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L’artisanat mise sur les jeunes

Malgré la crise, les métiers de l’artisanat gardent le vent en poupe et misent sur l’apprentissage pour relancer et conforter leur dynamique. Première entreprise de France, l’artisanat se mobilise pour l’emploi des jeunes. Rencontre avec Julien Gondard, DG de CMA France, établissement fédérateur du réseau des chambres de métiers et de l’artisanat.

Quel impact la crise a-t-elle eue sur l’activité des artisans ? Comment abordent-ils la reprise ?

Les entreprises artisanales ont été durement et directement touchées par la crise de la Covid-19. Mais elles sont résilientes et agiles, elles ont trouvé dans cette période des solutions pour maintenir a minima leurs ventes auprès de leurs clientèles, grâce au renforcement des mesures sanitaires et le développement des ventes en ligne ou de systèmes de livraisons.

L’artisanat est la première entreprise de France avec 3,1 millions d’emplois, et c’est une économie au plus près des territoires et des familles. Nous notons une réelle prise de conscience du poids de son activité économique et de son potentiel pour l’emploi, de la part des pouvoirs publics comme de celle de la société civile.

Quel impact la crise a-t-elle sur l’apprentissage ?

Aujourd’hui, il est important de redonner confiance aux jeunes, aux entreprises, pour relancer la machine économique et surtout maintenir la dynamique obtenue en 2019 avec une hausse historique des entrées en apprentissage. 16 % d’apprentis en plus ont été formés en France en 2019. Pour nous, le recrutement c’est maintenant, même en période économique incertaine.

Les jeunes ne doivent pas être les premières victimes économiques de la Covid-19, ce serait prendre un risque énorme pour l’avenir de notre économie, de la pérennisation des savoir-faire français et de l’attractivité des territoires. Il ne s’agit pas de parier mais bien d’assurer l’avenir de notre économie et de l’insertion de ces générations sur le marché de l’emploi. Ces jeunes, ne l’oublions pas, seront les futurs repreneurs de nos entreprises artisanales. Il ne faut pas les négliger.

Plus pragmatiquement, la prise en charge financière du coût des contrats d’apprentissage pour les mineurs ou les majeurs, instauré par l’État doit lever toute forme d’hésitation dans les projets de recrutement des artisans.

Vous avez organisé une mobilisation pour les jeunes le 24 juin : quels sont les enjeux ?

Il fallait se situer à la hauteur de l’enjeu que constitue l’emploi des jeunes et plus largement les artisans de demain. L’ensemble des 112 CFA du réseau des chambres de métiers et de l’artisanat ont donc organisé ces journées portes ouvertes, bien entendu virtuelles, pour informer, orienter et recruter à grande échelle. Et c’est une première nationale ! Elles se sont imposées comme une grande mobilisation nationale pour les jeunes et l’apprentissage avec le slogan « Déconfine ton avenir, choisis l’apprentissage » et un hashtag #GenerationArtisanat. Une carte interactive sur notre portail www.artisanat.fr permet aux jeunes mais aussi à toutes personnes en reconversion de trouver un CFA proche de chez eux mais aussi d’accéder à des bourses de l’apprentissage.

Pour les jeunes, qui sont annoncés comme les premières victimes de la crise, est-ce que l’artisanat, et l’apprentissage, peuvent constituer encore aujourd’hui une opportunité pour un projet professionnel d’avenir ?

Plus que jamais ! L’artisanat c’est une palette de plus de 250 métiers dans le bâtiment, l’alimentation, la fabrication, et les services. Pour former à ces métiers, les Chambres de métiers et de l’artisanat accueillent en CFA ou en URMA 100 000 jeunes chaque année, dans plus de 600 formations allant du CAP au Bac+3. C’est une voie d’excellence qui permet à 80% des apprentis de trouver un emploi dans les 6 mois qui suivent leur formation.

Et au-delà de cette diversité des métiers, l’artisanat apporte du sens et est porteur de valeurs de plus en plus partagées aujourd’hui : le fait-main, le savoir-faire, l’excellence à la française, la qualité, la proximité. C’est sans doute pour cette raison que l’artisanat est le premier acteur de l’apprentissage en France, et attire autant de jeunes.

Mais pas seulement les plus jeunes ! Avec la loi « Choisir son avenir professionnel », il est possible dorénavant d’être apprenti jusqu’à 30 ans et d’être en formation continue tout au long de sa vie. 30 ans, c’est bien, mais on peut faire mieux, l’ouvrir à tout le monde, à tout âge. Nous y travaillons.

Quel type de population l’artisanat attire-t-il ?

Avec un tiers des apprentis formés en entreprise artisanale et un apprenti sur deux employés dans l’entreprise qui l’a formé, il est indéniable que l’artisanat est un concentré des moins de 25 ans. Dans les entreprises du secteur de l’alimentation, très investies dans l’apprentissage, la part des salariés de moins de 25 ans atteint même 35 %. Mais l’artisanat s’ouvre de plus en plus à tous les profils et c’est une chance pour notre économie.

On constate l’arrivée de chefs d’entreprises ou de salariés en reconversion et plus âgés. Un tiers des créateurs d’entreprises artisanales viennent d’un autre monde professionnel et 10 % sont des cadres en reconversion. Les personnes cinquantenaires parmi les créateurs d’entreprises artisanales représentent aujourd’hui un créateur sur cinq. Les femmes, quant à elles, représentent 23 % des dirigeants d’entreprises et 29 % des salariés. C’est une progression dont nous sommes fiers. La parité est atteinte dans les activités de l’alimentation et des services ! Dans l’artisanat de fabrication, certaines activités se féminisent, comme la prothèse dentaire et de nombreux métiers d’art : bijouterie-joaillerie, ameublement, céramique…

Vos propositions pour l’artisanat au Gouvernement mettent en avant le made in France et la relocalisation, l’économie circulaire et responsable, est-ce une voie d’avenir pour les artisans ?

Le réseau des CMA s’est inscrit dans un plan de relance de l’économie de proximité et de l’artisanat, avec pour priorité absolue le soutien de l’emploi local de proximité. C’est un véritable plaidoyer en faveur d’une nouvelle économie éco-responsable et citoyenne qui se fonde sur les valeurs du Fabriqué en France, les mentions d’origine, les produits de qualité. Plusieurs pistes de mesures économiques, fiscales, sociales sont lancées pour la société de « demain ».

En savoir plus sur les métiers et les formations (http://cma-france.fr/)

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