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Marché du travail

« La crise va agir tel un accélérateur de changement »

Dans quelle mesure la crise sanitaire a-t-elle impacté l’emploi en intérim ? Quelles perspectives se profilent après le déconfinement ? L’éclairage de Mehdi Tahri, le fondateur d’iziwork, le leader en France de l’intérim digitale.

Le secteur de l’intérim vit une situation assez paradoxale depuis le début de la crise sanitaire ?

Effectivement. Suite à l’annonce du confinement par le Président de la République début mars, certains secteurs, qui ont habituellement fortement recours à l’intérim, comme l’automobile, le BTP ou encore l’aéronautique se sont complètement mis à l’arrêt. Avec comme conséquence une baisse de 75 % de l’activité en intérim en France (Source : Prisme emploi). Fort heureusement, le gouvernement a permis aux intérimaires dont la mission s’est vue interrompue de pouvoir bénéficier du chômage partiel.

À contrario, on a constaté une véritable explosion des besoins en intérim dans des secteurs « essentiels » comme la distribution alimentaire, la logistique, l’agriculture et la santé. Dans la distribution alimentaire par exemple, chez iziwork, en plein cœur de la crise sanitaire, nous avons proposé jusqu’à 10 000 nouvelles offres d’emplois par semaine via notre application pour smartphone. Soit trois fois plus qu’en temps normal.

Comment gérez-vous cette situation inédite ?

Début avril, nous avons lancé un appel à la mobilisation sur notre application. 50 000 candidats se sont déjà portés volontaires pour aller renforcer les entreprises de la distribution alimentaire, de la logistique ou encore de la santé. Nous avons positionné sur ces missions de nombreux intérimaires déjà inscrits dans notre vivier de 450 000 personnes. Parmi eux, certains étaient inactifs ou au chômage partiel et souhaitaient pouvoir apporter leur contribution.

Nous leur avons donc donné cette possibilité en faisant bien sûr de la sécurité sanitaire la première de nos priorités. Outre une sensibilisation aux gestes barrières et de distanciation sociale, nous avons mis à leur disposition un service de téléconsultation médicale sans avance de frais. Au moindre doute de symptôme, nous demandons à nos intérimaires de rester chez eux, afin d’éviter toute diffusion du virus.

Au-delà d’un besoin en main d’œuvre, il faut répondre à des besoins précis en termes de compétences …

Certaines compétences se transfèrent facilement d’un secteur à l’autre. Un intérimaire qui est manutentionnaire ou cariste dans l’automobile peut, par exemple, aisément travailler au même poste dans un centre logistique après une rapide formation chez le client. Les acteurs de la distribution alimentaire sont, quant à eux, souvent à la recherche de profils d’agents polyvalents. Le savoir-être et la motivation priment dès lors sur les compétences techniques. Pour notre part, nous publions aussi des offres sur les « jobs board » de partenaires, tels que Pôle emploi, avec qui nous travaillons régulièrement, ce qui permet d’avoir un afflux de candidatures plus important.

Malgré tout, il est plus difficile de transférer des compétences dans des secteurs tels que la santé. On ne s’improvise pas infirmier ou aide-soignant ?

Il ne s’agit pas de notre cœur de métier, mais nous avons accompagné certains réseaux hospitaliers dans le recrutement d’infirmiers spécialisés en réanimation. L’algorithme de notre solution technologique permet d’identifier rapidement un candidat, une fois celui-ci inscrit dans notre base en ligne. À l’instar des autres métiers, notre solution va faire converger les besoins précis de l’employeur avec les compétences de la personne, son expérience, la proximité de son lieu d’habitation et sa disponibilité. Des entretiens à distance permettent ensuite d’échanger avec les candidats puis, de valider leur recrutement. Cela va très vite.

Cette crise inédite présage-t-elle d’un avènement du modèle de l’intérim digital ?

L’agilité du digital permet à l’intérim d’être inventif et réactif face à des situations nouvelles comme la crise actuelle. Dans l’alimentaire, les entreprises peuvent par moment avoir besoin d’une personne pour le lendemain. Avec les risques de contamination, les candidats n’ont, quant à eux, pas forcément envie de se rendre dans des agences d’intérim « physiques ». Sur une plateforme en ligne, ils peuvent postuler en une minute à une offre depuis chez eux, après avoir posté leur CV, puis rapidement commencer à travailler, si leur profil convient.

En outre, les acteurs de l’intérim digital n’ont pas de frais immobiliers, et automatisent leur gestion administrative (contrats, relevés d’heures de paie…) ce qui leur permet de contrôler leurs coûts et d’être très compétitifs. Ce sont des arguments qui vont forcément avoir un écho, dans le « monde d’après », où les entreprises vont devoir réaliser des économies.

Justement, comment voyez-vous ce monde de « l’après confinement » ?

À la mi-avril, iziwork a réalisé une enquête auprès de 300 grandes entreprises et ETI en France, pour savoir comment elles voyaient la reprise. 60 % d’entre elles ont un sentiment d’incertitude fort et n’ont pas de stratégie de sortie de crise très claire. Cela reste vrai même pour les entreprises de secteurs moins impactés comme l’e-commerce, les télécommunications, la beauté, le textile, la propreté ou la logistique. Ces dernières s’attendent à un rebond, mais ne savent toutes pas si cette hausse d’activité va être durable ou temporaire.

Ce contexte très incertain va s’accompagner d’une recherche d’économie et de flexibilisation du travail à travers un recours accru à des CDD ou de l’intérim. Cette crise va agir tel un accélérateur de changement, d’innovation et d’adoption de modèles digitaux, plus efficients en termes de coûts.

Est-ce qu’il y a un risque associé à la mise en place de ce modèle ?

C’est bien sûr une inquiétude qui peut émerger dans le contexte actuel. Pour notre part, c’est un tout autre modèle que nous défendons chez iziwork. Nous souhaitons apporter aux entreprises de la flexibilité et de l’efficience dans leur gestion RH grâce à la technologie, mais en construisant un cadre favorable et gratifiant pour nos intérimaires. Formation, suivi de carrière personnalisé, primes à la performance, compte épargne temps, solutions de crédit… notre modèle d’intérim est centré sur le salarié et son développement professionnel. Dans l’après-crise sanitaire, l’objectif doit tout autant être de répondre aux aspirations des salariés, qu’à celle des entreprises.

S.K.

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