Pôle emploi - Emploi Parlons Net

Innovation & Société

L’explosion du phénomène « freelance »

Parfois subi mais de plus en plus souvent choisi, l’emploi indépendant, freelance, est en train d’exploser dans les pays industrialisés. 1 américain sur 3 est freelance et la France suit ce mouvement.

Barack Obama en a fait l’un des points forts de son dernier discours sur l’Etat de l’Union : la considérable progression du travail indépendant a été, et reste, la première raison du recul du chômage américain. En 2014 un américain sur trois est « freelance » : micro ou auto-entrepreneurs, consultants, graphiste ou informaticien, peu importe, 42 millions d’américains travaillent seuls, en indépendants. Dans 10 ans, avec le rythme actuel de progression de 6%, un américain sur deux sera freelance. Qu’il y soit conduit par la crise économique ou par goût de la liberté. Elance ou oDesk qui mettent en relation les entreprises et les freelance sont du coup deux des belles réussites économiques américaines de l’année. Et des réseaux de ce type commencent à se monter en France

Fin octobre à Marseille, Digiwork, le réseau social de la Fing (Fondation Internet Nouvelle Génération) s’est emparé du dossier pour essayer d’évaluer les métamorphoses du travail impliquées par les nouvelles technologies. Pour la Fing, l’informatique, puis internet, ont amené une nouvelle gestion du temps, des lieux, de l’identité de l’employé et de sa carrière. Emerge désormais la figure de l’employé autonome, du freelance, de l’auto-entrepreneur. L’une des figures les plus nouvelles de ces nouveaux indépendants, sont les « slashers ». Ce mot étrange vient du « slash », la barre oblique des claviers, et désigne des gens qui d’un côté ont une activité souvent peu satisfaisante intellectuellement mais qui « s’épanouissent dans le cadre d’une passion ou trouvent un complément de ressources dans un troisième type d’occupation via l’économie collaborative, en sous-louant leur logement via Airbnb, en accomplissant du micro-travail sur Task Rabbit ou sur le Mechanichal Turk…». Ces dernières sont des plateformes où, au départ, on faisait appel à d’autres pour réaliser des tâches de la vie quotidienne contre une commission mais qui de plus en plus deviennent des réseaux proposant des indépendants de manière temporaire.

Le slasher gère en général ses activités depuis un même support numérique, a des vies privées et professionnelles très mêlées et accorde souvent une grande importance au développement personnel. Le phénomène est difficilement quantifiable mais il y a d’ores et déjà 2,3 millions de pluriactifs en France : ils ont deux emplois salariés ou un emploi salarié et, parallèlement, une activité indépendante. Ce double phénomène est parfaitement analysé dans la dernière livraison de La Nouvelle Revue du Travail : d’un côté des salariés que l’évolution des techniques et des méthodes poussent de plus en plus à travailler comme des indépendants (le cas des enquêteurs sondeurs est longuement étudié dans la revue) et de l’autre des indépendants qui sont de plus en plus amenés à s’organiser comme des salariés «classiques »

Une nouvelle forme d’emploi semble donc en train de naître, qu’elle réunisse aussi bien des salariés qui souhaitent devenir indépendants, des salariés qui veulent cumuler d’autres activités, comme ceux qui veulent « échapper » au chômage. La mutation est profonde et implique bien sûr d’autres manières de gérer sa carrière. Digiwork travaille ainsi sur une « musette numérique du travailleur » réunissant expériences, compétences, réseaux, etc. A la fois une plate-forme administrative et un endroit où présenter ses compétences, les valoriser, montrer ses réseaux, organiser son temps. Idée d’autant plus futée que la notion d’entreprise étendue est de plus en plus forte. Une entreprise comme Dassault ou Benetton sont dite « étendues » car elles se limitent de moins en moins à leurs employés mais s’étendent également aux partenaires, fournisseurs, clients et à tout un réseau où se retrouvent de plus en plus les indépendants ou freelances. Benetton par exemple, associe aujourd’hui 10 000 entreprises et 450 sous-traitants, qui assurent 90% de la production. Un écosystème dans lequel tout le monde est appelé à interagir et qui est basé sur un réseau… dans lequel tout indépendant peut poser sa musette numérique.

Antoine Clause

Également à lire

Innovation & Société

03 mai 2019

La lente disparition des classes moyennes

La polarisation de l’emploi et la disparition progressive des métiers moyennement qualifiés sont en train d’entrainer une disparition progressive des classes moyennes. L’OCDE tire la sonnette d’alarme dans le rapport qu’elle vient de publier sur les classes moyennes.

en savoir plus