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Innovation & Société

Entrepreneur d’idées

Le politologue Dominique Reynié, à la tête de la Fondation pour l’innovation politique, défend le débat d’idées comme levier de croissance d’une société désorientée

Publié le 07/12/2011 Mise à jour le 19/03/2018

Règle d’or, Etat, relance du pouvoir d’achat, écologie innovante, démocratie, école, nouvelles générations et nouveau monde… Lundi 12 décembre 2011, la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) entre dans la danse de la présidentielle 2012. Histoire de baliser le terrain des débats à venir, le think tank que dirige le politologue Dominique Reynié (1960) proposera en ligne, son document de travail « 12 idées pour 2012 ». L’intention se veut audacieuse, riche de propositions et résolument optimiste. Profession de foi : « Dans les temps de routine, le travail des idées est relégué au second plan. En revanche, il devient indispensable lorsque l’histoire change de rythme, annonçant de grands changements. Il faut alors malgré toutes les réserves et les réticences, penser autrement et agir différemment. C’est dans ce contexte qu’un think tank trouve sa pleine utilité sociale. » Penser pour agir, en somme. Depuis que le politologue a pris la tête de la Fondation en 2008, il n’aura connu que la crise, celle interne d’un think tank un peu désorienté et déficitaire, et celle historique qui s’est répandue dans le monde entier et produit ses effets dans les sociétés.

POUR UNE TVA ANTIDELOCALISATION

Le think tank de la rue de Grenelle nourrit un contrat intellectuel précis depuis ses origines, et plus affirmé encore sous le mandat de quatre ans de Dominique Reynié : « libéral, progressiste, européen ».
Le document de travail pour les débats de la présidentielle constitue un condensé philosophique de la Fondapol.

Libéral : C’est d’ici qu’historiquement, est partie l’idée d’une règle d’or des finances publiques à constitutionnaliser. Elle a été théorisée par l’économiste Jacques Delpla en février 2010, qui aura fait le tour du tout Paris politique afin d’affiner ses analyses et convaincre ses interlocuteurs de tous bords. Sans surprise, la Règle d’or forme la première grande idée « prioritaire » du document.  La Fondapol propose notamment « d’instaurer une règle budgétaire prévoyant le vote d’une trajectoire pluriannuelle de retour à l’équilibre (objectif de solde) et reposant sur un mécanisme d’amortissement des déficits non anticipés ». Certitude de Dominique Reynié : « Droite ou gauche, on y viendra. En l’absence de majorité au Congrès, on peut recourir au référendum pour inscrire cette règle d’or dans la constitution ». Une dizaine de propositions accompagnent le grand principe. Se côtoient des idées un peu ressassées comme « le financement du désendettement par la cession de participations non stratégiques de l’Etat » et d’autres plus toniques telles que « mettre sur pied une TVA antidélocalisation, après avoir réduit le champ des exemptions ».

« COMBATTRE L’ESPRIT DE RENTE »

La Fondapol propose impulsions, transformations, mutations dans le rôle de l’Etat : « passer de l’Etat providence à l’Etat solidaire ».  Elle invite à abandonner « l’illusion de l’élimination des inégalités » mais en revanche envisage que l’on se consacre à la possible « éradication de la pauvreté ». Elle se bat « contre l’esprit de rente qui bride et introduit une distorsion du marché par un pouvoir ou un lobby, qu’il soit économique, social ou politique ». Il s’agit de fait de relancer le pouvoir d’achat. L’une des idées force de réforme des services publics serait de « créer des Maisons de l’Etat »,animées par des agents polyvalents, dûment équipés de nouvelles technologies numériques,  et répartis sur tous les territoires. Ils assureraient ainsi « un rôle de guichet unique de l’information, et, à terme de traitement des démarches. » De nombreuses idées avancent des changements dans l’écologie, le cursus scolaire, l’université, la diversité et le vivre ensemble. Des innovations qui se veulent toujours travaillées à l’aune des libertés individuelles et collectives, d’une certaine bienveillance pour les nouvelles technologies et l’esprit de progrès, et « le refus de la guerre civile, secret de fabrication typiquement français » estime Dominique Reynié.

L’UTILITE SOCIALE D’UN THINK TANK

Le libéral think tanker ne souhaite pas faire commerce de ses idées. «  Nous sommes de farouches partisans du open data, des sources ouvertes et de la gratuité accessible de nos notes et de nos études, ambitieuses et coûteuses parfois. Nous pourrions, c’est vrai, nous faciliter la tache en multipliant les expertises auprès de contributeurs amis, mais je ne désire pas que nous devenions un bureau d’études. » Le rôle du think tanker, et peu importe l’obédience, n’est pas pour autant gratuit ou annexe. « En France, il y a y une certaine dévalorisation du travail intellectuel », remarque t-il. A la Fondapol, « nous rétribuons les missions d’études de nos experts qui ne sont ni des militants, ni des amis de réseaux et sont tous externalisés. » L’universitaire et essayiste inquiet des mouvements populistes se verrait plus volontiers comme un petit entrepreneur entreprenant. Un entrepreneur d’idées, des idées comme levier de croissance pour un nouveau nouveau monde.

www.lesinfluences.fr – Photo ©Claude Germerie/lesinfluences.fr

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