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La « robolution » est inéluctable, mais plus lente que prévue

Les théories économiques ont du mal avec la réalité, ce fut au cœur des débats du think tank de Georges Soros à Paris. Les industriels aussi si l’on en croit le patron de Foxconn, l’assembleur chinois des I Phone. Revue des idées 18.

« Les robots attaquent nos boulots » ou, plus dramatique encore, « Vers l’apocalypse robotique ? » : le Nouvel Observateur dramatise un peu ce qu’il appelle, empruntant le nom à Bruno Bonnel, la « robolution ». Mais le dossier est intéressant : la liste des métiers robotisables est à peu près connue depuis que la société Roland Berger a entrepris de les éplucher secteur par secteur (et qu’elle a expliqué qu’en Europe « 42% des métiers présentent une probabilité d’automation forte à l’horizon de vingt ans »). En revanche on savait moins que l’inéluctable robolution n’allait pas être aussi rapide que prévue. Exemple en Asie ou Foxconn affirmait, en 2011, qu’elle allait remplacer 1 million d’employés qui assemblaient les iPhone d’Apple par des robots. Le tout en en trois ans. En fait cela ne se fera pas avant 2045, tellement c’est compliqué. De même le robot et l’automatisation semblent beaucoup moins menaçants que la soumission de la technologie aux GAFA. Pour le philosophe Bernard Stiegler (dans un débat avec l’économiste Robin Rivaton qui a récemment publié « La France est prête, nous avons déjà changé »), Google, Amazon, Facebook et Amazon ont « privatisé le web à leur seul avantage…. Le web n’est plus qu’un moteur pour collecter des data au profit d’une économie réticulaire spéculative. Nos entreprises sont obligées de travailler dans l’écosystème monopolistique de Google qui n’est pas construit dans leur intérêt ».

Il existe des télescopages d’articles qui ont du sens. Dans Le Monde, par exemple sur le retour à l’emploi. Dans le magazine M, on raconte ainsi la motivation et le bonheur des chômeurs qui retrouvent la « joie de s’engouffrer tous les matins dans une rame de RER bondée pour se sentir bousculé, compressé, ballotté dans la foule des voyageurs renfrognés se rendant au travail ! » ainsi que, plus sérieusement, l’hypermotivation de ces derniers et partant l’intérêt pour les entreprises de les embaucher. Quelques jours plus tard dans le quotidien, un article cette fois sur une catégorie qui a, elle, bien du mal à retrouver le salariat, celle des anciens entrepreneurs. Ce sont souvent des salariés qui ont quitté leur travail pour créer une entreprise et qui, la plupart du temps après un échec entrepreneurial, reviennent au salariat. Or « les employeurs regardent d’un œil méfiant ces électrons libres, réputés difficiles à gérer » : peur que le nouvel embauché ne reste pas en place, qu’il s’ennuie, qu’il ne supporte pas la hiérarchie, les employeurs rechignent à les prendre. Sauf éventuellement les start ups qui ont souvent besoin de ce type de profil expérimenté. Mais globalement, il ne fait pas bon avoir été en échec entrepreneurial dans l’Hexagone.

Le miracle anglais de l’emploi ? En matière d’emploi, les Anglais semblent avoir trouvé la recette (presque) miracle, le Royaume-Uni ayant créé 1,8 million d’emplois en cinq ans, plus que tous les autres pays d’Europe réunis. Les Echos sont allés à Bedford « une ville moyenne typique de l’Angleterre qui marche bien » ou le taux de chômage a chuté et les entreprises peinent à recruter.  « Mais le miracle de l’emploi britannique repose en grande partie sur un boom du travail indépendant, souvent moins bien payé ». A Bedford, Les Echos montrent ainsi une région où une fois « le pire de la crise passé… Beaucoup de salariés licenciés se sont mis à leur compte et travaillent en indépendant. Une nouvelle vague de création de petites entreprises est en train de déferler ».

La reprise de l’emploi c’est aussi un boom du travail indépendant et des très petites entreprises dans des secteurs extrêmement divers.

L’INET, Institute for New Economic Thinking, est le think tank fondé en 2010 par Georges Soros pour former les futurs leaders économiques mondiaux aux nouveaux défis. En avril, l’INET organisait sa sixième conférence à Paris avec un joli parterre d’économistes tous préoccupés par une question : comment les théories économiques peuvent-elles enfin se mettre à rendre compte de la réalité. Les travaux de Joseph Stiglitz et Thomas Piketty, les analyses de Georges Soros ont inspiré les travaux de cette année. Tout est en ligne sur le site, c’est en anglais (mais l’intervention de Piketty sur les inégalités est très compréhensible).

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«Vous aviez un bureau ? Vous vous en passerez », l’article de Jacques Attali dans l’Express qui encourage fortement à se méfier de la tendance actuelle du management de l’absence de bureau qui est pour lui un prélude à l’absence d’emploi (7).

Etrangement l’économie collaborative et l’entrepreneuriat social communiquent peu ensemble. Le magazine Ouishare s’est penché sur cette question « et si on arrêtait de changer le monde chacun dans son coin ».

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