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Marché du travail

Inclusion numérique : quelle stratégie mettre en œuvre ?

14 millions de personnes sont exclues ou en difficulté avec les usages du numérique. Un défi pour les pouvoirs publics à l’heure de la dématérialisation des services publics.

Ouvrir un compte en banque, faire ses courses, ses démarches administratives, apprendre l’anglais… Aujourd’hui, on peut presque tout faire en ligne. Mais comment fait-on quand on ne maîtrise pas les usages du numérique ? Selon France Stratégie, les personnes éloignées du numérique représentent, au total, 28% de la population française des plus de 18 ans, soit de l’ordre de 14 millions de personnes. Parmi eux, 6,7 millions ne se connectent jamais à Internet et plus de 7 millions disposent d’un faible niveau de compétences numériques. Dans une étude publiée en juillet 2018 (*), l’organisme public note qu’il existe une corrélation importante entre l’âge, d’une part, la catégorie socioprofessionnelle, d’autre part, et le manque d’autonomie numérique : « plus les individus sont âgés, moins ils utilisent ou maîtrisent internet. Par ailleurs les ouvriers, personnes sans activité professionnelle et retraités, ou encore les individus les moins diplômés et aux revenus les plus faibles sont surreprésentés parmi les personnes éloignées du numérique ».

Emmaüs Connect : faire du numérique une chance pour tous

Face à ce constat alarmant, Jean Deydier, a fondé en 2013 l’association Emmaüs Connect qui vise à faire du numérique une chance pour tous. Selon le fondateur d’Emmaüs Connect, les exclus du numérique sont « principalement de personnes qui n’ont pas de diplôme, pas d’argent et bien sûr beaucoup de publics seniors, sans oublier les personnes handicapées. Il y a aussi des facteurs aggravants comme la fracture territoriale puisque dans les zones rurales où il y a moins d’infrastructures télécom, les populations sont moins connectées, il y a moins d’opportunités pour s’informer et se former, moins de travail et le public y est aussi plus âgé ». Selon Jean Deydier, « c’est dans ces milieux que l’on retrouve malheureusement le plus de gens en situation d’exclusion numérique ».

Fort heureusement, « le sujet n’est plus ignoré d’aucun élu ou d’aucune partie prenante clé, poursuit le fondateur d’Emmaüs Connect. Ce n’était pas le cas il y a seulement deux ans. En revanche, ce qui est perfectible pour le moment ce sont les réseaux, les liens et la coordination. Par ailleurs, les moyens humains et financiers sont insuffisants. C’est très basique mais il y a une très grande pénurie d’aidants et nous avons besoin de plus de ressources financières pour opérer cette transition numérique et publique afin de créer davantage de structures sur le terrain ».

Pour répondre au défi de l’inclusion numérique, une « Stratégie nationale pour un numérique inclusif » a été mise en place par le gouvernement. L’Etat devrait mobiliser 5 millions d’euros en 2019-2020 pour faire émerger une dizaine de Hubs qui auront pour mission de « recenser, conseiller et outiller les acteurs de terrains » pour accueillir et dispenser des ateliers numériques partout sur les territoires. Une nécessité pour tenir la promesse présidentielle d’un « Etat 100% numérique » en 2022 mais aussi une opportunité économique selon France Stratégie qui indique qu’ « un plan d’inclusion numérique qui toucherait un tiers de la population cible sur dix ans, soit environ 4,5 millions de personnes éloignées du numérique, pourrait représenter un gain de 1,6 milliard d’euros par en moyenne sur la période ».

Les études montrent que la formation et l’accompagnement à l’usage des outils numériques contribuent à diminuer le risque de chômage et augmentent les chances de retrouver un emploi.

Mettre les usagers au centre

Selon François Huguet, chargé d’une mission de préfiguration de la Maison de l’inclusion numérique pour le compte de la Caisse d’Allocations Familiales (CAF) du Gard, « il n’y a pas une fracture, il y a des fractures et des exclusions. La fracture principale est celle que l’on retrouve au sein de la société dans son ensemble, c’est l’exclusion sociale. Et puis il y a celle autour des usages ».

Selon le sociologue, « équiper tout le monde massivement ne résoudra pas le problème, il faut encore se pencher sur les compétences à acquérir pour maîtriser et s’autonomiser vis-à-vis du numérique. La notion d’illectronisme permet donc de remettre au centre ces questions de lutte contre l’illettrisme ». Et d’ajouter : « il faut mettre les usagers au centre des dispositifs numériques dès leur conception, et former aussi et surtout les informaticiens, les développeurs à cette idée de mettre les usagers, ceux qui galèrent, les seniors, les fragiles, au centre des approches de conception des services qui leurs sont aussi destinés ».

France Stratégie a cherché de son côté à estimer les bénéfices d’une politique d’inclusion numérique : les études montrent que la formation et l’accompagnement à l’usage des outils numériques contribuent à diminuer le risque de chômage et augmentent les chances de retrouver un emploi. « Si un tiers de la population cible bénéficiait d’une bonne maîtrise du numérique, les gains liés à la réduction du chômage structurel pourraient être de l’ordre de 100 millions d’euros annuels en pouvoir d’achat pour les chômeurs. 1,4 million d’individus pourraient bénéficier d’une amélioration de leur capital social s’ils maîtrisaient mieux les compétences numériques de base ». Pour l’organisme public, « l’inclusion numérique est d’abord un sujet d’équité, d’égalité des droits et de cohésion sociale ».

N.S.

(*) Les bénéfices d’une meilleure autonomie numérique, Rapport au secrétaire d’Etat chargé du numérique, Antoine Baena et Chakir Rachiq, France Stratégie, juillet 2018

Retour sur les actions de Pôle emploi  pour l’inclusion numérique

Parallèlement au développement et la mise en ligne d’outils numériques permettant d’appuyer la recherche d’emploi, Pôle emploi mène de nombreuses actions d’accompagnement des demandeurs d’emploi dans la maîtrise et l’utilisation de ces outils, et agit résolument pour lutter contre l’exclusion ou la précarité numériques.

La stratégie numérique de Pôle emploi est fondamentalement inclusive. Ainsi, la lutte contre toutes les formes d’exclusion numérique est au cœur des préoccupations de l’opérateur.

  • Pôle emploi mène un travail conjoint avec d’autres opérateurs  du service public  (la CNAF, la CNAV, La Poste…) partageant ces enjeux en matière d’inclusion numérique.
  • Pôle emploi a mis en place des actions concrètes pour lutter contre la fracture numérique :La mobilisation de plus de 3200 volontaires en Service Civique, dans les agences, pour appuyer les demandeurs d’emploi dans l’utilisation des équipements informatiques ;
  • Un partenariat avec l’association Emmaüs Connect pour détecter la précarité numérique des demandeurs d’emploi et mieux orienter ceux qui en ont besoin vers des centres de ressources dédiés à l’accompagnement numérique. Ce partenariat est également à l’origine d’une plateforme collaborative et de e-learning « Les Bons Clics » où sont mis à disposition des outils pédagogiques pour faciliter la démarche d’inscription à Pôle emploi ;
  • Des partenariats avec les Maisons de services au public (MSAP) qui assurent des médiations administratives, sociales et numériques, notamment pour les publics non autonomes dans leurs démarches ;
  • Une expérimentation avec Médias-Cité, coopérative d’intérêt collectif engagée dans la dynamique solidaire, dans la mise en place du « pass numérique(1)», qui permet aux demandeurs les plus en difficultés de financer leur accompagnement à l’usage du numérique dans des structures de médiation numérique labellisées ;

(1) Nouvelle appellation du Chèque APTIC

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