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La rencontre et le lien donnent du sens à notre métier

Dafna Mouchenik a créé LogiVitae en 2007, service d’aide à domicile pour les personnes dépendantes et fragiles. Depuis 2019, Dafna est également présidente du Synerpa Domicile, la fédération qui regroupe les acteurs du secteur. Rencontre avec une personne engagée, passionnée par son métier.

Pourquoi avoir créé une entreprise d’aide aux personnes âgées dépendantes ?

C’est au cours de mon deuxième congé maternité que l’idée, soufflée par un de mes cousins, a germé. En 2005, le contexte est favorable, le plan Borloo destiné à favoriser le développement des services à la personne – aide à domicile, garde-malade, aide aux personnes âgées, soutien scolaire et garde d’enfants… commence à se déployer. Je vois tout de suite comment je peux me rendre utile, notamment auprès des personnes âgées, pour leur permettre de rester chez elles.

Avec plusieurs envies : avoir une entreprise sociale et solidaire, être mon propre patron, tout en étant proche de mes équipes et des gens que nous accompagnons. Je me lance dans l’aventure entrepreneuriale et nous démarrons l’activité à deux, puis nous passons à 50 au bout de 18 mois et aujourd’hui nous avons 160 salariés qui accompagnent 800 personnes à Paris.

Quelles sont les caractéristiques de ce secteur en termes d’emploi ?

Le turnover est important, le temps partiel est légion, la pénibilité est forte et le salaire peu élevé : pas étonnant que le secteur souffre d’un déficit d’attractivité et d’une méconnaissance des métiers ! De plus, la croissance de la demande due au vieillissement de la population n’a pas été correctement anticipée. Mais il y a des atouts indéniables : être auxiliaire de vie, c’est une porte pour accéder aux métiers médico-sociaux, comme aide-soignant(e), infirmier(e)… Ce sont des métiers qui laissent place à l’initiative et l’autonomie.

Ce sont aussi des rencontres qui permettent de tisser des liens extraordinaires entre les aidant/aidés, un peu à l’instar de la relation racontée dans le film « Intouchables ». Le confinement a été un moment terrible pour les personnes âgées, nous avons maintenu le lien avec ces personnes isolées et nous avons sauvé des vies ! Nous avons été sur le front 24h/24 et 7j/7, comme je le raconte dans mon livre « En première ligne ».

Que faites-vous pour attirer les candidats ?

Chez LogiVitae, nous ne proposons que des postes à temps complet ; les plannings sont organisés en concertation et l’écoute occupe une très grande place : un(e) auxiliaire de vie doit pourvoir avoir un interlocuteur, un référent pour échanger en cas de difficulté rencontrée et ne pas se retrouver isolé(e). Par ailleurs, nous mettons en place de la formation continue, pour permettre à ceux qui le souhaitent d’évoluer vers d’autres postes. Et bien sûr, nous nous sommes mis au digital : nous proposons à nos salariés un smartphone où leur emploi du temps est consultable.

Aujourd’hui, j’ai 9 postes vacants et je refuse des candidatures. Tout le monde n’est pas fait pour ce métier : il faut des qualités humaines – empathie, bienveillance, patience, pour ne citer qu’elles – qui ne s’apprennent pas à l’école, il faut une intelligence du cœur. C’est vrai, j’ai une belle équipe qui travaille avec moi.

Quelle est l’évolution passée et à venir de l’emploi dans ce secteur ?

Au niveau national, le secteur de l’aide à la personne représente aujourd’hui 230 000 salariés et, selon le rapport El Khomri, devrait générer 130 000 emplois d’ici 2040. En 2050, compte tenu du vieillissement de la population, le nombre de personnes en perte d’autonomie atteindrait 4 millions, dont 3,2 millions vivant à domicile. Autre indicateur, en 2015, 600 000 personnes ont bénéficié d’une aide structurée et organisée, ce chiffre devrait doubler en 2050. Nous sommes arrivés au bout d’un modèle et nous attendons la loi Grand Âge et Autonomie promise par le gouvernement avec impatience.

Comment développer l’attractivité des emplois et répondre aux demandes d’une population vieillissante ?

Aujourd’hui, nous avons beaucoup d’offres non pourvues, donc des personnes qui ne peuvent pas être accompagnées. Et la grande majorité des personnes souhaitent vieillir chez elles. En amont, il est primordial de sensibiliser les jeunes, de leur ouvrir nos portes pour leur permettre d’avoir des expériences, des stages. Il faut également raconter les belles histoires, car ce sont elles qui donnent du sens à ce métier.

Par ailleurs, les entreprises du secteur se sont engagées à recruter des alternants. Il est indispensable de privilégier la formation continue pour ceux qui souhaitent évoluer vers d’autres postes ou prendre du recul. Et enfin, prendre en compte les temps de transmission et de réunion et les intégrer au temps de travail, revaloriser les salaires. L’auxiliaire de vie doit devenir le premier agent du domicile, de l’aide et du soin.

Vous travaillez avec un certain nombre de partenaires, dont Pôle emploi. Pouvez-vous nous dire quelles sont vos relations ?

À chaque fois qu’il y a eu une convention entre les professionnels du secteur et Pôle emploi en région, les résultats ont été très positifs. Lorsque l’accueil du côté des services et la curiosité du côté des conseillers Pôle emploi sont au rendez-vous, il se développe une réelle compréhension du métier, pour un partenariat gagnant-gagnant. Ayant une meilleure connaissance du secteur, les conseillers interviennent auprès des chercheurs d’emploi et, après avoir détecté ceux qui ont les qualités humaines requises et l’envie, peuvent les orienter vers nos professions.

Dans le cadre de conventions entre Pôle emploi, l’Opérateur de compétences (OPCO, organisme chargé d’accompagner la formation professionnelle) et les employeurs, le chercheur d’emploi peut suivre une formation théorique suivie d’une immersion, obtenir une qualification et un CDI à la clé ! C’est un levier efficace pour accroître le nombre de recrutements, mais cela ne suffit pas. C’est ailleurs que se trouve la solution pour ces métiers en tension.

A.D.

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