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Marché du travail

La certification face à de nouveaux défis

Pour la seconde fois, France Compétences a établi son recensement des métiers émergents ou en particulière évolution en 2021, autant d’indicateurs précieux pour les organismes certificateurs, les entreprises et les candidats à la formation professionnelle.

Garant de la pertinence des certifications et des besoins en compétences, l’autorité publique nous en dit plus sur les enjeux de la certification, les secteurs attractifs, et les projets d’amélioration pour répondre aux évolutions du monde du travail. Éclairage avec Mikael Charbit, directeur de la certification professionnelle de France Compétences.

Quelle est la vocation de France Compétences depuis sa création en 2019 ?

Créée dans le cadre de la loi « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel », France Compétences a pour mission d’assurer le financement, la régulation et l’amélioration du système de la formation professionnelle et de l’apprentissage. Notre rôle implique un pouvoir de recommandation sur les problématiques de formation professionnelle et une prise de décision sur l’éligibilité des certifications professionnelles au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) ou au Répertoire spécifique*.

Dans ce rôle d’arbitrage, qu’est-ce qui prime avant tout ?

L’analyse de l’insertion professionnelle est un élément central dans l’évaluation d’un dossier. De nombreux critères sont examinés : l’adéquation des emplois occupés par rapport au métier visé par la certification, son impact en matière d’accès ou de retour à l’emploi, la qualité du référentiel d’activités et de compétences, la transparence de l’offre, l’accès par la VAE (validation des acquis de l’expérience)…, autant de paramètres qui œuvrent à la qualité du dispositif, pour la protection à la fois des candidats mais aussi des entreprises.

Si celles-ci recrutent des titulaires non opérationnels, cela peut brouiller l’effet de signal sur le marché du travail. Au RNCP, entre l’initialisation d’un dossier, l’analyse du devenir professionnel des premières promotions puis l’instruction et la validation de l’enregistrement, le délai prend donc a minima trois ans.

Quels sont les leviers de France Compétences pour valoriser les besoins émergents ?

Le délai pour faire aboutir un projet peut apparaître trop long lorsqu’il s’agit de répondre à un enjeu de transformation rapide et forte d’un métier ou d’une organisation de travail, ou qui peut avoir un impact brutal sur la transition environnementale ou numérique.

Pour être plus réactif dans ces cas de figure, le législateur a établi une procédure d’identification des métiers qui nécessitent une évolution plus rapide en compétences, qui embarquent généralement avec eux des métiers en tension. Toutes les certifications visant ces métiers dont les dossiers seront déposés en 2021 bénéficieront d’une simplification à l’enregistrement au RNCP, afin que l’offre de formation associée puisse être déployée plus rapidement, et s’adapter au mieux aux évolutions du monde du travail.

La Commission de la certification professionnelle, composée pour moitié de partenaires sociaux, a établi la liste des métiers émergents ou en particulière évolution pour 2021. Quelles étaient les grandes thématiques définies au préalable ?

Les métiers retenus ne sont pas à proprement dit émergents, mais plutôt impactés par une évolution significative de leurs activités professionnelles et les compétences associées. Certains s’inscrivent également dans les objectifs du discours de politique générale du Gouvernement, et ses ambitions sur les secteurs d’activités stratégiques : la transition écologique, la relocalisation des activités – notamment la réindustrialisation – la modernisation des réseaux et des infrastructures, la numérisation et l’intelligence artificielle. Les secteurs de l’industrie et du service à la personne ont également profité d’une attention particulière.

Cette liste fait la part belle à la transition écologique et numérique. Quelques exemples de métiers impactés ?

Parmi les vingt métiers mis en lumière cette année, nous retrouverons des métiers issus du bâtiment notamment, tels que celui de couvreur, préparateur en déconstruction, serrurier métallier, diagnostiqueur de produits, technicien d’installation et de maintenance de systèmes énergétiques… Chacun, dans leur spécialité, au centre de la transition écologique.

De nouvelles compétences sont fortement attendues dans ces métiers vecteurs de nombreuses opportunités. À l’heure de l’évolution technologique et digitale, des métiers comme data engineer, architecte IoT ou encore technicien électronique s’inscrivent également sur un marché très dynamique.

La crise sanitaire a-t-elle engendré davantage de besoins en matière de certifications ?

Le caractère systémique de la crise a surtout engendré des questionnements sur la reconversion et la mobilité professionnelle, qui ont pris une certaine ampleur ces derniers mois. De ce point de vue, la crise a accéléré les choses. S’agissant des organismes de formation, on constate une vraie progression de la digitalisation de l’offre, qui était encore l’apanage de quelques organismes créés autour de ce modèle.

De quelle manière France Compétences et Pôle emploi conjuguent leur expertise pour améliorer l’identification des besoins en compétences ?

France Compétences est partie prenante dans le projet de réforme « ROME 4.0 » actuellement initié par Pôle emploi. Le ROME (Répertoire Opérationnel des Métiers et des Emplois) est un indicateur et un référentiel de classement très utile, qui avocation à devenir plus prospectif. L’objectif est de repenser la méthode (familles de métiers, terminologies…), la classification ou encore la source d’alimentation, celle-ci ne pouvant se limiter qu’à l’expression des besoins d’entreprise.

En somme, plus les sources seront diversifiées, plus l’effet de signal sera fort pour les organismes de certification, et plus les métiers émergents seront précisément identifiés. Dans ce projet, notre travail est d’assurer un partage de données suffisamment qualitatives pour être exploitées par Pôle emploi, qui fait partie des acteurs prescripteurs de compétences visées par une certification professionnelle.

Quels sont les moteurs de la transformation de l’offre de formation professionnelle ?

Parmi les axes de transformation, la modularisation fait partie des enjeux pour faire vivre la notion de blocs de compétences à travers des logiques de parcours à la fois lisibles, compréhensibles, et aussi faire du Répertoire spécifique un répertoire à part entière, un levier de qualification, de professionnalisation. Un objectif d’autant plus important que tout le stock de l’ex-inventaire arrive à échéance fin 2021.

Aujourd’hui, les branches professionnelles ne doivent pas hésiter à se saisir de ce répertoire, qui est d’ailleurs la source d’usage principale de la consommation du Compte personnel de formation (CPF).

Le travail amorcé avec la Caisse des dépôts et des consignations sur l’identification des blocs de compétences et des organismes certificateurs devra également permettre d’améliorer le lien entre les répertoires nationaux et les offres de formation du CPF.
À l’heure où le marché de la formation professionnelle s’oriente de plus en plus vers le certifiant, ce rapprochement de l’offre et de la demande en compétences est essentiel pour simplifier et enrichir le travail des prescripteurs, aider à l’orientation, personnaliser les parcours.

En savoir plus sur le rôle de France Compétences : https://www.francecompetences.fr/fiche/certifications-le-role-de-france-competences

* La formation correspond à un processus d’apprentissage de savoirs et de savoir-faire professionnels.
La certification correspond à un processus de validation de ces savoirs et savoir-faire.
RNCP : Répertoire national des certifications professionnelles, qui enregistre les diplômes, titres à finalité professionnelle et CQP.
Répertoire spécifique : il recense les habilitations et certifications visant des compétences transversales/complémentaires en situation professionnelle.
Formations certifiantes : formations dont les acquis font l’objet d’une évaluation lors d’épreuves jugées par un jury (examens écrits et/oraux, tests, QCM, mise en situation, dossiers…).

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