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Les discriminations religieuses à l’embauche existent

Un catholique a 30% de chances de plus qu’un juif et 50% qu’un musulman d’obtenir un entretien d’embauche. L’économiste Marie Anne Valfort vient, après un énorme testing, de montrer l’importance des discriminations religieuses.

La discrimination religieuse à l’embauche existe vraiment. Marie-Anne Valfort une économiste de l’Ecole d’économie de Paris et Paris 1, vient de réaliser avec l’Institut Montaigne un testing de très grande ampleur en répondant à 6 231 offres d’emploi publiées par tous types d’employeurs entre septembre 2013 et septembre 2014 dans l’ensemble de la France métropolitaine. Et elle a comparé les taux de convocation à un entretien d’embauche de candidates et candidats fictifs dont les candidatures sont identiques en tout point à l’exception de leur religion. Précaution les candidats ont tous le même pays d’origine. Et elle a pris le Liban en postulant que les six candidats avaient grandi dans le même quartier à Beyrouth. Esther et Dov sont juifs, Nathalie et Michel catholiques, Samira et Mohammed musulmans. A la fin du collège, ils sont venus finir leurs études et débuter leur carrière. Les trois ont un bac et un BTS de comptabilité, leur trajectoire est irréprochable et ont acquis la nationalité française cinq ans après leur arrivée. Rien ne les différencie qu’éventuellement, leur religion.

Premier constat. Pour obtenir un premier entretien Mohammed va devoir envoyer 20 cv alors que Nathalie ne doit en envoyer que 4, Michel et Esther 5, Samira 6 et Dov 7.  Si la discrimination est déjà là évidente, l’enquête va plus loin en comparant les mêmes et en faisant comprendre sur les CV qu’ils sont ou non pratiquants de leur religion, par exemple le collège privé dont ils sont issus ou leurs centres d’intérêt. Et là les résultats sont encore dans le même sens : la probabilité des catholiques pratiquants d’être contactés par le recruteur pour un entretien d’embauche est supérieure de 30% à celle des juifs pratiquants et elle est par ailleurs deux fois plus forte que celle des musulmans pratiquants. Encore plus intéressant : lorsque les candidats signalent un attachement à la laïcité dans leur CV, seuls les musulmans y gagnent. Un laïc d’origine catholique est moins « attirant » pour l’employeur qu’un catholique pratiquant.

Mais la discrimination est nette et les candidats masculins musulmans sont les plus discriminés car il leur faut envoyer quatre fois plus de CV comparativement à leurs homologues catholiques pour décrocher un entretien d’embauche « Il suffit aux hommes musulmans ordinaires d’apparaître laïcs pour ne plus être discriminés, explique Marie Anne Valfot. Les recruteurs semblent donc les associer à des pratiques religieuses transgressives qui les dissuadent de les embaucher ».

Et lorsque les candidats ont un profil d’exception dans toutes les cases de leurs CVs ce sont les femmes juives et musulmanes qui en profitent. Plus le CV est professionnellement exceptionnel, plus la discrimination s’atténue. Mais à l’inverse chez les hommes musulmans essentiellement, plus le CV est professionnellement exceptionnel, plus la discrimination s’exacerbe.

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