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Prospective

Le début de la fin du salariat ?

Le Think tank Ouishare travaille de plus en plus sur les réponses possibles à l’émiettement du salariat et la discontinuité des parcours. 

Publié le 15/06/2015 Mise à jour le 06/03/2018

Diana Filippova se présente comme « connector » pour le Think tank Ouishare. En clair, elle coordonne les gens et les travaux du laboratoire d’idées de l’économie collaborative. Elle est surtout d’une grande vivacité, passe très bien dans les médias et s’est spécialisée dans toutes les questions liées au travail tel qu’il émerge aujourd’hui. Dans une présentation chez Microsoft, elle parlait autour de « trois dynamiques : l’automatisation et la montée des inégalités qui s’ensuit, la montée en puissance du travail à la demande et, enfin, la difficulté des organisations à s’adapter aux aspirations d’autonomie et de sens des individus ». Ce qui l’intéresse avant tout c’est « l’inadaptation du système opérationnel de nos sociétés à l’évolution du travail et la montée en puissance du travail non salarié. Or, le sacro-saint CDI et le plein emploi restent le point d’entrée économique, social et culturel dans la vie adulte. Du coup, ceux qui ne se plient pas à cette norme – et nous sommes de plus en plus nombreux, parfois volontairement, souvent de manière subie – sont soit infantilisés, soit considérés comme des déviants. Il n’y a qu’à voir le discours de toute la classe politique française sur ce qu’ils appellent des assistés ! En anglais, on parle d’outsiders. »

L’idée de Ouishare qu’elle défend dans un livre collectif (Société collaborative La fin des hiérarchies OuiShare – sous la direction de Diana Filippova. 128 pages. Editions Rue de l’échiquier) est de proposer « la vision d’une société fondée sur la coopération et les modèles horizontaux, plutôt que sur la hiérarchie et la compétition. Cette proposition est tout sauf anodine, elle consiste en réalité à remettre en cause de fond en comble notre système. Une grande partie de nos structures est fondée sur une idéologie qui met la concurrence et la hiérarchie à tout prix au cœur de nos activités. D’où des nouveaux préjugés, encore peu analysés : la compétition créerait l’innovation, la disruption serait nécessairement bénéfique à tous, les structures pyramidales seraient les plus à même de générer l’action ». Pour elle, pour Ouishare les

 

« projets les plus innovants, les plus créatifs, émergent au sein de communautés qui mettent en commun leurs compétences et leur énergie pour accomplir quelque chose qui les anime profondément. Et elles sont en général très peu hiérarchiques »

Un travail qui va au-delà de la seule maximisation de la valeur pour les actionnaires

L’idée de Ouishare est que de plus en plus de jeunes cherchent un travail qui leur offre une perspective autre que la seule maximisation de la valeur pour les actionnaires.  Et ensuite c’est le constat « que nos vies ne sont plus rythmées par le triplé

 

« éducation / travail / retraite » mais par des périodes plus courtes d’activité, de formation, d’inactivité, et de temps consacré à des projets divers, par exemple citoyens. C’est en réalité ce qui se passe déjà pour pas mal d’entre nous, qui alternons job, chômage, projets de courte durée et activité associative. Encore une fois, le vrai problème est qu’il y a un coût d’entrée psychologique et culturel abyssal dans ce système, puisque notre régime social n’est pas conçu pour étendre la solidarité à ce qu’elle considère comme des outsiders à la norme du salariat. »

La force de l’analyse de Diana Filippova et de Ouishare est que, contrairement à ce qui pense généralement « il n’y a pas de déterminisme du progrès. Ni la technologie, ni une nouvelle forme d’organisation ou de travail ne sont intrinsèquement porteuses d’un monde meilleur » et que la première question est de « mieux appréhender les nouvelles formes de travail, plus indépendantes et instables, et trouver une protection sociale adaptée au travail de demain ».

La pensée n’est pas figée et Ouishare avance ce qu’il appelle la fin du salariat qui est en fait la fin du salariat comme mode dominant d’activité économique des individus. Toute la question posée est celle de la redéfinition des protections et des assurances individuelles en fonction d’un monde ou l’émiettement du travail et la discontinuité des carrières est la règle.

Jean Pierre Gonguet

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