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Formations au numérique : 2019 année de transition ?

Les formations au numérique sont indispensables pour répondre aux évolutions des technologies et aux besoins des entreprises. Mais la formation publique, comme celle des entreprises, est lente à se mettre en place. En 2020, le compte personnel de formation devrait faire avancer le système.

Après les changements réglementaires, ce sont, pour les chefs d’entreprise, les évolutions des technologies et du numérique qui impacteront le plus l’activité des entreprises dans les 10 prochaines années. L’enquête Elabe/Institut de l’entreprise, publiée le 1er février (1), montre que pour une majorité de français non seulement ces évolutions des technologies et du numérique risquent de détruire davantage d’emplois que d’en créer, mais que chefs d’entreprise comme salariés sont unanimes pour considérer que « le numérique va bouleverser et changer tous les métiers ». Et ils sont pris d’un sentiment d’urgence car ils ne sentent « pas prêts » à affronter ces évolutions (58% estiment qu’il leur serait difficile de changer de métier) et 67% estiment qu’il est, pour eux, « urgent d’acquérir de nouvelles compétences pour s’adapter aux évolutions du monde du travail ».

Les Français estiment qu’ils ont un problème d’employabilité à résoudre urgemment, et ce sentiment traverse à peu près toutes les catégories, partagé aussi bien par les CSP – (64%) que les CSP+ (72%). Les difficultés à changer d’employeur (45% pour les CSP-, 43% pour les CSP+) ou de métier (42% et 40%) sont ressenties à un niveau semblable par les deux catégories ». Et les deux catégories partagent l’opinion que les stratégies publiques et privées ne sont pas à la hauteur de leurs attentes. Et ceci, quelles que soient les dimensions abordées (acquisition de compétences (jugée insatisfaisante par 56% des Français et 46% des chefs d’entreprise), anticipation de l’évolution des métiers (72% et 51%), recherche d’emploi et accompagnement à la mobilité (75% et 81%), insertion des jeunes (77% et 72%), etc.

Un futur Commissariat au numérique ?

La sénatrice Catherine Morin-Desailly a rendu très récemment un rapport (2) qui va exactement dans le même sens. Analysant la formation au numérique, de l’école primaire à l’université, elle met en évidence un certain retard français et appelle à un plan d’urgence : « Il faudrait créer un Commissariat au numérique qui ait autorité sur l’ensemble des ministères pour coordonner la stratégie en la matière. Cela concernerait tout à la fois l’éducation, la formation, la préparation aux nouveaux métiers, mais aussi l’économie, l’industrie, l’environnement, la santé… Dans tous ces domaines, il est urgent de mieux s’organiser, se coordonner, d’avoir une stratégie claire, et c’est pourquoi je demande que la formation au numérique et la montée en compétences de l’ensemble de la société, soient déclarées grandes causes nationales pour 2019 ». Face à « l’ignorance persistante de la majorité des citoyens sur les enjeux du numérique, mais également sur les outils à leur disposition pour se former », elle milite pour « la montée en compétence numérique de tous comme grande cause nationale de 2019 ».

Les sondages et enquêtes fleurissent et vont à peu près tous dans le même sens. Skillsoft, éditeur de solutions de e-learning, montre ainsi avec une enquête auprès de chefs d’entreprise (3) que « les formations au numérique ne dépassent pas 40% du temps total de formation dans près de 62% des entreprises » et que pour 75% des sondés, cela ne suffit pas. De son côté, le Boston Consulting Group vient de publier une enquête en partenariat avec Adecco(4) la même semaine où le forum de Davos s’emparait du thème du thème du futur du travail. Elle montre que « les savoir-faire métier classiques sont désormais indissociables de compétences nouvelles dites digitales, et cette nouvelle association aboutit à des schémas nouveaux » : « quels que soient le pays et la profession, l’enjeu crucial consiste à adapter ses compétences afin de se familiariser avec ce nouvel environnement numérique » et cela « à tous les niveaux de l’entreprise » (5) .

Mais, selon Jean Michel Claye du BCG, « les entreprises ne le font pas assez » alors que l’apprentissage de compétences numériques, statistiques, opérationnelles et collaboratives convoitées se développe partout et constitue dorénavant un avantage comparatif clef.

La loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » bientôt en place

« 2019 est une année transitoire » en matière de formation et de numérique. C’est du moins ce qu’estiment beaucoup de professionnels, en particulier ceux de Demos (6) : tous les éléments de la loi de 2018 « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » seront en place en 2020. « En attendant, cette année, nous sommes dans une période transitoire. Dans le système de demain, chaque actif aura droit à 500 euros par an cumulables sur dix ans », explique Denis Reymond de Demos. De 500 euros par an jusqu’à un plafond, selon les cas, de 5 000, voire 8 000 euros au bout de dix ans, le compte personnel de formation va permettre d’un côté de se maintenir à niveau ou en poste, de l’autre d’acquérir des compétences pour trouver un emploi. Essentiellement bien sûr dans le numérique, car avoir plus de cinq compétences techniques ou comportementales sur son profil professionnel en ligne générerait dix-sept fois plus de consultations, selon LinkedIn France.

La Grande Ecole du Numérique créée en 2015 est un peu au cœur de cette transformation. Elle comprend actuellement plus de 750 formations, dont 347 ont été lancées en 2018. Le label « Grande école du numérique » est accordé à des formations en fonction d’un cahier des charges qui exige notamment que chaque formation forme gratuitement au minimum 10 personnes peu ou pas qualifiées, en recherche d’emploi, par session. Soit en moyenne 77% des apprenants. L’objectif est d’atteindre 80% de personnes formées disposant d’un niveau bac ou inférieur au bac par session (7).

Plus de 12 000 personnes vont être formées en 2019, selon sa directrice Samia Ghozlane, dont plus de 36% de femmes et à 42% dans des quartiers prioritaires de la ville (QPV) avec l’énorme challenge de convaincre les entreprises de les embaucher. « Alors que des entreprises leaders du secteur comme Cap Gemini – qui a recruté 500 jeunes formés en 2018 – sont devenues nos recruteurs principaux, il a fallu du temps pour expliquer ce que nous faisions. Mais maintenant elles sont convaincues ». Pour l’instant, à la Grande Ecole du Numérique, 70 % des personnes formées ont moins de 30 ans et, à la sortie, 74% des diplômés trouvent un emploi.

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