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Génération Z : une autre vision de l’entreprise

La génération Z, qui débarque aujourd’hui sur le marché du travail, privilégie le travail en équipe, les projets et l’expérimentation. Si le travail n’est pas une expérience intéressante, il préfère quitter l’entreprise. Elodie Gentina a enquêté sur ceux qui sont les premiers vrais « digital natives ».

On en parle depuis longtemps, ils sont enfin là. Les digital natives, les vrais, déboulent sur le marché du travail. C’est la génération Z, celle née après 1995, la première qui n’a connu qu’Internet et le numérique. « La génération Y qui l’a précédée, explique Elodie Gentina enseignant-chercheur à l’IESEG School of Management, était, et reste, une génération de « digital migrants ». Ils ne sont pas nés dans le digital, ils y sont venus. La génération Z, elle, a été bercée par le numérique et cela change beaucoup de choses dans leurs attentes vis-à-vis du travail ou vis-à-vis de l’entreprise ». Elodie Gentina a mené une longue enquête auprès de 2 700 d’entre eux, qui a servi de colonne vertébrale à un livre « Génération Z : Des Z consommateurs aux Z collaborateurs » (1), où elle montre comment cette génération Z est différente : « leur première caractéristique, c’est leur culture de l’expérimentation, leur prédilection pour le travail d’équipe et pour les projets. Cela vient de leur culture numérique. Il n’y a plus pour eux de « maître » qui possède la connaissance et peut la dispenser, car ils ont appris la majorité de ce qu’ils savent sur le web, sur les tutoriels, sur les réseaux. Ils se sont formés en partie seuls, on peut même voir dans l’étude que leur première source de formation est Internet. Ils ont donc un autre rapport à l’apprentissage professionnel et ils veulent avant tout que l’entreprise soit un lieu où ils vont continuer à apprendre, à expérimenter. Ils respectent celui qui expérimente ».

L’attente d’une expérience authentique

Leur comportement est en fait assez affectif. Mais plus envers le groupe, l’équipe, avec lequel ils travaillent qu’avec l’entreprise elle-même. L’enquête menée par Elodie Gentina montre ainsi que la fidélité de ces digital natives envers l’entreprise est toute relative. S’ils ne se sentent pas heureux dans le groupe dans lequel ils travaillent ou le projet sur lequel ils sont, ils peuvent s’en aller sans souci : « Un fort esprit d’équipe est la deuxième caractéristique de cette génération Z, continue l’enseignante. Ils ont clairement envie de vivre une expérience et l’authenticité de cette expérience est essentielle. Et c’est à cela que les entreprises vont devoir s’adapter, car elles ont désormais à faire avec des jeunes qui veulent s’engager et être motivés pour candidater et, surtout, rester. D’abord dans les processus de recrutement, où de plus en plus, ce ne sont pas le CV ou la lettre de motivation qui comptent, mais la manière dont les entreprises vont, dans le processus d’embauche, évaluer le jeune en mouvement pour comprendre comment il réagit dans des situations différentes. Ensuite dans le processus même de formation où les entreprises vont devoir de plus en plus former en interne les jeunes qu’elles souhaitent avoir ».

Leur première caractéristique, c’est leur culture de l’expérimentation, leur prédilection pour le travail d’équipe et pour les projets. Cela vient de leur culture numérique.

La qualité plutôt que la quantité

Cette génération Z est peut-être plus qualitative que quantitative. La relation à Facebook en est un symptôme : la génération précédente en avait fait son réseau social en privilégiant la quantité des relations alors que la génération qui arrive préfère d’autres réseaux, comme Snapchat, où le regroupement est plus qualitatif en fonction des intérêts et projets. C’est d’ailleurs pour cela que des entreprises comme Axa Banque, Accenture France ou McDonalds passent par Snapchat pour leurs embauches. Carrefour, qui a 60% de candidats ayant moins de 25 ans, fait de même. En revanche, ils apprécient Facebook Messenger et 61,4% d’entre eux pensent que la messagerie instantanée remplacera l’e-mail comme moyen de communication entre les collaborateurs d’une entreprise (2).

L’humain avant tout

Mais surtout cette génération Z est en train de « réhabiliter » l’entretien d’embauche. Elle veut une relation plus humaine dans l’entreprise comme dans le recrutement. Le candidat n’étant plus évalué d’abord sur ses compétences techniques qui, pour beaucoup, seront apprises dans l’entreprise elle-même, mais sur ses « soft skills », sa personnalité (ouverture d’esprit, rapidité d’apprentissage, la positivité, créativité, esprit d’équipe) la qualité de la relation humaine au cours du recrutement est essentielle. Il y a quelques mois, le distributeur Boulanger a ainsi lancé une campagne de recrutement sur Twitter avec un message simple « Pas de CV, une personnalité ! Les recrutements continuent et il est encore temps de vous inscrire ». Simple et adapté.