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L’embauche des femmes, enjeu majeur des entreprises de la Tech

Le numérique commence à souffrir économiquement du manque de parité. Des idées, parfois des initiatives, commencent à fleurir en particulier dans les start-up du numérique, où les femmes sont très fortement minoritaires, dans la création comme dans les effectifs.

Alice Zagury expliquait récemment à Emploiparlonsnet qu’elle n’avait guère remarqué, depuis qu’elle avait cofondé The Family, une progression du nombre de femmes créatrices de start-up : « Tout juste peut-on remarquer qu’il y a un plus grand nombre de femmes dans les effectifs de ces start-up », ajoutait-elle, confirmant ainsi toutes les études aussi bien sur les start-up de la Silicon Valley que celles de la Station F à Paris. C’est pour cela qu’on la retrouve parmi toutes les femmes chefs d’entreprise ou créatrices de start-up qui ont lancé le manifeste pour féminiser les équipes d’investissement dans les start-up (elles ne comptent que 7% de femmes) et « féminiser leurs flux de transaction » (1).

Pour elles, le meilleur moyen pour que les entreprises du numérique se féminisent serait, comme aux États-Unis avec The Helm ou Backstage Capital, de créer des fonds d’investissement dédiés aux entreprises fondées ou dirigées par des femmes. Pour les signataires de Sista (Sista comme sisters : soeurs et solidaires) on dit « une » start-up, « une » entreprise, « une » levée de fonds ou « une » licorne. « Grammaticalement, l’entrepreneuriat est féminin. Financièrement, ce n’est pas le cas », alors que « les femmes doivent, autant que les hommes, être parties prenantes dans l’élaboration des usages, biens et services qui définiront le monde de demain. C’est un enjeu sociétal majeur ».

Donc, de la présidente de la Française des Jeux, Stéphane Pallez, à la multi créatrice de start-up Tatiana Jamal, la solution passe par la féminisation des circuits de la finance. Une preuve ? L’étude que vient de publier en Suède le fonds d’investissement Atomico montrant que 93% des investissements injectés dans les start-up européennes sont allés vers des entreprises dont les fondateurs sont tous des hommes (2).

Une étude du Boston Consulting Group a conclu que les entreprises fondées par des femmes sont plus profitables que celles fondées par des hommes.

Dans le même temps, le Galion Project, le think tank des entreprises technologiques en hyper croissance fondé par Jean-Baptiste Rudelle, le fondateur de Criteo, publie un guide pour féminiser les entreprises de la tech. 45 mesures pour atteindre la parité alors que les femmes ne sont que 33% dans les entreprises du numérique et 9% parmi les dirigeants de start-up. Des mesures visant aussi bien à rendre les start-up du numérique attractives pour les femmes qu’à renforcer les process d’embauche, à adopter des techniques de management women friendly qu’à revoir et clarifier les techniques de promotion entreprise par entreprise (3).

Pour le Galion Project, il s’agit d’abord d’un enjeu de performance. Mc Kinsey a par exemple réalisé une étude montant que la parité génèrerait 200 milliards de dollars de PIB supplémentaire en 2025 en Europe de l’ouest. Une étude du Boston Consulting Group a, elle, conclu que les entreprises fondées par des femmes sont plus profitables que celles fondées par des hommes. Le secteur de la Tech étant menacé par une pénurie de 750 000 postes à horizon 2020, selon la Commission européenne, pourquoi, selon le Galion Project, se priver de 50% des talents ?

Enfin « pour résoudre des problèmes humains ou business, il faut des points de vue et des angles différents », analyse Jean-Baptiste Rudelle : à l’heure de la révolution digitale, les femmes doivent, comme les hommes, participer à la conception des usages, biens et services de demain « pour éviter le syndrome de l’airbag, dont les premiers modèles, conçus pour des hommes d’un mètre quatre-vingt, ne protégeaient pas les femmes, ou les outils de reconnaissance vocale qui n’entendaient pas les voix féminines ».

Certaines start-up du numérique sont déjà bien avancées, comme Welcome to the Jungle, spécialisée dans le recrutement numérique. Jérémy Clédat, son fondateur, compte 65% de femmes dans son équipe, le manque de rôle modèle et de transparence sont avant tout en cause : « Nous aidons les entreprises à recruter en inversant le processus et c’est à elles de convaincre les candidats. Pour chacune d’entre elles, nous rendons leurs propositions le plus explicite possible, qu’elles puissent présenter clairement à des femmes des métiers habituellement occupés par des hommes par exemple. »

Céline Lazorthes, la fondatrice de Leetchi, va encore plus loin (3) en expliquant que la rédaction des offres d’emploi est « le premier élément genré dans le processus de recrutement. En fonction de l’annonce, les femmes peuvent se sentir exclues dès leur lecture. » Donc, « Il faut inclure des femmes dès la constitution de l’équipe dirigeante. La première recrue sera la plus coûteuse, mais elle permettra ensuite de diffuser les bonnes pratiques à toutes les échelles ».

J-P.G.

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