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Des idées contre la crise. « A priori, les contraintes environnementales auront des effets contradictoires sur la croissance et l’emploi »

L'environnement, pour ou contre l'emploi ? Les réponses de Xavier Timbeau, directeur du département analyse et prévision à l’OFCE, (Observatoire français des conjonctures économiques).

EPN : Au-delà de la crise actuelle, les défis environnementaux vont peser sur la croissance. Ceci permettra-t-il malgré tout de préserver l’emploi ?
 
X.T : effectivement, l’épuisement des ressources pétrolières ou encore la nécessité de limiter les émissions de gaz à effet de serre vont contraindre notre économie. Elle va devoir apprendre à fonctionner autrement. En utilisant moins d’énergies fossiles, en recyclant plus, etc.
 
Quels effets cela aura-t-il sur l’emploi ? Le chiffrer constitue un nouveau défi pour les économistes et leurs modèles économétriques. Partout dans le monde ! A l’OFCE, nous travaillons depuis environ un an à un programme de recherche, lancé conjointement avec le groupe parlementaire européen des Verts pour adapter nos modèles macro-économiques à ces nouvelles contraintes. Nous réfléchissons aussi avec l’ADEME -l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie-. C’est un travail délicat, qui nous oblige à prendre des décisions difficiles sur la façon d’intégrer tel ou tel élément de l’environnement dans nos modèles.
 
EPN : peut-on déjà en tirer quelques conclusions ?
 
X.T : a priori, les contraintes environnementales auront des effets contradictoires sur la croissance et sur l’emploi. Elles vont certainement réduire la croissance économique et donc la richesse créée par le pays. Car utiliser moins d’énergies fossiles va faire baisser l’efficacité des systèmes économiques.
Mais parallèlement, de nouvelles activités de production vont émerger : les entreprises devront intégrer à leur activité la fin de vie de leurs produits ou services. Autrement dit la dépollution, le recyclage, le démontage des installations industrielles, la lutte contre les dégradations environnementales créées, etc. Ceci fait mathématiquement baisser leur productivité, mais  représente des investissements importants et des créations d’emplois. Des emplois qualifiés -en R&D par exemple- et des emplois moins qualifiés- comme dans le BTP -.
 
EPN : moins de richesse, mais plus d’emplois : comment est-ce possible ? 
 
X.T : si la productivité moyenne baisse, cela signifie une diminution du volume global des salaires.  Tout dépend ensuite de deux facteurs : la façon dont on partagera la richesse d’abord ;  le progrès technique ensuite.
Si l’on arrive à développer des technologies qui permettent, à un prix bas, de remplacer les énergies fossiles, le résultat sera complètement différent en termes de richesses globales à redistribuer.
 
EPN : peut-on réaliser des prévisions chiffrées sur l’emploi ? 
 
XT : pas pour l’instant. Nos modèles, comme ceux développés par d’autres économistes dans le monde, sont encore des prototypes.  Leurs territoires ne sont pas encore « cartographiés » car nous n’avons pas de réponses toute faites à  nos questions. Mais c’est un domaine de recherche passionnant !
 
Recueilli par Catherine Bernard – Lesinfluences

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