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Marché du travail

Le plein-emploi est-il pour demain ?

L’embellie actuelle sur le front de l’emploi permet-elle d’envisager une décrue durable du chômage et à quelles conditions ? Réponses.

Le plein-emploi en 2025 ? Vœu pieux ou réalité tangible ? Dans sa note de conjoncture publiée le 20 juin, l’Insee anticipe que l’économie française s’enrichira de 241 000 emplois en 2019. Légèrement supérieure à celle de la zone euro, la croissance du PIB est attendue à +1,3% cette année, soutenue principalement par la consommation des ménages. Pas flamboyant, mais suffisant pour que le solde de création d’emplois soit positif, compte tenu de la tendance au ralentissement de la population active. « Avec un rythme de croissance du PIB de 0,3 point en moyenne par trimestre, c’est suffisant pour accentuer le dynamisme de l’emploi », explique Julien Pouget, chef du département de la conjoncture de l’Institut de la statistique.

Autre bonne nouvelle, « les anticipations des industriels sur leurs effectifs suggèrent que l’emploi (…) continuerait d’augmenter légèrement », estime l’Insee, qui fixe la barre à +17 000 sur l’année. Si la croissance se maintient peu ou prou à ce rythme, le taux de chômage continuera de baisser de 0,1 point par trimestre, estime l’Insee. Le gouvernement table en effet sur une diminution du nombre de chômeurs de 150 000 à 250 000 en trois ans, en plus de la diminution naturelle due à la croissance. « Si l’on regarde la courbe de vieillissement de la population active, le taux de 7% est facilement atteignable en France d’ici 2025 car les départs en retraite vont être nombreux », estime Mathieu Plane, économiste à l’OFCE. « Mais peut-on descendre en dessous de la barre fatidique des 7% ? La question reste entière », interroge-t-il.

Le gouvernement table sur une diminution du nombre de chômeurs de 150 000 à 250 000 en trois ans, en plus de la diminution naturelle due à la croissance.

Un chômage structurel élevé

Atteindre le plein emploi en six ans, les économistes restent dubitatifs. « Il faudrait qu’il n’y ait pas de crise, ni même de ralentissement marqué de l’économie mondiale. Il serait étonnant que rien de tel ne se produise avant 2025… », prévient Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l’OFCE. Le terme de plein-emploi est-il donc réellement approprié ? « On l’a trop entendu, estime de son côté François Fontaine, professeur d’économie à Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Nous butons aujourd’hui sur un niveau élevé de notre chômage structurel. Pour casser le plancher des 7 ou 8%, il faudrait reconstruire les fondements de la maison, réformer en profondeur nos règles d’indemnisation, notre service public de l’emploi et l’accompagnement des chômeurs dans notre pays comme ont pu le faire le Danemark ou l’Allemagne avant nous. »

Malgré un PIB attendu à 1,3%, les recrutements devraient atteindre un record en 2019.

En France, le taux de chômage n’est jamais redescendu en dessous des 4% depuis 1975. Ce chômage dit « structurel » tient à la structure et à la nature du marché du travail. L’une des principales explications vient de l’inadéquation entre les compétences des candidats et les besoins des entreprises. En 2017, selon une estimation de Pôle emploi, entre 200 000 et 330 000 recrutements ont été abandonnés, faute de candidats adaptés. Des métiers comme dessinateur industriel ou carrossier automobile n’attirent par exemple pas grand monde, alors que la demande existe.

3, 5M de recrutements prévus en 2019

Malgré un PIB attendu à 1,3%, les recrutements devraient atteindre un record en 2019. C’est un tout cas ce qui ressort du nouveau baromètre trimestriel d’Adecco, dévoilé début juin. Le spécialiste de l’intérim, qui a utilisé un algorithme intégrant les données de l’Acoss, de Pôle emploi, de l’Insee ou encore de Prism’emploi, affirme que 3,5 millions de recrutements sont prévus cette année. «Tous les secteurs sont pourvoyeurs d’emplois », estime ce dernier. Ces emplois sont essentiellement à pourvoir dans le commerce de gros et de détail (544 181 postes), la construction (354 849) et l’hébergement-restauration (336 086). Selon Adecco, 39% de ces embauches se feront en CDI, 30% en CDD, 23% en intérim et le reste en stage et apprentissage.

Mais à l’heure où les nouvelles technologies, telles que l’intelligence artificielle, bouleversent le monde du travail, le plein-emploi peut-il être une valeur sûre ? « On peut avoir un chômage bas mais avec un marché du travail qui va mal », explique Mathieu Plane. En fait, selon certains économistes comme Eric Heyer (OFCE), les pays qui sont arrivés au plein-emploi l’ont généralement fait au prix d’une qualité de l’emploi qui n’est pas bonne, c’est-à-dire avec la multiplication des contrats très courts, des temps partiels subis, du travail à bas coût, avec des garanties sociales très basses, etc. Pas simple d’arriver au plein-emploi, encore moins avec des emplois de bonne qualité !

N.S.

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