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Marché du travail

L’intrapreneuriat, tremplin vers la création d’entreprise ?

Perçu aujourd’hui comme une démarche de niche, l’intrapreneuriat pourrait s’étendre dans les prochaines années à l’ensemble des secteurs d’activité.

C’est une tendance forte : de plus en plus d’entreprises, convaincues que leurs salariés peuvent être une source d’innovation, misent sur l’intrapreneuriat, jusqu’à parfois le transformer en projet d’entreprise. À ce jour, plus de 50 entreprises ont franchi le pas. Selon une étude publiée en 2017 par le cabinet Deloitte (*), 37% des entreprises françaises y ont déjà eu recours dont certaines assurant une mission de service public comme Pôle emploi. Cette démarche entrepreneuriale permet de développer des services ou produits innovants, ou d’explorer le champ de nouvelles technologies, procédures, stratégies, utilisées par l’entreprise.

Tout est géré en interne par un salarié, qui bénéficie du soutien financier et humain de l’entreprise. Dans son état des lieux de l’intrapreneuriat en France, le cabinet Deloitte note que l’intrapreneuriat, constitue « une expérience personnelle et professionnelle motivante ». « Cette démarche séduit car elle comporte peu de risque, elle n’engage que le savoir-faire du salarié et non ses avoirs financiers et biens personnels », écrivent les auteurs de l’étude. C’est également « un bon tremplin » pour se lancer dans l’entrepreneuriat : 65% des personnes interrogées estiment que leur expérience d’intrapreneur les a incités à devenir entrepreneur.

Pour Thomas Leray, co-fondateur d’ OCSI, société de conseil en systèmes d’information, « cette idée d’intrapreneuriat est vraiment un concept donnant-donnant : les consultants se réapproprient une partie de la stratégie de l’entreprise en devenant les chefs d’un projet qu’ils ont monté de toutes pièces et dont ils sont pleinement acteurs. »

65% des personnes interrogées estiment que leur expérience d’intrapreneur les a incités à devenir entrepreneur.

Attirer de nouveaux talents

La démarche intrapreneuriale permet notamment d’attirer de nouveaux talents. Pour Elodie Gentina, professeure à l’IESEG School of Management, les jeunes ont besoin de créer et de se sentir utiles. 64% de la génération Z, aspire sur dix ans, à un équilibre entre vie professionnelle et personnelle. « Ils ne sont pas prêts à tout mettre entre parenthèses pour créer leur boîte. La perspective d’être employé sur la même mission pendant cinq ans les fait tout autant fuir. C’est pour cela que l’intrapreneuriat les séduit », souligne la chercheuse, spécialiste de la génération Z (née après 1995).

« Dans mon ouvrage, j’ai interrogé 2 230 jeunes âgés de 15-22 ans, précise l’auteure de Génération Z. Des Z consommateurs aux Z collaborateurs : lycéens et étudiants d’écoles de commerce, d’ingénieurs et d’université. Il en ressort que 11% des moins de 22 ans souhaitent créer leur entreprise dans les dix prochaines années, contre 36% pour les Millennials (Ipsos, 2017). »

Pour répondre à cette nouvelle donne, la Société Générale a lancé en novembre 2017 un grand programme d’intrapreneuriat, l’Internal startup call. Au total, 600 projets ont été déposés, 144 sélectionnés et 60 retenus. Résultat : 36 start-up toujours en vie.

La grande valeur de la démarche d’intrapreneuriat est moins de créer des services innovants que de transformer la culture de l’entreprise pour susciter de l’engagement.

Transformer la culture d’entreprise

L’intrapreneuriat pour fidéliser les jeunes ? Tous les projets liés à l’entrepreneuriat social dans les grands groupes leur confèrent en effet un sentiment d’utilité. Pour Sébastien Rauber, ingénieur logiciel, devenu intrapreneur : « Il faut savoir que la légitimité d’un projet intrapreneurial est régulièrement remis en cause surtout si il ne répond pas à un appel d’offre ou à une demande d’un client précis ».

Le co-fondateur d’Ewenlife, la première start-up sociale et solidaire incubée par Thalès est persuadé néanmoins que « les codes de l’entreprise changent ». Ofer Attali, CEO de Ayno, une start-up qui propose des outils numériques pour favoriser le développement de projets intrapreneuriaux, estime, pour sa part, que « la grande valeur de la démarche d’intrapreneuriat est moins de créer des services innovants que de transformer la culture de l’entreprise pour susciter de l’engagement. S’il est bien fait, un programme d’intrapreneuriat peut permettre de réengager les collaborateurs ». (2)

De son côté, Jean-Claude Merlane, professeur en RH à Toulouse Business School, prévient : «  Il ne faut pas se laisser abuser par les effets de mode. Soyons raisonnable. Voyons ce qu’on peut faire intelligemment de ce dispositif, sans décréter qu’il est la panacée. (…) Le succès de l’intrapreneuriat repose sur l’engagement clair et formel de la direction et du comité de direction. Sans cet appui, on a vite fait de jouer à l’apprenti sorcier. » (3)

N.S.

(*) Enquête menée en partenariat avec Viadéo et Cadremploi, auprès de 4 000 personnes
(1)
Dunod, 2018
(2) Tribune publiée le 4 avril 2019, Dirigeants.fr
(3) Focus-RH, 23/07/17

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