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Les cadres sont beaucoup trop connectés

Avec les outils de technologie et de communication, le temps de travail des cadres n’a plus de limites. Pour faire reconnaître ce « travail au noir », l’Unict-CGT a lancé une campagne et diverses entreprises ont signé des accords afin d’accorder aux salariés le droit de se déconnecter. 

Le « blurring », qui désigne la porosité entre vie professionnelle et vie privée, devient tellement important que l’Ugict-CGT n’hésite pas à parler de travail au noir. Selon elle, 75% des cadres et 39 % des salariés continuent leur journée, via leurs outils numériques, chez eux ou dans les transports. Un travail souvent ni reconnu ni comptabilisé et qui dépasse largement les horaires de travail définis par la loi. Afin que cette charge, facilitée par les technologies de l’information et de la communication (TIC), soit prise en compte, le syndicat a lancé depuis le 4 septembre une campagne appelant chaque salarié à déclarer sur son site son temps de travail effectif. Il souhaite avec ce cri d’alarme « encadrer l’usage des TIC pour encadrer le repos et la vie privée », « garantir le décompte, la rémunération et/ou la récupération de toutes les heures effectuées », « réglementer les forfaits jours », « réglementer le télétravail » et « mettre en place une réglementation encadrant les déplacements professionnels ».

Ce dernier semble le plus difficile à encadrer d’autant que 68 % des cadres effectuent au moins un jour de déplacement par semaine et, près de la moitié, deux jours ou plus par semaine. Et plus le travail empiète sur la sphère privée, plus les salariés sont en état de stress comme le démontre un récent rapport compilant 23 études internationales commandé par le BAuA, l’institut fédéral allemand pour la santé et la sécurité au travail. Un sujet dont s’inquiètent les Allemands depuis plusieurs années car les journées d’arrêt pour troubles psychiques ont augmenté de 40 % entre 2008 et 2011,selon ce même rapport. Aussi, sous l’impulsion des syndicats, depuis trois ans, les serveurs de Volkswagen ne dirigent plus les mails de ses cadres vers les smartphones entre 18h15 et 7h du matin. Cela permet aux salariés de se connecter une demi-heure avant leur arrivée au bureau et une demi-heure après leur départ. Pas plus. Son concurrent BMW se montre plus souple en s’engageant à prendre en compte le temps passé à répondre à des mails le week-end ou le soir. Autant de mesures qui ne sont pas suffisantes pour IG Metall, le plus grand syndicat d’Europe qui négocie avec le ministère du Travail afin d’aboutir à une loi sur le sujet.

La France n’est pas en reste. Depuis quatre ans, les entreprises ont tenté diverses initiatives. Une journée sans mails chez Canon, un accord chez Orange stipulant la non obligation de répondre à sa messagerie professionnelle le soir, le week-end ou pendant ses congés. Et, suite à des suicides, le management de Thalès Avionics, leader des équipements électroniques pour avions, surveille de près les heures auxquelles le salarié se connecte au réseau d’entreprise. Le Syntec est allé plus loin. La branche des Bureaux d’Etudes Techniques, Cabinets d’ingénieurs-conseils, Société de conseil, qui regroupe 910 000 salariés, dont 70 % de cadres a signé en avril un accord prévoyant une « obligation de déconnection des outils de communication à distance ». Elle concerne les salariés dont le temps de travail est annualisé afin qu’ils puissent bénéficier d’un repos quotidien minimum de 11 heures et d’un repos hebdomadaire de 35 h consécutives (24h+11heures). Des périodes durant lesquelles les cadres doivent se tenir à distance de leurs appareils numériques. Cet avenant fera-t-il école ?

Florence Raillard

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