage est devenu en France une voie bénéficiant aux jeunes diplômés, notamment du supérieur : les apprentis sans diplôme préalable ne représentent que 35% du total (chiffres 2010).  C’est pour eux que l’apprentissage devrait être un mode privilégié d’insertion professionnelle. Ainsi, malgré une nette progression, les formations en apprentissage n’ont pas servi le public qui devrait être le plus concerné.

Une dérive qui évoque celle de la formation continue, qui profite davantage aux cadres qu’aux chômeurs…

Comment en est-on arrivé là ? Les auteurs soulignent que le système est caractérisé par un grand nombre d’intervenants, depuis l’Education nationale jusqu’aux organismes collecteurs de la taxe d’apprentissage en passant par les partenaires sociaux, les branches, les régions, les chambres de commerce, les entreprises…

Voie de garage

Nombreux, ils sont en outre peu ou mal coordonnés. Et ne considèrent pas tous l’apprentissage comme une bonne voie de formation. Ainsi, l’Education Nationale a tendance à la considérer comme une voie de garage. Mais dans le même temps, elle décourage les moins qualifiés en leur demandant des connaissances académiques trop importantes. Résultat : 40% d’abandon au niveau du CAP.

Par ailleurs, la taxe d’apprentissage est dévoyée : une bonne partie sert au financement de l’enseignement supérieur, une exception française. Globalement, les aides devraient être davantage ciblées sur les contrats concernant des jeunes peu ou pas qualifiés, ce qui n’est pas suffisamment le cas actuellement.

Cette organisation complexe conduit à une carte des formations éclatée, très difficile à coordonner au plan national. Enfin, la qualité des formations reste difficile à évaluer.

Moduler les contributions

Ce bilan sévère conduit les auteurs de l’étude à suggérer une réforme d’envergure de la filière : unifier les financements en une subvention unique, simplifier la collecte, fusionner l’apprentissage et le contrat de professionnalisation, enfin développer un système de certification pour l’ensemble de la formation professionnelle, initiale ou continue. Un système plus sévère que l’évaluation actuelle, et qui tienne compte des résultats en matière de parcours professionnel des participants.

De même, ils proposent de moduler les contributions des entreprises à l’alternance en fonction du devenir des apprentis, afin d’inciter les entreprises  à bien former leurs alternants.

Pour encourager le développement de l’apprentissage des moins qualifiés, ils préconisent enfin de réallouer à l’apprentissage une partie des sommes consacrées aux emplois d’avenir, d’accompagner davantage les apprentis grâce à des tutorats et de réduire le poids des enseignements académiques au niveau des CAP.

Un énorme chantier, qui devrait se doubler de celui de la formation permanente… Mais sans doute un bon moyen de réduire le chômage des jeunes, puisque les apprentis sont 69% à trouver  un travail six mois après la fin de leur formation.

Marie-Laure Cittanova

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