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Les plombiers du numérique : soudés pour l’emploi

En 2017, Florian Du Boÿs lance le projet « Les plombiers du numérique ». Son objectif ? Soutenir les jeunes les moins favorisés dans leur insertion professionnelle, en misant sur les nombreux débouchés qu'offre le secteur des infrastructures numériques. Récit.

Lancée sous l’impulsion d’Impala Avenir, incubateur d’innovations sociales créé par Florian Du Boÿs et sa femme Crama, « l’École des plombiers du numérique » part d’un constat : les jeunes les moins qualifiés peinent parfois à trouver leur place au sein du système de formations professionnelles. Une difficulté qui serait en partie liée à ce que le sociologue Randall Collins a nommé « crédentialisme » : autrement dit, le fait de privilégier le diplôme comme clé d’entrée dans le monde du travail. Selon les sociologues Nicolas Duvoux et Nadège Vezinat, auteurs d’un rapport sur l’action de l’association, ce crédit accordé à la qualification « est tellement profond qu’il se retrouve dans la formation professionnelle et continue, dont l’orientation dominante est pourtant de chercher à opérer une sorte de rattrapage pour celles et ceux qui n’ont pas converti leur parcours dans le système scolaire en diplômes ou certifications ». Ainsi, cette logique aboutit parfois à redoubler le risque d’échec, pour celles et ceux qui l’ont déjà connu.

Du geste à l’emploi

Forte de ces constats, l’association « l’École des Plombiers du numérique » vise à « promouvoir des projets d’insertion à l’emploi de jeunes défavorisés vers les métiers du numérique, et de façon générale vers des métiers d’avenir ». Il s’agit en effet d’un secteur au potentiel de recrutements important, comme l’anticipait le Plan France Très Haut Débit, lancé en 2013 et prévoyant le haut débit pour tous à l’horizon 2022. Aussi, la démarche des « Plombiers du numérique » a l’originalité d’inscrire ses objectifs d’insertion dans un environnement marchand et concurrentiel.

Gratuite, la formation s’adresse prioritairement (sans exclusivité) aux jeunes âgés de 17 à 30 ans, sans diplôme, sans expérience professionnelle, inactifs depuis plus d’un an sur le marché de l’emploi et issus des Quartiers prioritaires de la ville (QPV). Non diplômante mais pré-qualifiante, elle prépare à l’exercice de métiers confrontés à des tensions pour recruter : celui de « technicien déploiement fibre optique » et celui de « technicien rack et câblage en datacenter ». Des métiers dits « du geste », dont l’apprentissage s’inspire du modèle du « compagnonnage », pendant une durée de 4 mois. Une formation qui inclut accompagnement social, apprentissage technique du métier et stage en entreprise.

Des débouchés pour 70% des jeunes accompagnés

Pour réaliser leurs objectifs, « les Plombiers du numérique » appuient leurs 18 écoles sur un réseau de partenaires porteurs de projets, parmi lesquels on trouve les Apprentis d’Auteuil, Aurore ou encore les Écoles de la 2ème chance. Un dispositif qui peut aussi dans certains cas fonctionner via une POEC (préparation opérationnelle à l’emploi collective). Pour faire connaître l’école, différentes réunions d’information sont organisées, avec le concours des missions locales, de Pôle emploi ou encore d’associations de quartier. Les formations sont adaptées aux besoins des territoires où elles sont implantées, afin de favoriser l’employabilité des jeunes. De plus, les stagiaires sont parrainés par des industriels des infrastructures numériques, ce qui a déjà permis d’assurer des débouchés professionnels à 70% des jeunes accompagnés. De nouvelles formations sont également en cours d’élaboration, telle celle d’ « agent de maintenance ». Nommée « les geeks du bâtiment », sa première promotion a été lancée fin décembre.

Se former pour rebondir, le témoignage de Nathan

A 22 ans, Nathan fait partie des jeunes qui ont bénéficié du dispositif.
Après avoir obtenu un bac pro PCEPC (Procédés de la chimie, de l’eau et des papiers-cartons) en 2016, il se heurte à des difficultés pour trouver un premier emploi. Peinant à accumuler les expériences, il envisage alors de se reconvertir dans un autre domaine professionnel. C’est à ce moment-là qu’il fait connaissance avec l’École de la 2ème chance, via la mission locale de Saint-Nazaire. Il y bénéficie d’une remise à niveau de ses compétences de base, ainsi que d’une aide à la recherche d’un stage, d’une formation, ou d’un emploi.
Après qu’on lui ait présenté les « Plombiers du numérique », c’est en fin d’année dernière qu’il intègre la formation, au sein du BTP CFA de Saint-Herblain. Pour y apprendre un nouveau métier, celui de technicien déploiement de la fibre numérique.
En 4 mois, il reçoit un enseignement pratique, complété par un stage en entreprise pendant un mois. Et au passage, la formation inclut la validation de différentes habilitations permettant d’être immédiatement opérationnel à la sortie : le CACES Nacelle, l’habilitation électrique H0/B0, ainsi que l’Autorisation d’intervention à proximité des réseaux.

La découverte d’un métier aux différentes facettes

Après avoir terminé sa formation en juin, il va rapidement être recruté en CDI. S’il le quitte du fait d’une distance trop importante de son domicile, il rebondit alors, en obtenant d’autres contrats. L’un d’eux lui permet d’occuper un poste de technicien nacelliste, et de réaliser ainsi des déploiements de fibre optique en aérien. En quelques mois, il expérimente différents postes, découvrant différentes facettes du métier de technicien déploiement.
Aujourd’hui, Nathan estime que cette formation lui a permis d’accumuler des expériences, avec un niveau de rémunération satisfaisant, et d’envisager plus sereinement son avenir professionnel, quitte à se former à nouveau. Car c’est « vraiment avantageux de se multi-spécialiser dans ce domaine, et c’est indispensable pour évoluer dans le métier ». Selon lui, l’expression des « Plombiers » du numérique aurait l’avantage de rassurer les candidats : « je pense que le nom de plombiers aide, parce que ça ne donne pas l’impression d’être trop exigeant sur le plan technique. Ils vont ensuite se rendre compte que c’est quand même le cas, mais ils ne vont pas se sentir submergés par ces aspects qui peuvent paraître compliqués ». Des aspects techniques qui peuvent être appris progressivement, au fil de la pratique. De quoi donner envie d’aller de l’avant dans son parcours professionnel.

Pour aller plus loin :
L’insertion professionnelle des jeunes non-qualifiés. Un cas d’école. Nadège Vezinat et Nicolas Duvoux / Synthèse du rapport : http://lesplombiersdunumeriques.site/wp-content/uploads/2020/11/synthese-livre-Nicolas-Duvoux-et-Nadege-Vezinat.pdf

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