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Footballeur pro, un choix de carrière incertain

Carrière courtes, incertaines, probabilité d’arriver à vrai salaire quasi nulles : telle est l’analyse du métier de footballeur professionnel en France et en Europe par le Centre d’étude de l’emploi.

Publié le 08/09/2015 Mise à jour le 23/03/2018

Pas forcément une bonne idée de vouloir être footballeur professionnel. Richard Duhautois de l’université Paris-Est Marne-la-Vallée, vient de terminer une étude pour le Centre d’études de l’emploi sur le sujet. Verdict : « la rémunération des footballeurs a fortement augmenté au fur et à mesure que les moyens financiers des clubs s’accroissaient, mais cette manne ne bénéficie qu’à quelques-uns et s’avère très éphémère ».

En fait les carrières sont marquées par l’incertitude : leurs durées sont de quatre et six ans, et les rémunérations « caractérisées par des inégalités croissantes ». Les études sur le football professionnel sont rares et celle-là est l’une des plus complètes : elle recense également les travaux de certains de ses collèges européens.

Elle révèle d’abord que la durée de carrière est très courte dans tous les pays  D’abord, en raison d’un fort turn over. En Angleterre, chaque année, un cinquième des footballeurs est remplacé par de nouveaux joueurs et la carrière moyenne d’un footballeur dure environ six ans dans les quatre divisions professionnelles anglaises. En Allemagne un tiers des footballeurs n’a joué qu’une seule saison en première division et seulement un joueur sur douze en a fait partie pendant dix ans ou plus. Les sociologues « Frick, Pietzner et Prinz observent que la carrière d’un footballeur en première division allemande ne dure que quatre ans en moyenne (3,4 ans si l’on tient compte des interruptions). » Évidemment, la durée de carrière varie en fonction des postes occupés : les gardiens de but ont, en moyenne, la longévité la plus élevée. Viennent ensuite, par ordre d’importance, les défenseurs, les milieux et les attaquants. Les attaquants se maintiennent moins longtemps pour deux raisons : d’une part, il est facile d’observer leur productivité à travers le nombre de buts marqués (pour les défenseurs par exemple, le nombre de tacles est un moins bon indicateur de performance) ; d’autre part, l’apogée d’un attaquant en nombre de buts marqués se situe plutôt autour de 25 ans. Un autre facteur déterminant la longévité est la formation. Celle-ci joue un rôle essentiel dans la « survie » des sportifs professionnels : les meilleurs centres de formation préparent des joueurs dont la durée de carrière est supérieure à ceux qui sont pris en charge dans des infrastructures moins réputées.

Pour aller plus loin : Pôle Emploi soutient l’initiative du Stade de l’Emploi, en partenariat avec des clubs, pour faire du sport un levier d’insertion professionnelle. Exemple à Rennes, en mars dernier.

En France, au cours des dernières décennies, le salaire des footballeurs a connu une hausse spectaculaire parce que les clubs professionnels ont bénéficié de revenus de plus en plus importants (dont les droits télévision). En 2013, un joueur de Ligue 1 gagnait en moyenne 47 000 euros bruts par mois hors primes et un joueur de Ligue 2 environ 10 500 euros bruts par mois hors primes. Derrière ces montants se cachent des inégalités croissantes entre Ligues, clubs et joueurs. « En 2014, le salaire des vingt joueurs les mieux payés de Ligue 1 se situaient entre 250 000 et 1,5 million euros bruts par mois, alors qu’en 2011 il était compris entre 220 000 et 375 000 euros bruts par mois.

En France, une durée de carrière moyenne en Ligue 1 est d’environ quatre ans, et elle est plutôt courte par rapport au reste de l’Europe. « La plupart des joueurs ne reste qu’un ou deux ans dans un club professionnel, et seuls 40 % ont une carrière égale à cinq ans ou plus » écrit Richard Duhautois. « Le turnover très important des footballeurs explique que nombre d’entre eux disparaissent du monde professionnel… en moyenne, entre 1998 et 2009, un peu plus de 25 % des joueurs changent d’employeur chaque année ». La mobilité salariale des footballeurs est en partie liée à leur mobilité professionnelle mais aussi à la promotion et la relégation de leurs clubs. Ces mouvements engendrent des variations de rémunération, puisque, comme on l’a vu, le salaire moyen est plus de quatre fois inférieur en Ligue 2. « L’effet superstar » masque la réalité du football professionnel La verdict est terrible : « À côté du monde professionnel, on compte environ 18 000 clubs amateurs et chaque groupe amateur compte des milliers de jeunes joueurs. Sachant que les footballeurs de 20 ans (l’âge modal de ces sportifs) ne sont que cinquante-huit en Ligue 1 pendant la saison 2014-2015 (dont 40 % joueurs étrangers) et que, parmi ces jeunes, une bonne partie va disparaître rapidement du monde professionnel, la probabilité de faire une carrière en tant que professionnel s’avère proche de zéro… ».

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