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Marché du travail

La mobilité est aussi une question pour les jeunes

Pour les économistes Étienne Wasmer et Jean-Benoît Eyméoud, l’accès des jeunes aux villes, surtout celles où les loyers sont les plus élevés, est la question essentielle pour leur emploi. Or la mobilité des moins de 25 ans est faible, et rien n’est fait pour l’encourager. Une approche nouvelle dans la lutte contre le chômage des jeunes.

« Non seulement il est plus facile pour les jeunes de trouver un emploi dans les grandes villes, ou plus précisément dans les villes aux loyers élevés, mais les chances sont encore plus élevées pour eux que pour les plus anciens ». Pour l’économiste Étienne Wasmer, chercheur et enseignant à Sciences Po, le manque de mobilité est au cœur de la question de l’emploi des jeunes. Avec l’économiste Jean-Benoît Eyméoud, ils sont partis du constat qu’il existait une géographie du chômage comme il existait une géographie de l’emploi (faire lien avec dossier : La nouvelle géographie de l’emploi). Leur premier constat est d’évidence : le marché du travail est spatialisé. Leur deuxième l’est un peu moins : la carte du chômage des jeunes, des moins de 25 ans, est beaucoup plus dispersée que chez les plus âgés. Leur troisième constat : les emplois se créent dans les grandes villes, les métropoles, et surtout dans celles qui ont des loyers élevés, voire très élevés. Sur ces bases, ils ont lancé leur étude essentiellement en analysant à travers les données de Pôle emploi de 2004 à 2014, région par région, les va-et-vient des demandeurs de catégorie 1 de moins de 55 ans en les mettant en lien avec l’évolution des prix des loyers. Cette étude a donné naissance à leur ouvrage Vers une société de mobilité.

« La problématique c’est de rendre attractif des emplois dans des villes que l’on considère inabordables et chères. »

Les grandes villes profitent davantage aux jeunes qu’aux autres

« Nous avons tout d’abord montré de manière tout à fait robuste que les villes où le marché du logement est tendu sont les villes où la chance de retrouver un emploi sont plus fortes pour tout le monde, quelle que soit la catégorie d’âge. Mais nous avons également montré que les moins de 25 ans ont encore plus de chances que les autres de trouver un emploi : l’effet grande ville/loyers élevés est positif pour tout le monde, mais encore plus pour les jeunes », explique Étienne Wasmer. « Si l’on ajoute à cela que les chances de retour à l’emploi augmentent encore dans les trois premiers mois, les jeunes devraient se diriger vers les villes. Or ce n’est pas le cas, la mobilité géographique des jeunes reste très faible en France, elle est même en diminution ». Pour Étienne Wasmer et Jean-Benoît Eyméoud, l’accès des jeunes aux villes à loyers élevés est donc essentiel. L’inégalité majeure en matière d’emploi tient au coût du logement et aux questions de transport.

La question du logement

Ils ont donc analysé ces limites à la mobilité à travers la question du logement social ou privé. « D’un côté, le nombre de jeunes qui accèdent au logement social dans les villes est non seulement très faible, mais en plus il diminue constamment. De l’autre, avec un droit au logement extrêmement protecteur, les propriétaires « sur-sélectionnent » leurs locataires », explique Étienne Wasmer. Un marché du logement trop cher et bloqué joue directement contre les chances des jeunes de trouver un emploi. « La problématique c’est de rendre attractif des emplois dans des villes que l’on considère inabordables et chères. Il n’y a pas bien sûr de politique unique pour régler le problème d’emploi des jeunes mais beaucoup de politiques différentes, du logement et des transports en premier lieu, qui devraient toutes tourner autour de l’idée que les prix de l’immobilier doivent être suffisamment faibles pour que des objectifs de mobilité puissent être définis. Toutes les études montrent que les villes ont besoin des jeunes et qu’elles n’arrivent pas à en trouver suffisamment pour les emplois de service, d’administration, de finances, d’aides à la personne qu’elles créent. Toutes ces zones sont demandeuses de jeunes et leur déséquilibre offre/demande est grand. La mobilité est évidemment un facteur de compétitivité économique. Mais elle devrait surtout être considérée comme une liberté fondamentale : être incapable de bouger de son quartier parce qu’on n’a pas les moyens financiers ou culturels rend captif de bassins d’emploi qui périclitent ou de quartiers difficiles. Il faut booster la mobilité et organiser les politiques de logement de façon à ce que les gens puissent bouger quand ils le veulent ou quand ils en ont besoin. Les politiques de mobilité en France, quand elles existent, ne sont pas à la hauteur des enjeux, trop de mesures sectorielles qui ont peu d’effets ».

Vers de nouvelles politiques de l’emploi ?

À l’inverse, comme beaucoup d’économistes (2), Étienne Wasmer n’est pas totalement persuadé que la politique des emplois aidés soit la meilleure. « Chaque fois que l’on essaie de faire des politiques locales pour maintenir les gens dans l’emploi, on aide en fait les propriétaires terriens, ceux qui possèdent le foncier, on maintient un semblant d’activité qui protège finalement la rente foncière et ceux qui sont déjà bien en place dans le commerce puisqu’on maintient une activité sous perfusion. En fait, on aide moins les travailleurs que le capital et on confine les gens dans des endroits où il n’y a pas d’emploi plutôt que de les aider à bouger, les aider à s’installer ailleurs ».
Avec l’étude, Wasmer et Eyméoud font une série de propositions pour le logement et la mobilité des jeunes, sur le logement social, sur les baux dans le privé ou les garanties pour les propriétaires qui acceptent les jeunes. Ils obligent surtout à faire un pas de côté : la lutte contre le chômage des jeunes ne passe peut-être pas d’abord par des mesures fiscales et sociales sur leurs contrats de travail, mais par la réorientation de politiques, logement, transport, culture… autour d’une priorité donnée à la mobilité.

(1) Vers une société de mobilité. Les jeunes, l’emploi et le logement. Jean-Benoit Eyméoud et Etienne Wasmer. Presses de Sciences Po. 90 pages. 9 €
(2) Les emplois subventionnés aident-ils les jeunes peu qualifiés? Pierre Cahuc, Stéphane Carcillo et Andreea Minea
https://www.louisbachelier.org/reduire-chomage-lapport-de-recherche/