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Les plateformes numériques s’enrichissent sur le bénévolat

Comment partager la richesse liée aux plateformes numériques alors qu’elle est la plupart du temps fondé sur du travail bénévole, conscient ou non. Les pistes de réflexion d’Antonio Caselli et Christian Saint Etienne.

L’INA a décidé depuis quelques temps de beaucoup s’intéresser au « Digital Labor ». Et au fil des mois une partie de son site s’est spécialisé dans le « Digital Labor » (1), un phénomène extraordinairement complexe que le sociologue Antonio Casilli a commencé à décrypter et qui est très longuement interviewé sur le site Ina Global. Antonio Casilli ne  s’intéresse pas vraiment à la question des robots qui prendrait l’emploi des humains, à la simple mécanisation des tâches productives, mais à celle « du travail implicite, du travail invisible » qu’est le digital labor.

« On la résume souvent à ce questionnement : est-ce que poster sur Facebook c’est travailler » ? explique-t-il « Mais c’est une formulation absolument réductrice qui me met mal à l’aise, même si je sais que les journalistes aiment bien ce type de raccourcis. Ainsi formulée, ce n’est qu’une provocation qui ne rend évidemment pas compte de la problématique centrale pour ma réflexion, à savoir que l’économie numérique serait largement basée sur le travail de l’ombre, le travail non déclaré et parfois non rémunéré. Les plateformes numériques nous permettent d’effectuer des activités très avantageuses pour nous, mais elles nous poussent surtout à réaliser des opérations très avantageuses pour leurs propriétaires et leurs investisseurs ».

Antonio Casilli revient bien évidemment sur l’Ubérisation. Son idée est qu’en France, les média recourent à une rhétorique surannée, celle du grand récit des forces de l’obscurantisme, qui s’opposent à l’innovation, alors qu’il s’agit avant tout d’une plateforme qui s’oppose à une autre plateforme, « une lutte sociale à l’heure des plateformes » en quelques sortes. Ce qui l’intéresse ce sont les phénomènes sociaux nouveaux liés aux « écosystèmes d’usages numériques » où le digital labor s’exprime : les plateformes de consommation collaborative, les services de micro-travail et les médias sociaux. « Un quatrième, celui des objets connectés, est en pleine éclosion, mais il n’a pas encore atteint sa masse critique ». Tout l’entretien porte sur cette question, celle de la valeur produite par les usagers des plateformes et de comment la reconnaître. Il constate que la France, malgré le récent rapport du Conseil National du Numérique est en retard sur la question, ne serait-ce que par rapport à l’Allemagne, où un syndicat comme IG Metall a déjà mis sur pied une plateforme pour les travailleurs des plateformes ; « un contre-pouvoir, donc, organisé par un syndicat, avec la possibilité pour les travailleurs de récupérer les données et de pouvoir eux-mêmes accorder un sens à ces données-là ».

Il cite également la Corée du Sud, qui, pour faire face à l’émergence d’entreprises comme Airbnb, Uber, etc. misent sur des plateformes publiques qui proposent le même type de services.

Antonio Casilli semble être en tout cas rejoint par d’autres en France. L’économiste Christian Saint Etienne qui a publié l’année dernière La France 3.0, va un peu dans le même sens dans une tribune publiée par Le Monde, et part de deux exemples précis pour évoquer le travail et la rétribution sur les plate formes : pendant des années les internautes ont travaillé bénévolement sur la plateforme journalistique du Huffington Post et ont hurlé lorsque le journal a été vendu pour 315 millions de dollars. Idem avec Oculus, financé par le crowfunding mais revendu 2 milliards de dollars à Facebook. Les exemples se multiplient, la question est pour lui de trouver de nouveaux mécanismes de partages de richesse. Il propose une série de pistes. Mais il faut surtout un retour en arrière pour expliquer pourquoi il faut « faciliter l’innovation d’usage seule créatrice d’emplois » : en 1978 le rapport Nora-Minc avait fait la une de tous les médias en expliquant que l’automatisation dans les banques et les assurances entrainerait 30% d’effectifs en moins. Or dans le même temps toutes les innovations d’usage, la carte à puce en premier, ont créé de l’emploi : 25% d’effectifs en plus aujourd’hui qu’en 1978 !

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