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Coder pour se réinsérer

Former des détenus au codage, tel est le défi que s’est fixée l’association CodePhenix qui intervient au centre de détention de Melun, en région parisienne.

Depuis un an, un dispositif inédit, inspiré d’une expérience américaine, a vu le jour en France. Au centre de détention de Melun, l’association CodePhenix forme des détenus au code et les prépare au métier de développeur Front-End. « Ils ont entre 22 et 64 ans, viennent de tous les horizons et la plupart n’ont aucune notion en informatique au départ », raconte Brieuc Le Bars, le fondateur de l’association. Au programme : quatre heures de cours chaque matin, initiation aux langages HTLM, CSS, JavaScript. « L’idée est de créer un vrai esprit de groupe, afin d’encourager l’estime de soi, la confiance, l’entraide avec l’autre », explique le centralien.

Des intervenants extérieurs enrichissent la formation : des développeurs venant parler de leur quotidien, une aide à la préparation du projet professionnel, des entretiens blancs, etc. « Notre but premier est de les réinsérer », poursuit Brieuc Le Bars. Après six mois de formation, les huit « apprenants » ont entamé cet été la seconde phase, dite « d’application », de leur formation.

Conception de sites Internet

CodePhenix a obtenu un contrat de concession, comme d’autres entreprises en détention : les détenus peuvent donc être rémunérés pour leur travail effectué sur des prestations extérieures, par exemple, la conception de sites Internet. « Le secteur du numérique est idéal pour les personnes éloignées de l’emploi, analyse Brieuc Le Bars. Le rapport de force entre employeurs et salariés est inversé, avec onze postes pour une candidature ».

Seul petit hic, l’accès à Internet est interdit dans les établissements carcéraux. « On a dû installer une sorte d’intranet pour qu’ils puissent travailler, avoir accès à un réseau, pouvoir travailler en équipe, qu’on puisse leur amener facilement du contenu à tous », explique Brieux Le Bars. « Quand il y a des prestations à réaliser pour des clients, j’amène tout le matériel nécessaire. Je sors leur travail dès qu’il est à peu près montrable pour voir avec le client si on est dans la bonne direction ».

Pour l’Institut Montaigne et la Fondation M6, auteurs d’un rapport co-écrit en 2018, il y a urgence à « dépasser le réflexe sécuritaire » et développer une grande « stratégie nationale de développement du numérique en prison ». « La situation actuelle relève d’une forme d’hypocrisie, soulignent-ils. Alors que le numérique en détention reste largement un impensé de la politique pénitentiaire française, avec un accès ‘légal’ à Internet très limité, les téléphones portables, pourtant strictement interdits, sont à l’inverse en pleine recrudescence et permettent aux détenus de naviguer sur Internet sans aucun contrôle ».

Du boulot après la prison ?

À CodePhenix, on réfléchit également à l’après. Contrairement à des cursus « classiques », les apprenants n’ont parfois nulle part où aller une fois les compétences acquises. « Tant qu’ils restent et qu’ils veulent travailler, on leur fournit du travail », assure Brieuc Le Bars. Il y a d’ailleurs toute une phase de réalisation de projets pendant laquelle les apprentis développeurs peuvent tester leurs compétences. « On cherche activement des prestations », insiste Brieuc Le Bars, « car c’est l’occasion de se construire une vraie expérience professionnelle et de se former en continu. » À l’issue de leur cursus, les détenus « sont opérationnels sur un poste d’intégrateur web » ; la formation continue leur permet donc de progresser vers d’autres postes du numérique.

En 2020, une deuxième promotion verra le jour. Entre temps, le centre de détention de Melun aura réalisé des travaux pour faire de la place à tout le monde. Brieuc Le Bars souhaite prendre le temps de recruter, de préparer de nouveaux formateurs et recherche activement des bénévoles notamment des rédacteurs de contenus.

N.S.

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