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Marché du travail

La plaie du chômage des jeunes

La crise explique 50% du chômage des jeunes, et jusqu’à 70% dans les pays vulnérables du Sud de l’Europe. Mais des réformes du marché du travail sont aussi indispensables

Publié le 30/12/2014 Mise à jour le 16/03/2018

La crise est toujours là. En particulier en Europe. La reprise s’y est affaissée l’été dernier. L’Allemagne, qui devait en être le moteur, ne devrait croitre que de 1% en 2015, selon la Bundesbank. C’est le chiffre moyen sur lequel s’arrêtent les pronostics des économistes pour la zone euro toute entière l’an prochain. La France gagnerait comme la moyenne, 1%, après un 0,4% en 2014.

Cette atonie est la première responsable du chômage : 24 millions de personnes sont sans emploi en Europe. Mais l’inverse est vrai aussi, la causalité va dans les deux sens. La récession crée le chômage mais le chômage bloque aussi la reprise. C’est particulièrement vrai pour le chômage des jeunes. Telle est la double conclusion d’une étude du FMI.

« Un taux de chômage élevé est toujours indésirable, mais le chômage des jeunes peut être particulièrement dommageable dans la zone euro, qui a une population vieillissante et une énorme marge de capacités de travail et de capital inutilisées. En outre, plus la période de chômage se prolonge, plus les compétences se perdent et l’employabilité diminue », notent les auteurs.

Effets délétères

En outre, 40 % des jeunes restent sans emploi pendant plus d’un an.

Cette dégradation a « des effets délétères sur la cohésion sociale et les institutions ». Un pays vieilli a le risque en aversion, innove difficilement et peine à financer ses retraites « surtout si les jeunes les plus talentueux choisissent d’aller étudier et travailler à l’étranger ».

L’emploi des jeunes travailleurs est « trois fois plus sensible à l’évolution de l’activité économique que celui des adultes », notent les auteurs. Cela s’explique parce que leur situation est plus précaire, ils sont d’abord employés dans des secteurs comme le commerce ou le BTP ou bien dans  les PME. Mais ils ont trois fois plus de « chances » d’être embauchés en contrats à durée déterminée (CDD) que les adultes, peut être parce qu’ils sont moins chers pour le même poste.

Le chômage des jeunes s’est brutalement accru avec la crise de 2008, inversant une tendance de lente décrue. Au total, 23% des jeunes sont sans emplois contre 15% en 2007. Les pays les plus affectés sont ceux qui ont subi le plus violemment la crise comme l’Espagne, la Grèce, l’Italie et l’Irlande, tandis que ceux relativement préservés de l’Europe du nord ont vu le taux de chômage des jeunes peu progresser et même régresser (Allemagne). C’est la preuve que l’absence de croissance est le facteur premier du sous-emploi, y compris des jeunes.

Croissance et réformes

Mais dans d’autres pays comme la France, la Belgique, la Suède, le taux de chômage des jeunes n’a pas singulièrement cru durant la récession. Il est très élevé mais il préexistait à la crise. Cela prouve cette fois que des explications sont à chercher ailleurs que dans la chute de la croissance macroéconomique. Selon l’étude du FMI, la crise explique 50% de la hausse du taux de chômage chez les jeunes mais ce chiffre monte à 70% dans les pays vulnérables du sud.

La croissance est nécessaire, le « comment faire ? » est l’objet du débat sur l’austérité, l’investissement européen et sur les réformes structurelles. Mais la croissance à elle seule ne suffira pas à résoudre le problème, surtout là où le chômage des jeunes était déjà élevé avant la crise. Des réformes du marché du travail peuvent aider à réduire le chômage des jeunes. Le rapport ne relance pas la question polémique en France du Smic-jeunes, mais souligne – premier point – que le niveau du salaire minimum affecte de « façon disproportionnée » les jeunes qui sont moins qualifiés et ont  moins d’expérience.

Le rapport s’en prend surtout – deuxième point – à la dualité du marché du travail : les CDD qui bénéficient de peu de protection, tandis que les CDI sont « hautement sécurisés ». « Compte tenu de la destruction massive d’emplois qui a déjà eu lieu pendant la crise, les gouvernants devraient s’efforcer de réduire ce dualisme du marché du travail en atténuant la protection des CDI ». Enfin troisième point : l’amélioration de la formation professionnelle, souvent déficiente, le modèle allemand étant mis en avant.

Il n’y a pas de « solution magique », concluent les auteurs. Les résultats différents selon les pays montrent qu’il faut tenir compte des facteurs spécifiques. Mais dans toute l’Europe, au-delà de l’adoption de politiques de croissance, le chômage des jeunes, par son impact négatif, devrait être le but prioritaire des réformes du marché du travail.

Eric Le Boucher – Slate.fr

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