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Marché du travail

L’essor de la microentreprise a-t-il une influence sur l’intérim ?

Certaines entreprises n’hésitent plus à confier des missions à caractère temporaire à des microentrepreneurs toujours plus nombreux. Faut-il voir là une nouvelle forme de concurrence pour les acteurs de l’intérim ? Ou plutôt une opportunité de se diversifier sur un créneau porteur ?

Plus que jamais, l’intérim reste l’outil privilégié des entreprises pour ajuster leurs effectifs, au plus près des besoins de leur activité. Ainsi, selon l’INSEE, 7700 nouveaux postes d’intérimaires(1) ont encore été créés au premier semestre 2019, portant leur nombre à plus de 800 000(2) .

D’Adecco à Randstad, en passant par Manpower, les acteurs de l’intérim restent des partenaires de confiance pour les entreprises, dans des secteurs très utilisateurs comme la restauration : « L’été, nous recourons à des intérimaires, pour compléter nos effectifs en point de vente, remarque Ariane, chargée de ressources humaines dans une enseigne chaînée de la restauration. Le cabinet d’intérim avec lequel nous travaillons nous apporte des prestations cadrées et sécurisées ainsi qu’un conseil. Son réseau d’agences de proximité peut répondre à nos besoins dans toute la France. Ce partenaire se charge aussi de sélectionner et former pour nous de bons profils qui, pour certains, resteront chez nous à l’issue de leur mission ».

La microentreprise fait-elle de l’ombre à l’intérim ?

Même si tous les indicateurs semblent aujourd’hui dans le vert, tout va très vite sur le marché de l’emploi. Et les acteurs de l’intérim suivent attentivement le développement de la microentreprise, actuellement en plein boom. Certains, comme Adecco avec YOSS, allant même jusqu’à créer leur propre plateforme d’intermédiation entre les indépendants et les entreprises.

Favorisée par les réformes successives du Code du travail, la microentreprise a connu une croissance de ses immatriculations de 28 % en 2018 . Soit 308 300 microentreprises(3) créées l’an dernier, portant leur nombre à 1,18 millions(3). Et il arrive que les travailleurs indépendants, qui ont choisi ce statut, réalisent temporairement des missions, qui pourraient être effectuées en intérim : gestion de projet, comptabilité, administration, direction artistique, développement informatique…

Leurs atouts ? Une flexibilité à un coût très compétitif. « Avant, je faisais appel à des graphistes en intérim, pour faire face à des montées en charge. Désormais, je me tourne davantage vers des microentrepreneurs, confie Liam, 43 ans, gérant d’une start-up à Lyon. D’un point de vue administratif, les formalités sont plus simples qu’avec l’intérim. Et en termes de coûts, c’est sans commune mesure. »

Même si la couverture sociale est limitée, certains préfèrent d’ailleurs le statut de microentrepreneur à celui d’intérimaire. C’est le cas de Gabriel, 28 ans, webmaster à Nantes : « Mon revenu net est plus important qu’en intérim, car je suis soumis à des charges sociales réduites, à hauteur de 22 % de mon chiffre d’affaires. Rien ne m’empêche d’ailleurs si l’entreprise le préfère d’effectuer une mission en intérim. Ce n’est pas incompatible avec mon statut de microentrepreneur. »

Faire la synthèse des 2 mondes

En créant fin 2017 sa plateforme YOSS, Adecco a su se diversifier et rebondir sur cette tendance du « freelancing ». L’entreprise d’intérim répond par ainsi à la concurrence de nouveaux acteurs, comme les plateformes d’intermédiation Malt ou Upwork.

Elles référencent des milliers de freelances, dont d’anciens intérimaires comme Philippe, 35 ans, développeur informatique : « En me mettant à mon compte, je voulais avoir plus de liberté, mais en revanche ne pas passer mon temps à prospecter. Il est vrai que la plateforme prend une commission d’environ 10%. Mais je gagne énormément de temps, car elle me met directement en relation avec les entreprises, confie-t-il. Les règlements s’effectuent aussi par elle. C’est sécurisant pour l’entreprise, comme pour moi. »

Faciliter la mise en relation, tout en garantissant un cadre aussi sécurisé qu’avec l’intérim, c’est bien là tout l’enjeu. Les acteurs de l’intérim jouent désormais leur carte sur ce créneau complémentaire, notamment auprès de grandes entreprises, qui ne représentent pas le cœur de cible de Malt et Upwork. Ces derniers visant davantage les start-up ou les PME.

Pour répondre aux besoins des grands groupes, il s’agira en effet d’aller au-delà d’une simple mise en relation, mais de venir s’inscrire dans leurs stratégies et processus de recrutement. En d’autres termes : leur apporter une réelle ingénierie RH.
Mais n’est-ce pas déjà là ce que font les acteurs de l’intérim depuis longtemps sur leur cœur de métier ? Il se pourrait ainsi qu’ils soient tous tentés de transposer leur modèle à la microentreprise.

SK

(1) Source : https://www.insee.fr/fr/statistiques/4170778

(2) Source : https://dares.travail-emploi.gouv.fr/dares-etudes-et-statistiques/statistiques-de-a-a-z/article/l-emploi-interimaire

(3) Source : Rapport INSEE, les créations d’entreprises en 2018

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