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Marché du travail

Les mobilités professionnelles en question

On est mobile quand on est jeune ou lorsque l’on travaille dans des secteurs bien ciblés. La Dares brosse un portrait de deux mondes professionnels en France : l’un où la mobilité est faible, majoritaire, l’autre où elle est forte, minoritaire.

Publié le 22/11/2018 Mise à jour le 23/11/2018

Qui change de métier ? Et pourquoi ? Bertrand Lhommeau et Christophe Michel de la Dares ont travaillé sur toutes les données statistiques de 2010 à 2015 pour comprendre ce que les personnes en emploi âgées de 20 à 50 ans ont fait entre 2010 et 2015. Durant cette période, 13% avaient, selon l’INSEE, souhaité changer de métier, 22% l’ont finalement fait, 16% changeant carrément de domaine professionnel.

Les mobiles : les jeunes, les femmes et les précaires

Parmi les « mobiles », il y a d’abord, et essentiellement, les jeunes : les 20 à 29 ans ont changé de métier deux fois plus souvent entre 2010 et 2015 que les 40 à 50 ans. C’est naturel : ils sont en phase d’insertion sur le marché du travail et, plus souvent que les « anciens », touchés par le déclassement. Un changement d’emploi constitue une opportunité de rattrapage. Les femmes sont encore plus mobiles que les hommes. Le sous-emploi, plus élevé pour elles, les incite à changer de métier afin de travailler davantage. La volonté de trouver un métier permettant une bonne conciliation vie professionnelle-vie familiale est également facteur de mobilité dans leur cas. Les deux chercheurs de la Dares démontrent d’ailleurs que « toutes choses égales par ailleurs, notamment à âge donné, ce sont les moins diplômés qui ont la probabilité la plus importante de changer de métier. Pour eux, la probabilité de changer de domaine professionnel est également plus importante à autres caractéristiques données ». En clair, le premier motif de mobilité semble être l’insatisfaction dans le poste occupé.
Parmi les mobiles, il y a ensuite les Franciliens (l’Île-de-France se caractérisant par une plus forte densité d’emplois et une plus grande diversité d’employeurs) et les immigrés originaires d’un pays non européen (leur mobilité est de 11 points supérieure à celle des non-immigrés).

Dernière catégorie importante de « mobiles », ceux qui occupent les postes moins stables, pour qui le changement de métier est plus fréquent. L’écart entre les salariés qui ont un contrat de travail stable (CDI ou fonctionnaire) et les autres est significatif puisqu’il est de 8 points.

La mobilité professionnelle, lorsqu’elle existe, s’accompagne souvent d’un changement d’employeur.

Il est plus facile de passer de l’électricité à l’électronique, que de l’agriculture à la police

Tous les secteurs professionnels ne favorisent pas la mobilité. Dans l’électricité-électronique et l’artisanat, la mobilité professionnelle est forte et s’accompagne fréquemment d’un changement de domaine. Au moins trois personnes sur dix travaillant dans ces deux domaines en 2010 ont changé de métier et de domaine professionnel en 2015. La probabilité de changer de domaine est ainsi de 11 à 12 points plus élevée que celle observée dans l’administration publique, les professions juridiques, l’armée ou la police, domaines choisis en référence. La mobilité professionnelle, lorsqu’elle existe, s’accompagne souvent d’un changement d’employeur : cela représente près des deux tiers des cas de changement de métier, cette proportion étant proche de la moyenne.

Les métiers du commerce ont eux aussi une mobilité plus élevée que la moyenne, à la fois entre métiers du domaine d’origine mais aussi à destination d’un autre domaine : 22% des personnes travaillant dans le commerce en 2010 ont quitté ce domaine en 2015. Cette forte mobilité de métier s’accompagne plus souvent d’une mobilité externe : 69% des personnes travaillant dans le commerce en 2015 et ayant changé de métier ne sont plus dans la même entreprise que cinq ans auparavant, contre 62% pour l’ensemble. Face à ces secteurs où la mobilité est forte (il faudrait rajouter la métallurgie, les arts graphiques et les industries du bois), il est des secteurs très peu mobiles où l’accès aux métiers est très souvent limité par des concours ou des règlements : on change ainsi très peu dans les domaines de l’éducation et de la formation (5% des cas), de la santé, de l’action sociale, culturelle et sportive (9%) et, dans une moindre mesure, le domaine de l’administration publique, des professions juridiques et de l’armée ou de la police (19%). L’accès par concours et les réglementations l’expliquent bien évidemment. Autres « peu mobiles » : les agriculteurs, les marins et les pêcheurs d’une part, les coiffeurs et esthéticiens d’autre part. En majorité des indépendants dans les premiers et deuxièmes cas.

Banques et assurances : on y bouge mais on en sort peu

Le domaine de la banque et des assurances se distingue par sa plus forte mobilité interne : le plus fort taux de promotion dans les cinq ans (15%) et l’un des domaines les plus stables en matière de changement d’employeur (62% des personnes ayant changé de métier ont le même employeur que cinq ans auparavant). Entre 2010 et 2015, 14% des employés de banques ou d’assurances sont devenus techniciens ou cadres dans ce domaine, et 10% environ des techniciens y sont devenus cadres. Ce domaine compte également une proportion deux fois plus élevée de cadres et professions intellectuelles supérieures que la moyenne. Ce secteur se signale également par un recours à la formation nettement plus élevé que la moyenne.
À l’inverse, l’hôtellerie, la restauration et l’alimentation sont les domaines avec la plus forte proportion de changements d’employeur : 86% des personnes ayant changé de métier travaillent aussi dans une autre entreprise. Contrairement aux banques et assurances, les conditions de travail y sont plus difficiles, les horaires plus longs et davantage décalés, le manque d’autonomie grand et les marges de manœuvre faibles.

En fait, en termes de mobilité deux mondes se distinguent : d’un côté l’enseignement-formation, l’agriculture, la santé-action sociale, culturelle et sportive et, pour d’autres raisons, la banque-assurance. De l’autre, l’électricité-électronique entretient une certaine proximité avec le BTP et la maintenance. Mais pour les mobiles, Bertrand Lhommeau et Christophe Michel constatent que le fait de bouger est positif, la mobilité étant deux fois plus souvent ascendante que descendante. Ce qui ne les empêche pas d’ajouter que « les personnes qui ont changé de métier entre 2010 et 2015 souhaitent un peu plus fréquemment trouver un autre emploi (21%) que celles qui n’en ont pas changé (17%) ».

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