Pôle emploi - Emploi Parlons Net

Marché du travail

Inclusion numérique : les territoires en première ligne

Depuis 2019, une cinquantaine de collectivités territoriales expérimentent le « Pass numérique » pour lutter contre l’illectronisme.

Un carnet de chèques-formation, sur le modèle des tickets-restaurants, pour se familiariser avec le web et l’informatique en général. Lancé à l’été 2019 pour lutter contre la fracture numérique, le « Pass numérique » devrait connaître une accélération en 2020 et bénéficier d’une enveloppe supplémentaire de 30 millions d’euros financés à part égale entre l’Etat et les collectivités territoriales. Objectif : former six à sept millions de personnes, prioritairement les personnes les plus démunies face au numérique, telles que les personnes âgées.

Expérimenté à l’heure actuelle dans 48 collectivités territoriales (3 régions, 17 départements, 22 agglomérations et 6 syndicats mixtes), le dispositif a permis, à ce jour, de former 200 000 personnes aux outils du numérique. D’une valeur faciale de 10 euros, le « Pass numérique » est délivré par un service public de proximité – guichet de la mairie, CCAS, espace public numérique… – des travailleurs sociaux ou des associations, aux personnes dont on diagnostique le besoin (aide technique, difficulté à réaliser des télédémarches administratives…). Il permet à son utilisateur de bénéficier de formations et de services d’accompagnement au numérique dans des lieux partenaires.

Financé par un tiers (Etat, collectivités locales, entreprises, associations), il ouvre droit à une prise en charge totale ou partielle de la formation aux outils numériques. La formation peut s’étendre jusqu’à 20 h en ateliers de 1 à 2 h prodigués autour d’usages clés des outils informatiques.

« Combler quelques lacunes »

La Creuse fait partie des départements pilotes qui expérimentent le « Pass numérique ». Depuis décembre, quinze lieux à travers le département ont été identifiés pour dispenser un accompagnement aux bénéficiaires du Pass. « Le public prioritaire, ce sont d’abord les personnes bénéficiaires de minima sociaux », explique Eric Durand, chargé de développer le projet. « Depuis janvier, les retraités peuvent également avoir accès au « Pass numérique » et, à terme, le dispositif pourra être élargi à d’autres publics ».

Joël, 71 ans, a appris à se servir d’un ordinateur « sur le tas » quand il a dû gérer la comptabilité de sa société. Il vient au Chai de Bonnat, l’un des lieux de formation, pour « combler quelques lacune », comme la retouche photo.

À ce jour, un seul opérateur de « Pass numériques », Aptic, a été labellisé par le gouvernement pour éditer les chèques. Il a pour l’instant émis 50 000 chèques et prévoit d’en avoir émis un million d’ici la fin 2020. La société a référencé 330 lieux de « médiation numérique », où il est possible de se former, et prévoit d’en avoir « plus de mille à la fin de 2020 ». Dans un manifeste remis en 2019 à Cédric O, secrétaire d’Etat chargé du numérique, baptisé « Agir face à l’urgence de l’illectronisme », l’Assemblée des communautés de France (AdCF) et France Urbaine, qui représentent les agglomérations réunies au sein des Interconnectés*, recommandent que le dispositif soit « mieux accompagné », notamment en termes logistiques ainsi que dans la formation et l’encadrement des formateurs.

Un programme spécifique est en cours d’élaboration par Aptic afin d’accompagner spécifiquement les travailleurs sociaux « qui sont 72 % à se déclarer en difficulté quand ils sont confrontés à des sujets numériques pour aider une personne accompagnée », souligne Gérald Elbaze, le directeur général d’Aptic.

À ce jour, on estime à 13 millions le nombre de personnes « éloignées du numérique », dont 6,7 millions ne se connectent jamais à Internet. Et 500 000 Français n’ont tout simplement pas accès à Internet.

(*) Les Interconnectés, le Réseau des territoires innovants est une association nationale de diffusion des usages numériques pour les collectivités françaises

N.S.

Également à lire

Marché du travail

10 mars 2020

Les conditions de travail seront-elles plus inclusives demain ?

Les nouvelles méthodes et organisations du travail peuvent-elles être plus inclusives, notamment pour les seniors ou les personnes en situation de handicap ? Digitalisation, automatisation, télétravail ou co-working semblent pouvoir alléger la pénibilité et améliorer la qualité de vie au travail, mais qu’en est-il vraiment ? Pour Vincent Mandinaud, chargé de mission à l’Anact, chef de projet R&D, elles le seront si elles s’inscrivent dans le cadre d’une organisation capacitante ou apprenante et dans les conditions d’un vrai dialogue social.

en savoir plus