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« Drive tout nu », l’histoire d’une reconversion réussie !

Il y a deux ans, Salomé et Pierre créaient leur entreprise, « le Drive tout nu ». Le concept ? Un magasin drive « zéro déchet », misant sur la production locale et l'économie circulaire. Agréée comme « entreprise solidaire d'utilité sociale » (ESUS) après un an d'activité, la jeune entreprise s'apprête désormais à lancer un réseau de franchises. Salomé Géraud, co-fondatrice, nous livre son expérience.

Quelle a été votre réflexion initiale, avant la création du « Drive tout nu » ?

Nous avons monté le « Drive tout nu » à deux avec mon associé – qui est aussi mon mari – car on avait très envie d’entreprendre. Nous étions tous les deux cadres en CDI à Paris, avec des postes qui nous plaisaient. Lui est ingénieur agricole, et moi j’avais un poste de chargée de projet dans une association qui faisait du soutien à la recherche sur les maladies neurodégénératives. Nous avions cette idée de drive « zéro déchet » qui nous tenait à cœur depuis un moment. Pierre a passé beaucoup de temps avec ses grands-parents, réfugiés espagnols et ouvriers agricoles, qui avaient très peu de ressources et qui réutilisaient un peu tout ce qu’ils avaient à leur portée, et notamment les déchets d’emballage.

Nous avons travaillé tous les deux un peu à l’étranger, et quand nous sommes rentrés, on s’est demandé pourquoi les Français ne consommaient pas plus en vrac, en « zéro déchet », alors que c’est un désastre écologique et pour la santé, notamment avec les problèmes de perturbateurs endocriniens. On s’est donc penché sur la question, et nous avons constaté que l’offre de magasins « vrac et local » est très peu accessible, et souvent concentrée dans les centres-villes. Alors, nous avons essayé de construire une offre qui allie la simplicité d’usage qu’on pouvait retrouver dans la grande distribution, à une consommation « zéro déchet », responsable.

Nos produits sont sourcés sur des critères de sélection qui sont très pointus, du point de vue de la qualité, et avec des producteurs qui acceptent de rentrer dans cette démarche d’économie circulaire avec nous. Nous avions vraiment cette envie d’entreprendre, et puis on a été sélectionné par le parcours entrepreneur de « Ticket for change », qui est l’école des acteurs du changement, un pré-incubateur. Et on s’est dit que si on était pris, on se lancerait ; et c’est ce qu’on a fait.

Est-ce que vous avez eu d’autres accompagnements ?

Nous avons été accompagnés par la métropole de Toulouse, la région Occitanie, et nous sommes toujours accompagnés par le réseau « Entreprendre ». Ce sont des réseaux et des partenaires qui nous aident à avancer. « Ticket for change », cela a duré six mois. C’est vraiment un parcours qui aide à passer de l’idée au projet, avec des outils très précis, sur des thématiques classiques de démarrage d’entreprise. Comment identifier ses bénéficiaires, faire son étude de marché, construire son business plan, comment « pitcher » son projet, ce genre de choses.

Est-ce que vous avez rencontré des difficultés dans la création de votre entreprise ?

Cela demande énormément d’investissement en temps et en travail, mais nous n’avons pas rencontré de grosses difficultés, seulement des petites difficultés opérationnelles, comme dans toute création d’entreprise, des retards dans les travaux ou les livraisons de matériel par exemple. Le fait d’être deux est une grande force car nous avons des profils qui sont très complémentaires.

Comment est-ce que l’effectif a évolué ?

Nous avons démarré tous les deux, il y a deux ans. Là nous sommes onze (six dans le drive et cinq dans l’équipe projet) et à la fin de l’année, l’équipe comptera vingt personnes, car nous allons ouvrir deux drives supplémentaires d’ici décembre. Et nous prévoyons d’ouvrir nos premières franchises au 1er trimestre 2021.

Vous avez bénéficié récemment d’une levée de fonds de 500 000 euros auprès d’opérateurs de l’économie sociale et solidaire. Comment cela s’est-il passé ?

Nous avons levé des fonds auprès d’investisseurs de l’économie sociale et solidaire qui partagent un peu notre ADN. En effet, comme nous sommes une ESUS (« entreprise solidaire d’utilité sociale »), il existe des critères un peu particuliers d’encadrement de la rentabilité. Makesense Seed 1, France Active investissement, Colam Impact et Quadia sont quatre fonds qui sont là pour nous accompagner sur le long terme. Au-delà de l’apport financier, ils nous apportent aussi beaucoup de compétences et de réseaux. Ces fonds vont permettre de financer le développement d’un réseau de franchises sociales. Pour cela, nous nous sommes entourés d’une équipe projet, notamment d’une responsable communication et d’un responsable informatique, et aussi d’alternants en ingénierie agricole, qui interviennent sur les thématiques de « sourcing » produit.

En ce qui concerne la dimension éthique, le sens porté au travail effectué, c’est quelque chose qui apparaît comme de plus en plus important pour les jeunes générations. Est-ce que c’est quelque chose que vous ressentez directement au sein de vos équipes ?

Nous le ressentons fortement au sein de notre équipe, dans laquelle il y a beaucoup de gens qui ont changé de vie, des cadres qui cherchaient vraiment à mettre le sens et l’impact au cœur de leur travail. Et c’est chouette de voir qu’il y a de plus en plus de personnes qui réalisent que l’engagement n’est pas réservé aux soirs et week-ends. On peut aussi changer le monde par son travail.

Est-ce que vous avez une philosophie particulière, en matière de recrutement ?

Nous souhaitons essentiellement avoir des gens qui partagent l’ADN de ce que nous faisons, nos valeurs. Et qui n’aient pas peur de se retrousser les manches ! Parce que comme dans toutes les petites entreprises en forte croissance, ça dépote. Il ne faut pas craindre de bosser et de sortir de sa seule mission. On a récemment recruté un responsable informatique et une responsable communication : ils sont dans l’équipe projet, mais cela ne les empêche pas de venir se retrousser les manches quand il y a un « rush » de commandes au « drive tout nu », et de faire de la préparation de commandes avec tout le monde.

Quels canaux utilisez-vous pour la recherche de nouveaux talents ?

D’une part, nous disposons d’une grosse base de données de CV issus des candidatures que nous recevons. Quand nous avons besoin de profils plus spécifiques, nous utilisons beaucoup nos réseaux sociaux. Mais je pense que nous allons être amenés, de plus en plus, à utiliser les services de Pôle emploi, pour recruter les préparateurs de commandes. L’ouverture des prochains points de vente nous en donnera l’occasion.

Quels conseils donneriez-vous aux entrepreneurs, en cette période un peu particulière ?

Je leur conseillerais de s’appuyer au maximum sur les dispositifs d’accompagnement qui peuvent exister, que ce soit des dispositifs d’accompagnement de type mentorat, ou des dispositifs financiers, parce que ça peut vraiment donner un coup de main en termes de trésorerie. Et puis aux entrepreneurs qui ont envie de se lancer, j’ai envie de dire que la crise actuelle a révélé encore plus une multitude de problèmes sociaux et environnementaux.

Donc, il y a des besoins, et l’entreprise, elle, peut être un vrai vecteur pour répondre à ces besoins sociaux et environnementaux. Il ne faut surtout pas hésiter à se lancer, à bien comprendre sur quelles thématiques sociales et environnementales on peut avoir de l’impact. L’entreprise à impact, c’est vraiment l’entreprise de demain.

E.A.

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