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Marché du travail

« Mettre en synergie tous les acteurs de l’alternance »

Favorisant un accès rapide à l’emploi, l’alternance s’est imposée comme une voie d’avenir pour de nombreux jeunes. Quels défis se profilent dans le monde d’après pour les acteurs de ce format d’apprentissage ? Quels seront les effets du plan de soutien mis en place par le Gouvernement ? L’éclairage de Souâd Zaouni-Denoux, Maître de conférence HDR* en Sciences de l’éducation à l’Université Paul Valéry, Montpellier 3.**

En France, l’alternance est au cœur des politiques d’insertion professionnelle. Avec des résultats à la clé, puisque 70 %*** des jeunes qui font ce choix trouvent un travail dans les 7 mois…

C’est effectivement avec l’idée de favoriser l’insertion professionnelle, que les dispositifs d’alternance ont été relancés dans notre pays depuis le début des années 90. La visée était de permettre aux jeunes de réaliser leur apprentissage en se confrontant au monde de l’entreprise.

Ces dispositifs démontrent toute leur pertinence pour professionnaliser des publics qui ont déjà un certain niveau de formation : BTS, Licence, Master, École de commerce ou d’ingénieur …
En revanche, pour les publics avec des niveaux de formation moins élevés (CAP, BEP…), voire en difficulté (jeunes sortis du système scolaire ou en quête de qualification, adultes sans emploi avec un faible niveau de qualification), l’alternance peine davantage à remplir ses objectifs d’insertion. Une fois sortis du dispositif, ces jeunes ou adultes sont souvent à nouveau « livrés » à eux-mêmes.

Pour optimiser ses effets auprès d’eux, l’alternance doit davantage s’envisager dans une trajectoire à long terme, avec un accompagnement, avant, pendant, après la formation et dans l’emploi. Certaines personnes qui ont connu des difficultés rencontrent des obstacles à tenir un poste de travail une fois embauchés.

En 2019, on comptait 491 000 alternants et apprentis ***, soit une progression de 16 % par rapport à 2018. La conjoncture actuelle a-t-elle des effets sur le développement de ce format pédagogique ?

La crise de la COVID 19 a eu un impact sur les périodes de formation en entreprise. Certains apprenants dont la présence n’est pas jugée essentielle à l’activité de leur entreprise, se retrouvent pénalisés en raison des considérations sanitaires. Sans oublier, ceux qui réalisaient leur formation dans des entreprises qui ont dû cesser leur activité, notamment dans le commerce ou l’artisanat.

La majorité des organismes de formation et universités ont maintenu des enseignements à distance. L’impact est moindre sur les étudiants engagés dans une voie classique, que pour les apprentis ou les alternants, à qui il va manquer l’apport d’une formation et des apprentissages sur le terrain professionnel. Dans ce contexte incertain, de nombreuses entreprises se montrent très attentistes quant au quota d’alternants ou d’apprentis qu’elles accueilleront l’année prochaine.

Avec son plan de soutien lancé en juin, le Gouvernement s’est donné les moyens de relancer cette dynamique d’apprentissage …

A travers des aides financières allant de 5000 à 8000 euros en fonction de l’âge****, le gouvernement souhaite effectivement encourager les entreprises à continuer d’embaucher des alternants et des apprentis.
Cette démarche devrait surtout porter ses fruits dans les entreprises qui ont réussi à résister à la crise économique. Et donc plutôt aux grandes entreprises, qui font appel aux profils les plus qualifiés. Le problème est qu’en France, l’apprentissage est majoritairement pratiqué dans les petites et moyennes entreprises, voire dans l’artisanat. Et ce sont ces acteurs qui sont les plus touchés actuellement par la conjoncture économique. Par effet de ricochet, cela devrait impacter leur embauche d’alternants et apprentis.

Dans ce contexte, quels défis se profilent dans le « monde d’après » pour les acteurs de l’alternance ?

L’enjeu sera d’élargir la vision de l’alternance. Financeurs, concepteurs, formateurs, responsable de formation, professionnels de l’emploi et de l’insertion, tuteurs en entreprise, conseillers d’orientation … tous les acteurs doivent coopérer à la création de parcours de formation, et d’accompagnement sur des temporalité longues, en direction des publics les plus en difficulté, fragilisés par la conjoncture économique.

C’est dans cet esprit de partenariat que nos voisins allemands ou d’Europe du Nord appréhendent l’alternance. Dans ces pays, celle-ci est davantage gérée par les représentants professionnels que par les pouvoirs publics ou les milieux académiques. En France, il nous arrive de le faire, mais cela reste fragile et expérimental. Il faut désormais que nous travaillons davantage de manière « décloisonnée », plus en synergie, pour que les bienfaits de l’alternance profitent aussi en termes d’insertion aux publics les plus en difficulté.

L’institutionnalisation de l’AFEST (Action de Formation en Situation de Travail) pourrait-elle avoir un effet bénéfique sur l’apprentissage et l’alternance ?

Tout à fait. S’inscrivant dans le cadre de la réforme de la formation professionnelle, l’AFEST reconnaît aux entreprises un rôle formateur. Ce dispositif va faire évoluer les représentations et les pratiques, et amener les milieux académiques et professionnels à davantage coopérer, à reconnaître mutuellement leurs rôles.
De l’autre, il sera également essentiel de penser et mettre en place des dispositifs aussi de formation en direction de tous les acteurs de l’alternance afin de leur permettre de monter en compétence et d’accroître leur professionnalisme sur ce format pédagogique.

*Habilitation à Diriger des Recherches.
**Souâd Zaouni-Denoux est Présidente du jury du diplôme des CEFI (Conseillers Emploi, Formation, Insertion), co-auteure des ouvrage « La Formation en Alternance, Diversité des dispositifs, perspectives des usagers et complexité des approches » et « Problématiser les situations professionnelles », collection Cognition et formation.
***Source : Ministère du Travail (2019).
**** Jusqu’au 28 février 2021, les entreprises qui recruteront un apprenti bénéficieront d’une aide élargie à l’embauche de 8.000 € euros pour les jeunes entre 18 et 30 ans et 5.000 € pour les moins de 18 ans.

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