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Emploi dans le monde : « Nous sommes parvenus à un moment de vérité »

Face à un chômage mondial qui a atteint un niveau jamais vu, l’OIT pointe les risques sociaux dans de nombreux pays.

2011 devrait rester comme une année noire pour le monde entier en terme d’emploi, ou plutôt de chômage. Celui-ci est à son plus haut niveau jamais atteint, dépassant les 200 millions de sans-emploi dans le monde. Au lendemain du sommet des dirigeants du G20 à Cannes, le directeur général de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), Juan Somavia, dans un communiqué, « s’est réjoui de l’accent mis sur la croissance, l’emploi et la protection sociale, dans un contexte où s’exprime, dans beaucoup de villes et de pays dans le monde, un mécontentement général lié aux conditions sociales et d’emploi. »

En effet, le G20 a accouché d’un groupe de travail, «Cadre pour une croissance forte, durable et équilibrée», qui se consacrera dans un premier temps au travail des jeunes qui sont deux à trois fois plus touchés que les adultes par le chômage. Le groupe de travail se réunira sous la présidence mexicaine du G20.

De plus, l’OIT, tout comme d’autres organismes de gouvernance mondiale, le Fonds monétaire international, l’Organisation de coopération et de développement économiques et la Banque mondiale, sont tenus d’informer les ministres des Finances, d’une part, des perspectives générales de l’emploi et d’autre part, comment le Cadre pour une croissance forte, durable et équilibrée peut contribuer à la création d’emplois.

Les rapports de l’OIT (Organisation internationale du travail) se succèdent et se ressemblent dans leur morosité. Après avoir mis en garde le 19 octobre contre la « frustration collective » des jeunes face au chômage, (ceux là-même que l’OCDE, lui, qualifie de « génération sacrifiée » dans un autre rapport publié au printemps), l’organisme annonçait à la veille du sommet des dirigeants du G20 que « l’économie mondiale est sur le point d’entrer dans une nouvelle récession de l’emploi, plus profonde, qui va retarder d’autant la reprise économique mondiale et qui pourrait déclencher de nouveaux troubles sociaux dans un grand nombre de pays. »

Dans son communiqué,  il est dit sans fioritures que «nous sommes parvenus à un moment de vérité. Il nous reste peu de temps pour agir et éviter une rechute dramatique en matière d’emploi», explique le directeur des études sociales, Raymond Torres. Prévision du Bureau de Genève : « dans les économies avancées, il faudra au moins cinq ans pour retrouver le niveau d’emploi qui prévalait avant la crise, soit un an plus tard que prévu dans le rapport de l’an dernier. »

Quelle crise de société peut déclencher la crise économique ?

Dans ce rapport particulièrement dense et sombre, l’OIT remarque que «  le marché du travail actuel a déjà atteint la limite du décalage habituel de six mois qui sépare une récession économique de son impact sur l’emploi. » Il faudrait qu’en deux ans, 80 millions d’emplois soient créés pour retrouver la situation d’avant la crise. Or, les données actuelles estiment que la moitié de ce volume pourra être constituée, compte-tenu du ralentissement de la croissance.

Que génère 1% de chômage supplémentaire ?
L’un des grands sujets d’inquiétude relevés par l’OIT sont les turbulences sociétales et sociales connexes à la crise économique. Ainsi, le rapport établit un index des « troubles sociaux » qui repère dans le monde, les niveaux de mécontentement liés au manque d’emploi. Quarante-cinq pays (Union Européenne, Maghreb et Machrek, Asie) sur cent dix-neuf étudiés présenteraient ainsi une montée de la colère et de l’agitation sociale. Paradoxe : ce risque de troubles sociaux est plus faible en Afrique subsaharienne et en Amérique Latine, où pourtant le traumatisme d’une Argentine en faillite dans les années 90 reste vif.

Les recommandations du rapport de l’OIT reposent sur quelques idées force : renforcer les programmes axés sur l’emploi, soutenir l’investissement dans l’économie réelle et favoriser l’investissement. Une piste : « en augmentant les dépenses pour une politique active du marché du travail d’un demi pour cent du PNB seulement, on pourrait augmenter l’emploi de 0,4 à 0,8 pour cent, en fonction des pays. » Surtout, plutôt que de prôner la modération salariale qu’il considère être « un mythe » pour ce qui concerne la création d’emplois, l’organisme dépendant de l’ONU, appelle à « à adopter une stratégie de relance globale tirée par les revenus. » Ce qui entrainerait la stimulation de « l’investissement tout en réduisant les inégalités de revenus excessives. »

Face au tsunami mondialisé du chômage, toutes les idées « fortes, durables et équilibrées » sont en tout cas les bienvenues.

www.lesinfluences.fr
Télécharger le rapport de l’OIT (anglais) :
www.ilo.org/global/publications/ilo-bookstore/order-online/books/WCMS_166021/lang–fr/index.htm

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