Pôle emploi - Emploi Parlons Net

Marché du travail

Le saisonnier, des emplois pour l’été

La demande comme l’offre d’emploi saisonnier a bondi en France, pendant le confinement. Dans l’agriculture, l’agro-alimentaire ou encore la logistique, le marché reste en pleine dynamique, comme en témoigne le nombre d’offres sur la plateforme mobilisationemploi.fr. Un phénomène amplifié par la crise sanitaire et économique et qui pourrait bien devenir une véritable opportunité pour les demandeurs d’emploi, avec les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie-restauration qui reviennent dans la course.

En avril dernier, la presse locale annonçait 6 000 saisonniers recherchés activement dans l’Aisne pour la cueillette des fruits et des légumes*. Dans le Lot-et-Garonne, 250 pour la seule conserverie D’Aucy étaient expressément réclamés**. Pendant le confinement, la pénurie de main d’œuvre s’est fait sentir dans ces secteurs qui se sont révélés « essentiels » pour la population française. Qu’en est-il aujourd’hui, alors que le déconfinement prend une nouvelle tournure depuis le 2 juin ?

Sur la plateforme mobilisationemploi.fr, mise en place le 2 avril par Pôle emploi et le ministère de l’Emploi et de la Cohésion sociale, elle affichait dès le 3 juin plus de 2 000 offres, alors que la mise en ligne de la rubrique dédiée à l’emploi saisonnier venait d’être créée. Et ces offres couvrent tous les secteurs, et tout le territoire.

L’agriculture, un secteur en mal de renfort

Le secteur qui recrute le plus de saisonniers est, sans surprise, l’agriculture, pourvoyeuse importante d’emplois entre juin et fin septembre chaque année. En 2020, c’est plus que jamais le cas, alors que la venue d’une main d’œuvre étrangère reste incertaine. En PACA, Occitanie et Rhône-Alpes, les agriculteurs continuent à rechercher activement du renfort pour les cueillettes. « La demande est forte et va s’accentuer dans les mois qui viennent, pronostique Jérôme Volle, Vice-Président de la FNSEA, Commission Emploi. Entre avril et juin, nous atteignons les 276 000 offres d’emploi. Le mois de juillet est la période la plus importante, et cela redémarre en août pour les vendanges en septembre et octobre. La moitié des contrats se font entre fin août et début septembre. »

Le besoin se fait profondément sentir, et certains départements, comme l’Aisne, n’hésitent pas à offrir des avantages à ceux qui voudraient bien donner un coup de main à leurs agriculteurs, avec le maintien de son RSA cumulé au salaire de saisonnier, déjà expérimenté en 2019. De son côté, la FNSEA, avec le ministère de l’Agriculture et Pôle emploi, ont lancé la plateforme desbraspourtonassiette dès le début du confinement, en mars dernier. « Cela a eu l’effet bénéfique d’une vraie campagne de recrutement, et j’ai vu des gens qui m’ont appelé directement pour me proposer leur aide », témoigne Jérôme Volle, lui-même exploitant agricole.

Grande distribution et agro-alimentaire face à l’afflux de la demande

Deux autres secteurs présentent une forte demande de saisonniers : la grande distribution et la logistique. La première a déjà l’habitude d’employer des jeunes pendant l’été pour combler les congés de ses employés. Quant à la logistique, c’est un secteur qui explose depuis une dizaine d’années et qui recrute beaucoup d’intérimaires habituellement. « Cet été, ils auront besoin de renfort, et c’est déjà le cas, en particulier dans l’alimentaire, car les gens continuent à acheter en Drive, malgré le déconfinement », explique Stéphanie Delestre, fondatrice et Présidente de Qapa.

Un phénomène qui s’étend à l’agro-alimentaire. C’est le cas, par exemple, de l’usine Depenne dans le Lot-et-Garonne, pour la conserverie D’Aucy, qui a dû faire face à un afflux de la demande : + 50 % depuis la mi-mars et une douzaine de camions qui doivent livrer au quotidien, au lieu de 6 habituellement pendant le confinement.
Mais c’est surtout en Île-de-France, gros bassin d’emploi pour la grande distribution et la logistique, et en Bretagne, pour l’agro-alimentaire, que des opportunités sont à saisir pour les demandeurs d’emploi cet été.

Une variable d’ajustement essentielle pour l’hôtellerie-restauration et le tourisme

Reste deux secteurs, particulièrement éprouvés par la crise, habituellement importants recruteurs de saisonniers : l’hôtellerie-restauration et le tourisme. Les premiers emploient habituellement 150 000 saisonniers l’hiver, et 300 000 l’été. Avec le Covid-19, la demande, en avril, a reculé de 71 % par rapport à l’année dernière***.

Cependant, leur réouverture le 2 juin ouvre de nouvelles perspectives. Seront-ils comme chaque année au rendez-vous ? Pour Johann Caillot, gérant d’un restaurant à Suresnes, dans la région parisienne, employer de la main d’œuvre en renfort cet été peut être une bonne solution : « Après ces mois de fermeture, nous ne savons pas encore si le client sera au rendez-vous. Il faudra de toutes manières réduire le nombre de couvert, et donc ma charge salariale, au moins au début, pour voir comment ça prend. Le recours à des extras peut m’aider à patienter jusqu’à une vraie reprise. C’est une variable d’ajustement nécessaire, cette année plus que jamais. »

Une opportunité pour les demandeurs d’emploi

Stéphanie Delestre prévoit encore une forte demande en juin pour l’emploi saisonnier, afin de préparer juillet-août, « surtout pour le tourisme au sens large, hôtellerie et restauration compris, d’autant plus si les vacanciers privilégient la France comme destination », comme cela semble être le cas selon toutes les prévisions.

Le saisonnier est chaque année, une véritable opportunité pour l’emploi. Selon la Dares, chargée de la recherche au ministère du Travail, entre avril 2018 et mars 2019, plus d’1 million de personnes ont bénéficié d’un contrat saisonnier en France. En 2020, l’attrait pour le « job d’été » ne semble pas faiblir, bien au contraire : « Une offre reçoit plus de 300 candidatures en moins de 2 heures. Nous n’avons jamais vu ça », remarque Stéphanie Delestre. Il faut dire que la diversité des emplois et des secteurs, les multiples possibilités géographiques, ouvrent des horizons à une grande variété de profils, et pas seulement les jeunes. Dans l’agriculture, la moyenne d’âge est de 35 ans, témoigne Jérôme Volle de la FNSEA, et le secteur embauche plus d’un tiers de femmes.

S.B.

En savoir plus : Mobilisation emploi

* « 6.000 emplois saisonniers à pourvoir dans l’Aisne », Aisne Nouvelle, 26 avril 2020
** « Emploi en Lot-et-Garonne : la conserverie d’Aucy recherche 250 saisonniers », Sud-Ouest, 15 avril 2020
*** « Coronavirus : pour les saisonniers, le manque de visibilité est terrible » Le Monde, 12 mai 2020

Également à lire

Marché du travail

09 juillet 2020

« Le sens joue un rôle de protection contre les agressions, le stress professionnel. Il est protecteur. »

Professeur des universités en psychologie du conseil et de l'orientation à l’Institut national d'étude du travail et d'orientation professionnelle (Cnam-Inetop), Jean-Luc Bernaud a créé en 2012 un dispositif qui vise à accompagner les salariés ou demandeurs d’emploi dans leur recherche de sens, au travail, mais aussi dans la vie et, ainsi, à faire des choix éclairés lors de transitions professionnelles. Selon lui, trouver du sens, notamment dans son travail, est fondamental et protecteur.

en savoir plus