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Innovation & Société

Les nouvelles stratégies des GAFA dans le recrutement

Une nouvelle vague de disruption se prépare dans le recrutement. Initiée par Google et LinkedIn, elle vise à fournir aux entreprises des suites logicielles simples et efficaces pour réaliser elles-mêmes leurs recrutements. Un changement assez radical dans les pratiques.

491 milliards de dollars : c’est, selon le calcul de la Confédération Mondiale de l’Emploi, le chiffre d’affaires du secteur du recrutement dans le monde en 2016 (1). Les 500 milliards seront atteints cette année vraisemblablement. Un chiffre suffisamment colossal pour que les GAFA fassent désormais du recrutement l’une de leurs cibles privilégiées, et surtout fassent des cabinets de recrutement, agences de travail temporaires ou sites de recherches d’emploi leurs prochaines victimes avec la deuxième vague de disruption et le changement de méthodes radical qu’ils mijotent. Google, Facebook et Microsoft/LinkedIn peaufinent actuellement leurs nouveaux outils, essentiellement aux États-Unis. Amazon, à qui aucun marché sur Internet n’est par nature étranger, pourrait aussi s’y intéresser.

Après la vague du « matching parfait » en ligne…

La première vague de disruption a surtout bénéficié aux particuliers. C’est celle du « matching parfait », celle où l’offre et la demande d’emploi sont censées se rencontrer facilement par le numérique. Simple et (théoriquement) efficace, c’est celle que veut porter aujourd’hui Leboncoin : allié à la start-up Tudoz, surnommée « le Tinder de l’emploi », il attirerait 2,6 millions de visiteurs uniques par mois depuis quelques mois et 400 000 entreprises y auraient eu recours en un an. Gratuite pour les candidats, elle est en train de devenir payante pour les entreprises en ce qui concerne les cadres, car Leboncoin se dépêche de monétiser. Comme le dit son président Antoine Jouteau : « quand les GAFA s’installent sur un créneau, ce n’est jamais une très bonne nouvelle pour les acteurs du marché en termes de concurrence équitable, vu les moyens démesurés dont ils sont dotés… » (2)

Google, Facebook et Microsoft/LinkedIn peaufinent actuellement leurs nouveaux outils, essentiellement aux États-Unis.

…place aux outils pour aider les entreprises à recruter

Antoine Jouteau a compris que, après s’être penchés sur le modèle économique des « jobboards » (les sites d’offres d’emploi avec un moteur de recherches dont Indeed est devenu le leader mondial), les GAFA allaient se tourner vers les entreprises qui voient, de plus en plus, leurs dépenses de recrutement augmenter et ont besoin d’outils de plus en plus efficaces pour dénicher les talents dont elles ont besoin. Ainsi, derrière « Google for Jobs », il existe désormais, en test, « Google Hire ».
Google for Jobs est une immense agrégation des offres parues sur les autres sites, y compris celles de ses concurrents directs comme Facebook, LinkedIn, Glassdoor, CareerBuilder ou Monster. Hire, en revanche, est une nouvelle application de recherche de talents pour les petites et moyennes entreprises utilisée avec la suite Google, dont les messageries et agendas et toutes les applications en ligne. Hire donne par exemple aux entreprises la possibilité de créer leur propre base de données de candidats avec des informations mises à jour et enrichies à avec Google Search : une simple recherche par mots-clés fera ressortir automatiquement les candidats potentiellement intéressés par une offre d’emploi. Une arme redoutable pour se passer à terme des intermédiaires du recrutement en identifiant les talents et en supervisant l’ensemble du processus de recrutement avec un système de suivi des candidats mis en place par Google. Hire n’est disponible, pour l’instant, que pour les entreprises de moins de 1 000 salariés, basées aux États-Unis. Mais il est d’une telle simplicité que toutes les suites de logicielles de recrutement se sentent visées.

Facebook en « stand by »

Facebook, de son côté est encore officiellement dans une logique « classique », un peu comparable à celle du Bon Coin, c’est-à-dire celle de l’emploi local géolocalisé. Le scandale Cambridge Analytica l’empêche en effet de développer publiquement ses services pour le recrutement des entreprises, car la firme de Mark Zuckerberg misait tout sur ses algorithmes de traitement des données personnelles pour aider les entreprises à diffuser des offres géolocalisées ultraprécises et, pour l’instant, ne s’en vante pas trop. Pourtant, Facebook a déjà expérimenté et lancé son réseau social d’entreprise « Workplace by Facebook» dont la simplicité serait la principale caractéristique : il s’agit essentiellement d’un outil de travail collaboratif avec une suite assez impressionnante d’applications. Même problématique : faire travailler les gens ensemble où qu’ils soient et attirer les nouveaux talents encore à l’extérieur.

La question n’est plus de savoir si Salesforce, le leader de l’édition de logiciels et de marketing ou Amazon, y viendront, mais quand.

LinkedIn déploie toujours plus de services

Reste LinkedIn. Racheté il y a deux ans par Microsoft, le premier réseau professionnel au monde a encore de l’avance avec son offre Talent Solutions : lancée en 2013, elle s’enrichit constamment, afin de bâtir, à termes très proches, une offre complète de recrutement. C’est en fait un très puissant outil de recherches RH avec des applications comme Recruiter ou Pipeline Builder qui permettent de fédérer autour de son entreprise les talents dont on pense avoir besoin un jour. Depuis quelques mois, on leur a adjoint (aux États-Unis uniquement) LinkedIn Salary qui montre une répartition détaillée des salaires par emploi et par emplacement en fonction des informations soumises en privé par les membres de LinkedIn. Objectif ? Aider les candidats à mieux estimer leur valeur sur le marché du travail. Enfin LinkedIn Scheduler vient de naître, un agenda partageant les agendas de Google ou Office 365 des recruteurs et des candidats. « En proposant une prolongation fonctionnelle de recrutement à haute valeur ajoutée à leur réseau social, explique Guillaume Vigneron spécialiste du marketing du recrutement, LinkedIn est en mesure de proposer une offre vraiment disruptive, capable de bousculer en profondeur le marché du recrutement ».

La question n’est plus de savoir si Salesforce, le leader de l’édition de logiciels et de marketing ou Amazon, y viendront, mais quand. Pour Amazon il semble que la question se pose en liaison avec son assistant vocal : Alexa et l’intelligence artificielle qu’elle porte pourrait être le déclencheur.

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