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Education, formation et emploi

Que ce soit avec le rapport PISA de l’OCDE, le document de l’Insee Formations et Emploi, la réforme des rythmes scolaires ou l’installation d’un comité Sup’Emploi par la ministre de l’Enseignement supérieur, les questions d’éducation et de formation et leur lien avec l’emploi ont rarement été autant au cœur de l’actualité. On ne peut que s’en féliciter.

Publié le 12/12/2013 Mise à jour le 20/04/2018

A l’évidence, la première préoccupation de nos gouvernants est de voir la France retrouver un niveau de croissance permettant une inversion durable de la courbe du chômage. La réussite de cette politique dépend d’un certain nombre de facteurs  extérieurs : la conjoncture internationale et le niveau de la demande mondiale adressée à la France sont des éléments que nous subissons ou dont nous bénéficions, selon les circonstances. Mais il est d’autres points sur lesquels les dirigeants politiques et économiques peuvent jouer un rôle déterminant au service de l’emploi. C’est notamment le cas de l’éducation et de la formation.  Les résultats que l’on peut obtenir en ce domaine ne sont pas immédiats. Il faut plusieurs années d’une politique suivie avec constance pour en récolter les bénéfices. C’est une bonne raison pour ne pas perdre de temps.

Pour une économie de la connaissance

De ce point de vue, quelques désillusions ont été enregistrées en Europe. Rappelons-nous la grandeur des objectifs fixés par le sommet de Lisbonne en mars 2000à une époque où l’Union européenne ne comptait encore que quinze membres. Il s’agissait de devenir en 2010 « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une accélération quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ». Avant même l’éclatement de la crise financière en 2008, il était clair que ces objectifs seraient très loin d’être atteints. Mais, à condition de les proclamer sous une forme peut-être un peu plus humble, ils méritent d’être toujours gardés à l’esprit.

Beaucoup a été dit sur le dernier rapport PISA(Programme international pour le suivi des acquis des élèves) avec une certaine exagération. Il est bien de prendre conscience de ses faiblesses, il n’est pas utile d’en rajouter dans l’autodénigrement. Au fond, ce rapport sur les connaissances acquises par les jeunes de quinze ans d’une soixantaine de pays ne fait que mettre en évidence un phénomène bien connu : un pays peut commencer son insertion dans l’économie mondiale en fabriquant des produits bas de gamme, mais la poursuite de son développement suppose qu’il soit capable d’évoluer vers des productions à plus haute valeur ajoutée, ce qui nécessite une main-d’œuvre plus éduquée et mieux formée.

Des classements inclus dans ce rapport, il faut retenir davantage l’amélioration du niveau scolaire dans beaucoup de pays d’Asie que la chute de pays industrialisés comme la France ou la Finlande. On peut d’ailleurs remarquer que, en ce qui concerne la Chine, la comparaison est faite avec seulement Hong Kong, Macao et Shanghai, zones les plus dynamiques. Une comparaison avec l’ensemble du pays n’aurait sans doute pas donné les mêmes résultats.

L’importance de la formation de base

Cela dit, tout ce qui peut être fait pour améliorer le niveau des jeunes en mathématiques, en sciences  ou en compréhension de l’écrit ne peut être que favorable à leur insertion dans la vie professionnelle. Il s’agit d’assurer une formation de base de qualité qui  permettra  aux jeunes de poursuivre leurs études dans de bonnes conditions ou, s’ils le préfèrent, de trouver rapidement un premier emploi, quitte ensuite à se former de façon continue, pour se perfectionner dans leur métier ou en apprendre un autre. L’acquis de connaissances à quinze ans est déterminant. C’est le socle sur lequel on peut s’appuyer pour aller plus loin d’une façon  (la recherche de diplômes élevés) ou d’une autre (l’insertion rapide dans la vie professionnelle).

Sur ce point, nous avons en France un peu de mal à éclaircir nos idées. On entend souvent dire que les métiers manuels sont injustement dévalorisés, que les jeunes feraient mieux d’apprendre un métier plutôt que de trainer des années durant pour rien sur les bancs de l’université. Mais, dans le même temps, on constate que la course aux diplômes continue, y compris dans des cursus dont on sait qu’ils offrent peu de débouchés. Où est la vérité, que faut-il faire ? Le mieux est d’abord de regarder les chiffres.

Les diplômes servent à quelque chose

Les conclusions du document Formations et Emploi de l’Inseesont sans équivoque : « Dans les premières années suivant la fin de leurs études, les jeunes actifs diplômés de l’enseignement supérieur sont près de cinq fois moins souvent au chômage que ceux qui ont au plus un brevet des collèges ». On ne saurait être plus explicite : meilleure est la formation initiale, plus grandes sont les chances de trouver un travail. Les exemples de personnes ayant connu une belle réussite sans avoir de diplômes ne prouvent rien, ils viennent juste confirmer un fait : on trouve toujours dans la réalité des phénomènes isolés qui vont à l’encontre de la règle statistique.

Si un diplôme de l’enseignement supérieur est recommandé, cela ne signifie pas pour autant que tous sont de bons passeports pour l’emploi.  C’est pourquoi les diplômes à visée professionnelle sont de plus en plus nombreux. Les efforts fournis par l’enseignement supérieur pour tenir compte des besoins des employeurs sont l’objet de critiques opposées : insuffisants pour les uns, excessifs pour d’autres, qui estiment que l’instruction publique n’est pas au service du patronat. Le réalisme exige pourtant de penser que l’enseignement sert d’abord à aider les jeunes à trouver une place dans la société. S’assurer que les formations dispensées sont effectivement recherchées par les employeurs paraît conduire au meilleur usage possible de l’argent public.

Des informations encourageantes

Si cette exigence de liens entre enseignement et entreprises, à tous les niveaux, est souvent rappelée, sa mise en pratique n’est  pas toujours très satisfaisante.L’installation, le 9 décembre, d’un comité Sup’Emploi destiné à renforcer ces liens au niveau de l’enseignement supérieur et présidé par deux chefs d’entreprise est un bon signal.

Enfin, à tous ceux que le dernier rapport Pisa avait inquiété, surtout en ce qui concerne la capacité du système scolaire à corriger les inégalités sociales, faisons remarquerqu’Eurostat  accorde un satisfecit à la France sur un point précis :la France fait partie des pays où les jeunes dont les parents ont un niveau d’éducation intermédiaire ont le plus de chances d’accéder à un niveau d’éducation élevé. Alors, ne désespérons pas, la situation n’est peut-être pas aussi bloquée qu’on a parfois tendance à le croire.

Gérard Horny – Slate.fr

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