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Marché du travail

L’absence de compétences de base explique-t-elle le déclassement professionnel ?

Le lien entre le déclassement professionnel, fait d’occuper un poste inférieur à son diplôme ou sa qualification, et l’absence de compétences de base est un phénomène encore peu étudié. Comme d’ailleurs son opposé, le surclassement professionnel qu’entrainerait la possession de toutes les compétences de base. La notion même de déclassement, un peu floue et très vaste, ne facilite pas les recherches : l’éventail est grand entre celui qui, malgré un BAC+5, n’occupe pas un métier du niveau de son diplôme, faute des compétences de base, et celui qui, à l’inverse, bourré de compétences exerce un métier bien au-dessus de ses qualifications ou diplômes.

Publié le 25/03/2018 Mise à jour le 27/03/2018

L’absence de compétences de base explique-t-elle le déclassement professionnel ?

Le lien entre le déclassement professionnel, fait d’occuper un poste inférieur à son diplôme ou sa qualification, et l’absence de compétences de base est un phénomène encore peu étudié. Comme d’ailleurs son opposé, le surclassement professionnel qu’entrainerait la possession de toutes les compétences de base. La notion même de déclassement, un peu floue et très vaste, ne facilite pas les recherches : l’éventail est grand entre celui qui, malgré un BAC+5, n’occupe pas un métier du niveau de son diplôme, faute des compétences de base, et celui qui, à l’inverse, bourré de compétences exerce un métier bien au-dessus de ses qualifications ou diplômes.

Aline Branche-Seigeot a publié, en 2013, avec Jean François Giret, la première étude sur la question et les canadiens Sébastien LaRochelle-Côté et Darcy Hango en ont confirmé les principaux résultats en 2016 : le déclassement, comme le surclassement, « pour un même niveau de diplôme, peuvent résulter d’un plus faible niveau de compétences de base, notamment en numératie [habileté liée aux nombres] et dans certains secteurs ». « Nous avons montré, explique-t-elle que la maitrise des compétences de base, la littératie, c’est-à-dire l’aptitude à comprendre et utiliser l’écrit, ou la numératie, expliquent la position des individus dans les files d’attente pour accéder aux emplois les plus qualifiés. A diplôme égal, les salariés qui ont les niveaux les plus élevés de compétences de base ont en général plus de chances d’occuper un niveau d’emploi au-dessus de leur niveau de diplôme. A contrario, un niveau de compétences plus faible, notamment en numératie, conduit plus fréquemment à un déclassement, notamment pour les plus jeunes, dans l’industrie et dans les emplois où ils sont obligés d’utiliser un ordinateur.

Ces conclusions sont à relier avec celles des enquêtes PISA, le programme international qui suit l’évolution des acquis des élèves. Elles sont de pire en pire pour la France au fil des années (3). Le lien est évident : les compétences de base n’étant pas acquises dans le système scolaire, elles peuvent entrainer le déclassement professionnel malgré l’obtention d’un diplôme. Et peut-être sans rémission. Aline Branche-Seigeot explique que, d’après son enquête, « certains emplois non qualifiés représentent de véritables trappes pour le stock de compétences de base de l’individu, alors que d’autres, plus vertueux permettent de le conserver ou de l’accroître et ouvrent ainsi des perspectives d’évolution plus favorables ». En d’autres termes, il existe une probabilité forte, mais non encore mesurée pour l’instant, que celui qui n’a pas les compétences de base en entrant sur le marché du travail, n’ait que de faibles chances de pouvoir les acquérir et de s’en sortir. « Il faudrait enquêter aujourd’hui, continue-t-elle, sur ceux qui ne peuvent exercer le métier auquel ils prétendent faute de compétences : ils ne vont pas pouvoir apprendre ou exercer les compétences dans l’emploi qu’ils trouvent et, du coup, le déclassement ne serait pas un phénomène temporaire ». Dès qu’on est dans la trappe, on ne pourrait plus en sortir. Cela pose tout le problème de l’acquisition de ces compétences de base dès l’école. Après, il est peut-être un peu tard. « Les jeunes semblent en tout cas avoir compris et les moins de trente ans ont tous dans la tête cette nécessité d’avoir et de ne pas perdre ses compétences, de base ou non, continue Aline Branche-Seigeot. Mais les enquêtes PISA constituent un vrai motif d’inquiétude car la non acquisition des savoirs de base risque de générer de nouvelles inégalités sur le marché du travail pour les prochaines générations. »