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Industrie : le pari des filières

Ré-industrialiser la France en organisant des filières dans des secteurs d’avenir : tel est le pari du gouvernement. Il suppose un changement radical des mentalités.

C’est une manifestation concrète du plan de ré-industrialisation de la France : la Lorraine a signé, le 17 septembre, à Matignon un « contrat particulier »en vue de devenir la « vallée européenne des matériaux et de l’énergie. » Trois cent millions d’euros d’investissement réalisés par l’Etat et la région seront répartis entre seize projets, avec pour ambition de susciter aussi des investissements privés.

La Lorraine, région française la plus touchée par la désindustrialisation, devient ainsi une région pilote, sorte de vitrine des plans du gouvernement. Il est temps : la Lorraine a perdu quelque 48 000 emplois industriels entre 2000 et 2010.

Oublier Florange

Malgré les aléas de l’acier et de l’industrie automobile, la région dispose d’un tissu de PME, de centres de recherche et d’un savoir faire industriel encore présent. D’où l’idée de tourner la page de Florange et des hauts fourneaux et d’y développer de nouvelles filières.

Ce contrat s’inscrit dans le cadre plus vaste des « 34 plans de reconquête industrielle »lancés à la mi-septembre pour tenter de stopper l’hémorragie d’emplois industriels et même d’en recréer 480 000 d’ici à dix ans, selon les estimations du cabinet de consultants McKinsey.
Un plan qui ne dispose que de moyens financiers limités – 3,5 milliards d’euros – alors qu’il y a urgence. Si l’on se fie aux enquêtes du cabinet Trendeo, en effet, le tissu industriel français continue de se défaire.

Du 1er janvier 2009 à septembre 2013, 1 253 usines ont fermé en France. La tendance est continue depuis mi-2011. Il y a eu autant de fermetures lors des trois premiers trimestres de 2013que lors des trois premiers de 2012. Il y a certes les grands sites connus, comme l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois, mais aussi de petits sites employant moins de cent personnes.
 
Deux usines fermées pour une créée

Face à ces fermetures, les créations de nouveaux sites industriels sont très insuffisantes. Qui plus est, note Trendeo, elles sont en baisse de 25 % en 2013 (71 créations) par rapport à 2012. Conséquence : le solde net des ouvertures et fermetures d’usines se détériore. Les pertes nettes d’usines depuis 2009  s’élèveront à 613 à fin 2013.

C’est ainsi que la part de l’industrie dans le PIB est désormais inférieure en France à ce qu’elle est en Grande-Bretagne, alors que c’était le contraire dans les années 2000. Et il ne faut pas compter sur un rebond avant 2014, car cette année, l’Insee prévoit une baisse de 6 % de l’investissement industrielen France.

Reste qu’il existe des entreprises petites et moyennes qui réussissent en France. Un seul exemple: dans les énergies renouvelables, la jeune société aixoiseSunpartnera créé un film photovoltaïque permettant notamment de recharger son portable à l’énergie solaire. Cette start up, qui a cinq ans d’existence, a passé un contrat avec le géant chinois de la téléphonie mobile TCL. C’est à des entreprises de ce type que le gouvernement destine ses « 34 plans de reconquête industrielle. »

Aider les PME à grossir

Les « 34 plans de bataille » définis par le gouvernement concernent trois grands secteurs : la transition énergétique, la santé et le numérique. Chacun de ces plans sera dirigé par un chef de projet, acteur de référence de son secteur, et implique une coopération avec les pouvoirs publics. L’organisation de filières cohérentes pourrait permettre à de petites sociétés de grossir et de devenir ces grandes PME exportatrices qui manquent tant en France.

A défaut d’argent, qu’il n’a pas, l’Etat tentera d’accompagner, d’organiser et de faire communiquer financiers, chercheurs, entrepreneurs et institutions publiques. Un savoir-faire que les Allemands et les Italiens possèdent, et qui permet à leurs grosses PME de prospérer, mais qui fait cruellement défaut aux Français. C’est en soi une révolution culturelle que la France devra accomplir alors qu’elle n’y est jamais parvenue jusqu’ici.

Marie-Laure Cittanova – Slate.fr

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