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Marché du travail

« La transition écologique, une transition sociale »

Relancer l’économie en accélérant la transition écologique, l’idée fait son chemin auprès de nombreux acteurs politiques, économiques et sociaux. Si sa finalité est d’être vertueux pour l’environnement, ce nouveau modèle « d’économie verte » le sera-t-il aussi pour l’emploi ? Comment appréhender ce changement de paradigme sur le terrain des ressources humaines ? Les explications de Justin Longuenesse, directeur associé d’Imagreen, cabinet de recrutement leader dans les métiers de l’environnement.

Amorcée avant la crise, la transition vers « l’économie verte » va-t-elle se poursuivre dans le monde d’après et créer de l’emploi ?

« L’économie verte » n’en est qu’à ses débuts et va continuer de monter en puissance de manière exponentielle. La crise sanitaire a ouvert les yeux quant à la nécessité de continuer à mettre en place un modèle de développement plus vertueux. Et certains décideurs politiques, économiques, associations, ONG ou simples citoyens appellent à accélérer la transition écologique amorcée avant la Covid à travers une « relance verte », centrée sur des entreprises et des secteurs qui font le choix du durable.

Même s’il y aura, sans doute, un « temps mort » en raison de la conjoncture, cette transition vers une « économie verte » va créer des emplois sur le long terme, notamment au niveau local, grâce au développement des circuits courts. Ce sera le cas dans l’agriculture biologique et raisonnée, ainsi que le secteur des énergies renouvelables, pour lequel les autorités publiques ont pris des engagements forts dans le cadre de la COP 21. Nous allons progressivement passer d’une gestion centralisée à une gestion de proximité, reposant sur des énergies renouvelables : éolien, méthanisation ou photovoltaïque.

La rénovation énergétique de l’habitat en France devrait également bénéficier au secteur du bâtiment. Il est difficile d’établir une projection sur le nombre d’emplois que cette transition va induire, mais nous pouvons estimer ce nombre à plusieurs millions dans les prochaines années.

De nouveaux métiers pourraient-ils voir le jour ?

De nouveaux métiers, liés à l’environnement, tels que les « energy managers » vont effectivement émerger. Leur mission sera de piloter les consommations et l’empreinte carbone des entreprises. Au-delà des postes et des fonctions, ce sont surtout les compétences qui vont devoir se transformer pour accompagner cette transition écologique amorcée avant la crise sanitaire.

En France comme dans d’autres pays développés, d’immenses plans de déploiement de bornes de recharge sont par exemple mis en œuvre, pour permettre la conversion du parc de voitures thermiques vers l’électrique. Pour accompagner ce mouvement, il faudra s’appuyer sur des compétences qui existent depuis longtemps dans les domaines de l’électricité ou encore de l’informatique. Celles-ci vont simplement devoir évoluer pour être mise au profit des nouveaux sujets environnementaux qui se profilent devant nous.

Quels sont les défis sur le terrain de l’emploi pour réussir cette transition ?

Nous sommes face à un changement de paradigme. Il n’y aura plus d’un côté l’économie, et l’environnement de l’autre. Ces deux mondes seront imbriqués. Tout l’enjeu sera dès lors d’identifier, les compétences qui permettront d’opérer des passerelles entre des secteurs dans lesquels l’emploi pourrait progressivement se tarir comme l’industrie automobile, et ceux où au contraire les besoins seront forts comme les énergies renouvelables.

Ces compétences passerelles se situent à deux niveaux. Il y a les « hard skills », c’est-à-dire les savoir-faire métiers, que l’on pourra facilement transposer d’un secteur à l’autre : électricien, ingénieur, informaticien… Les « softs -skills », comme la curiosité, l’agilité ou la motivation représenteront, quant à elles, 80 % des qualités essentielles pour réussir la greffe entre l’ancienne et la nouvelle économie. Cette transformation globale va s’opérer sur plusieurs générations.

Quel rôle seront amenés à jouer les professionnels des ressources humaines ?

La transition écologique est également une transition sociale, dans laquelle les ressources humaines vont prendre pleinement part. Sans elles, celle-ci ne pourra pas s’opérer. Les ressources humaines devront s’inscrire sur le long terme. Elles auront un rôle clé à jouer dans l’anticipation et l’identification des compétences passerelles entre les secteurs d’activité. Il leur faudra avoir une lecture fine des « softs skills », pour les mettre au service du projet de leur entreprise.

Pour les professionnels des ressources humaines, il s’agira aussi de mettre en place des plans de formation pour adapter les savoir-faire existants aux nouveaux besoins. A eux aussi de faire revenir les compétences, dans les bassins dont elles ont disparu depuis plusieurs années. L’un des leviers sera de prôner une forme de tutorat au niveau local, en s’appuyant notamment sur les savoir-faire des seniors. Ils ont une vraie valeur à apporter aux jeunes générations. Ce serait dommage de s’en priver.

Dans le contexte actuel, comment concilier les exigences sociales et économiques, avec la relance verte ?

Planifier une forme de sobriété en réussissant à employer un maximum de personnes, c’est effectivement la difficile équation que les politiques auront à résoudre. A court terme, ce ne sera pas simple, car cette crise sanitaire et ses solutions n’avaient pas été anticipées. Des milliards d’euros vont être mis sur la table, pour sauver des industries très consommatrices en énergie fossile, comme l’aéronautique ou automobile. Pour que cette relance soit « verte », et non pas « grise », ces aides devront s’accompagner de vraies contreparties sur le plan environnemental.

Tout est une question d’arbitrage. Pour concilier transition écologique et emploi, les capitaux, les compétences, les programmes pédagogiques et les nouveaux entrants sur le marché du travail devront être orientés vers les secteurs ayant le moins d’impact sur l’environnement, et qui auront de vrais besoins à pourvoir : économie circulaire, collaborative, solidaire, énergies renouvelables…
Les acteurs économiques doivent remettre de l’utilité dans la valeur marchande et dans le travail.

C’est ce que vient de récemment faire Danone, en devenant une « entreprise à mission », avec des objectifs sociaux, sociétaux et environnementaux inscrits dans ses statuts. C’est un virage que les entreprises devront prendre. Aujourd’hui, les consommateurs, comme les talents à recruter sont de plus en plus en quête de sens.

S.K.

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