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Marché du travail

Le micro-travail en France enfin chiffré

Beaucoup de nouvelles formes de travail échappent largement à la statistique publique. Trois chercheurs viennent de chiffrer le nombre de micro-travailleurs en France : un noyau dur de 52 000 personnes et 266 000 « occasionnels ». Un secteur plus important que les VTC ou la livraison à vélo.

Le micro-travail n’est plus un phénomène anecdotique. Il concernerait actuellement en France autant de personnes que le secteur de la livraison à domicile ou celui des travailleurs sur plateforme. Déjà étudié par l’OIT au niveau mondial, il vient d’être analysé en France par trois chercheurs qui estiment qu’il touche environ 330 000 personnes. Parmi elles, 260 000 ne sont que des « occasionnels », mais le phénomène est quand même massif. Ces micro-travailleurs sont des gens qui réalisent des tâches fragmentées et standardisées, généralement payées à la pièce pour les plateformes numériques.

Ces activités ne prennent que quelques minutes et leurs rémunérations peuvent être aussi faibles que quelques centimes. Ils sont apparus de manière massive il y a 4 ou 5 ans : Amazon Mechanical Turk, la plateforme la plus célèbre, en annonçait 500.000 dès 2014 et le géant chinois Witmart dépasserait à lui seul les 12 millions. Selon les auteurs, la Banque Mondiale travaille sur une estimation beaucoup plus prudente, de 4,8 millions de personnes inscrites sur des sites de micro-travail à l’échelle globale, dont un peu plus de 10 % seraient réellement actifs. En France, la principale plateforme française qui se charge d’automatiser et d’externaliser les tâches à faible valeur ajoutée des entreprises, Wirk, fait état de 50.000 contributeurs.

L’enquête montre que ces micro-travailleurs sont aujourd’hui une catégorie aussi importante que les chauffeurs VTC et que les livreurs à vélo.

Les trois chercheurs ont plongé dans les plateformes implantées en France pour comprendre le phénomène, toutes à peu près inconnues du grand public, de Wirk à Appen en passant par Ferpection, Clicksense ou Microworkers. Appen revendique 1 million de contributeurs et Ferpection 50 000. Mais pour estimer qui travaille vraiment (beaucoup sont inscrits mais ne font rien et l’IGAS s’y était un peu cassé les dents il y a 3 ans), les trois chercheurs ont utilisé une méthode originale, en distribuant un questionnaire sous la forme d’une tâche rémunérée, avec deux phases de passation, à 23 jours d’intervalle.

À partir de l’échantillon constitué, ils ont estimé que moins de 6 531 personnes travaillaient effectivement de manière « active » sur Wirk (dont 2 792 de manière « très active ») et que 34 166 sont inscrits, et passent chaque mois sur le site pour des tâches occasionnelles.

Si l’on reporte ce calcul à l’ensemble des plateformes françaises, la recherche montre qu’il y aurait en France 14 903 travailleurs et travailleuses à haut niveau d’activité et 52 337 travailleurs « réguliers ». A côté de ce noyau dur existe un groupe des micro-travailleurs « occasionnels » de 266 126 personnes qui n’ont pas toujours une activité fréquente. Les gains de ces microtravailleurs sont faibles mais ne sont pas encore vraiment connus. L’enquête montre néanmoins que ces micro-travailleurs sont aujourd’hui une catégorie aussi importante que les chauffeurs VTC (environ 27 000 chauffeurs) et que les livreurs à vélo (Deliveroo, seul chiffre connu, affirme en avoir 9 300).

Combien de personnes microtravaillent en France ? Estimer l’ampleur d’une nouvelle forme de travail. Par Clément Le Ludec (MSH Paris Saclay) Paola Tubaro ( CNRS/LRI) et Antonio A. Casilli (Télécom ParisTech)

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