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Burn out : la prévention à tous les étages

Tous les experts s'accordent pour dire que la prévention est essentielle et doit intervenir du côté des salariés et  des entreprises, mais aussi de la société française dans son ensemble. 

Publié le 16/12/2015 Mise à jour le 20/04/2018

Il est apparu dans les années 1970 mais sa définition juridique et même médicale fait débat en France. « Le burn out ne rentre dans aucune classification médicale, ce qui fait qu’il n’est pas reconnu comme une maladie professionnelle en tant que telle »,

précise Patrick Légeron, psychiatre, fondateur du cabinet Stimulus Conseil et auteur de « Le stress au travail, un enjeu de santé ».

Pour autant, ce phénomène, qu’on qualifie d’épuisement professionnel, se répand dans les entreprises françaises. « En période de crise, et donc de pressions supplémentaires sur les salariés, les personnes touchées sont de plus en plus nombreuses », assure Arnaud Dupuis, lui-même ancienne victime de burn out et désormais coach et art-thérapeute.

Un guide pour prévenir

Face à cette progression difficile à évaluer (aucune statistique fiable ne permet de dénombrer les burn out en France), la Direction générale du travail a diligenté des études, menées en partie par l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) et l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), afin de prévenir le burn out dans l’Hexagone.

« Nous avons édité un guide revenant sur la définition de cet épuisement professionnel et énonçant des points de vigilance qu’il est nécessaire de prendre en compte », précise Anne-Marie Gallet chargée de mission à l’Anact.

Parmi ces critères, la plupart concernent directement les salariés affectés, qui présentent un profil commun. « Ce sont des gens très responsables, très engagés dans leur travail, avec une exigence forte, précise Arnaud Dupuis. En général, la situation économique de leur entreprise ne suit pas ou les valeurs développées en leur sein ne correspondent pas aux leurs. »

Plus qu’un problème individuel

Anne-Marie Gallet explique que « ce n’est pas qu’un problème individuel » et que plusieurs indicateurs doivent alerter les directions d’entreprise et le salarié lui-même. « Le fait qu’il commence à s’isoler, déserte les réunions, fasse beaucoup d’heures supplémentaires est révélateur d’un état pouvant conduire au burn out. » Plus globalement, Valérie Langevin, expert-conseil à l’INRS, rappelle que « le burn out fait partie d’une démarche globale et collective de la prévention des risques psycho- sociaux. »

Dès les premiers signes, l’individu doit s’appuyer sur le médecin du travail dans un premier temps, puis des psychologues. Il doit parallèlement aborder sa manière de travailler différemment et être capable d’en parler avec son manager. « Mais il ne doit pas non plus oublier de retrouver une hygiène de vie, en dehors du travail », assure Arnaud Dupuis.

Dans la plupart des cas de burn out, les personnes ont totalement délaissé leur vie personnelle et sociale.

« L’importance accordée au travail en France est extrême, d’après des études européennes menées sur 50 000 salariés, bien plus qu’en Allemagne par exemple, précise Patrick Légeron. Les salariés proches de l’épuisement en oublient l’essentiel : leur vie. »

Réorganiser les entreprises

Mais au-delà du salarié lui-même, c’est l’entreprise qui doit prendre conscience de l’intérêt de prévenir en amont le burn out. « Les groupes doivent évaluer les risques, à travers des tests destinés aux salariés à risque, précise Arnaud Dupuis. Ils doivent ensuite revoir leur organisation. » Un sujet que connaît bien Patrick Légeron. « Les entreprises doivent s’interroger sur le mode de gestion qu’elles ont adopté, explique-t-il. En France, les salariés évoluent actuellement dans des environnements professionnels malsains. »

Trois facteurs entraînent des risques de stress et d’épuisement professionnel. D’abord, une charge de travail trop importante, sans possibilité de récupération, puisque les salariés sont de plus en plus connectés, même chez eux. Ensuite, un manque de reconnaissance. Enfin, une mauvaise qualité des relations humaines au sein de l’entreprise, « le manager étant vu davantage comme une personne surveillant l’équipe, et non comme un conseil, une aide » assure Patrick Légeron.

Le psychiatre a mené l’expérience de réorganisation dans un call center, avec son cabinet de conseil Stimulus. « En modifiant de 10% leur organisation du travail, les salariés ont gagné en autonomie, ont pu prendre des initiatives. Le stress a alors diminué de 50%. »

Préparer le retour au travail

Plus globalement, le fondateur du cabinet souhaiterait des initiatives nationales sur le sujet, de la part des ministères du Travail et de la Santé. Car la prévention du burn out permettrait, selon lui, de véritables économies. « En Europe du Nord, depuis 30 ans, on travaille sur le sujet et l’absentéisme a baissé dans les entreprises, la qualité du travail s’est accrue. Au final, les entreprises et les pays font de réelles économies. »

« Pour les juristes, le Code du travail prévoit déjà des obligations pour les entreprises de protéger ses salariés, explique Valérie Langevin. D’autres pays ont légiféré sur la question, ce sont des choix de société et des choix politiques. »

Pour Anne-Marie Callet, le retour au travail après des mois d’absence pour burn out doit être préparé en entreprise et fait partie de la prévention à mener. « Le salarié a besoin d’accompagnement, doit bénéficier de temps de récupération, de réajustements que l’entreprise doit mettre en oeuvre, souligne-t-elle. Sans oublier de sensibiliser les équipes et de les accompagner lors du retour du salarié touché. »

À son retour, Arnaud Dupuis a décidé de tout changer, même de lieu de travail, pour le rapprocher de son domicile. « Mes méthodes ont été modifiées aussi et j’ai appris à beaucoup plus déléguer et donc responsabiliser mes salariés, qui étaient d’ailleurs contents. » Une réorganisation suivie d’effet : son entreprise, qui était en crise, a retrouvé une croissance après la mise en place de ces nouvelles mesures.

Barbara Leblanc

 

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