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Les cadres au travail : une envie d’ailleurs

Aujourd’hui, les cadres désacralisent le salariat et se projettent plus facilement dans d’autres formes d’emplois.

Décidément, les cadres ont la bougeotte en ce début d’année 2019. Un tiers déclarent vouloir changer de poste dans l’année et six cadres sur dix se disent prêts à quitter leur entreprise pour améliorer leurs perspectives professionnelles et leur salaire. Enfin, le salariat ne les fait plus rêver. Plusieurs études et sondages sont venues récemment éclairer le maelström qui couve sur le front de l’emploi des cadres.

Selon un sondage (Ifop) réalisé en ligne en février, les cadres restent très optimistes pour leur propre carrière et celles de leurs collègues. Ils sont du coup plus nombreux à être tentés d’aller voir ailleurs : un tiers des personnes interrogées déclarent souhaiter changer de poste dans l’année, contre 29% en 2018. Ils sont aussi plus nombreux à sauter le pas : 35% ont postulé à une ou plusieurs offres d’emploi dans les six derniers mois, contre 31% en 2018 et 29% ont passé un ou plusieurs entretiens, contre 27% l’an dernier. Enfin, les cadres ayant eu une proposition ferme l’ont plus souvent accepté : 35% seulement sont restés à leur poste, ce qui représente 7 points de moins qu’en 2018 et 4 points de moins qu’en 2017 et 2016.

« L’attachement à l’employeur régresse »

« Gagner plus » est la principale attente des cadres en cas de changement d’emploi (51%), devant la « bonne ambiance » (42%) au travail, de « nouvelles expériences » (35%) et un « meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée » (32%), explique Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. Depuis 10 ans, il y a eu de « profondes mutations des attentes prioritaires. Bien sûr, l’ambition financière reste forte mais » elle est en nette baisse depuis 2011 (62% cette année-là), alors que « ce qui progresse le plus, c’est avoir une bonne ambiance au travail » (33% en 2011), précise-t-il.  « Le sondage montre aussi que l’attachement à son employeur régresse, ce qui ne me surprend pas », commente François Hommeril, président de la CFE-CGC. « L’aspiration numéro un qui va déclencher l’attachement est claire : que leur travail ait du sens, qu’il ait un impact positif sur la société tout entière », ajoute ce dernier.

Un pas vers l’autonomie

De son côté, l’étude « Salariat et autres formes d’emploi » de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec), montre que 57% d’entre eux se déclarent prêts à sortir de ce statut confortable en cas de projet solide et motivant. Cette proportion atteint même 69% chez ceux qui sont insatisfaits de leur situation professionnelle et 62% chez les moins de 40 ans. La quasi-totalité des cadres interrogés a entendu parler des formes d’emploi alternatives au salariat classique : ils sont même 17% à l’avoir déjà expérimenté. Le micro-entrepreneuriat est le régime qu’ils connaissent le plus (92%), et ce système a déjà été pratiqué par 12% d’entre eux. Arrive ensuite le portage salarial, cité par 53% des sondés, alors que le travail en temps partagé, les groupements d’employeurs, ou les coopératives d’activité et d’emploi (CAE) restent méconnus.

Ce qui séduit ces cadres ? La liberté que ces formes d’emploi offrent en matière d’organisation du temps de travail, de choix des missions, ainsi que l’autonomie qu’elles confèrent dans la conduite des projets. Si l’intérêt des cadres pour ces nouvelles formes de travail est réel, seulement 16% seraient prêts à sauter le pas « avec certitude » dans les prochaines années ; ce scénario se révèle « probable » pour 40% d’entre eux. Certains cadres en emploi y voient le moyen de rebondir en cas de rupture de parcours. Pour d’autres, ces différents statuts permettent d’évoluer vers un nouvel horizon professionnel avec une prise de risque limitée puisqu’ils peuvent se conjuguer avec celui de salarié. Ils disposent ainsi d’un filet de sécurité pour tester la viabilité de leur projet et décider d’abandonner ou non le confort du salariat.

L’emploi des cadres au beau fixe

Cette envie de bouger est confortée par des perspectives d’emploi qui demeurent au beau fixe. 2019 s’annonce tout aussi exceptionnelle que 2018, selon les dernières prévisions de l’Apec qui prévoit une hausse de 6% des embauches pour l’année 2019, avec une fourchette comprise entre 270 000 et 292 000 recrutements. Si la progression semble devoir se ralentir par rapport aux années précédentes, elle ne manque cependant pas de se consolider « à un très haut niveau », assure Gaël Bouron, responsable adjoint du pôle études de l’Apec. Et la tendance devrait se poursuivre au moins jusqu’en 2021 où les recrutements pourraient dépasser le seuil des 300 000.

Conséquence de cette embellie continue de l’emploi des cadres, des tensions sur le recrutement se font jour. Pour Bertrand Hébert, le nouveau directeur général de l’association, la hausse constatée ces dernières années « constitue partiellement un rattrapage, après plusieurs années de crise et d’embauches faibles ». Mais le maintien sur plusieurs années d’une demande élevée de recrutement de la part des entreprises pourrait introduire des frictions, et une raréfaction des profils disponibles. Si l’impossibilité à fournir un poste reste rare, l’Apec constate en revanche que les entreprises seront moins réticentes à élargir leur cible. « Les profils les plus recherchés par les entreprises sont les jeunes cadres, ayant entre un et dix ans d’expérience. Mais s’ils deviennent trop difficile à trouver, les recruteurs auront tendance à se reporter vers les jeunes diplômés, ou les cadres ayant plus d’expérience », poursuit Gaël Bouron.

N.S.

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