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Nicolas Colin, l’économiste de la transformation numérique

Marché du travail

Nicolas Colin, l’économiste de la transformation numérique

L’incapacité à donner du sens à la révolution digitale et le manque d’imagination pour faire évoluer les systèmes sociaux vers une meilleure protection des individus sont, pour Nicolas Colin, les raisons du repli des sociétés sur des discours autoritaires ou démagogiques. 

Nicolas Colin est un atypique, passé des Telecoms à l’Ena, de l’Ena à l’Inspection des Finances et de l’Inspection des Finances à l’incubation de startups…avec pour fil rouge une réflexion sur les impacts de la révolution numérique : il a publié et produit « de la doctrine et de la vision, une vision de marché pour nourrir en permanence la stratégie d’investissement » de The Family, l’incubateur de startups qu’il a fondé. Cet économiste travaille sur des économistes peu connus (Carlotta Perez économiste vénézuélienne, auteur de  «Révolution technologique et capital financier » en 2002, l’une de ses références majeures) et depuis quelque temps sur Karl Polanyi.

Le terreau du fascisme selon Polanyi

Mort en 1964, cet économiste hongrois a publié « La grande transformation », une analyse des raisons pour lesquelles le fascisme est apparu au même moment dans plusieurs pays durant le premier tiers du XXème siècle. Karl Polanyi réfléchissait en économiste, en termes de crise d’adaptation et à ce moment particulier de l’histoire économique où le modèle de production industrielle de masse se diffusait à toute vitesse dans un contexte où dominaient les fervents partisans de la doctrine du laisser-faire. Selon lui, le laisser-faire provoque une telle violence sur la société, et notamment sur les plus modestes, ceux qui travaillent à l’usine, que ce monde-là a réagi de façon extrêmement vive, faisant naître le fascisme.

Brexit, Trump… ou le remplacement de l’économie fordiste par l’économie numérique

La lecture de Karl Polanyi redevient particulièrement intéressante à notre époque. Nicolas Colin a ainsi publié un article pour montrer à quel point le Brexit est un symptôme du basculement qui est en train de s’opérer, puis l’a commenté dans plusieurs entretiens, dont l’un récemment accordé à L’Obs. Le remplacement de l’économie de type fordiste par une économie numérique, explique-t-il, met sous tension les sociétés occidentales. Le Brexit, comme la victoire de Donald Trump dans la course à l’investiture républicaine aux élections présidentielles américaines ou la ré-émergence de discours autoritaires en Europe sont les symptômes de cette perdition, en particulier sur le vieux continent où l’Union européenne, pilier de l’économie fordiste durant la seconde moitié du XXe siècle, n’est plus en mesure de protéger au moment de la transition numérique : « l’Union européenne est aussi impuissante face au nouveau paradigme que l’étalon-or et le libre-échange au début du XXe siècle »

Un nouveau moment Polanyi ?

Ce « moment Polanyi » est celui « où l’on passe d’un paradigme économique à un autre, sans avoir les bonnes institutions », dit-il. Une économie disparait, une autre arrive et personne n’arrive à donner du sens à la transformation. Seul Barack Obama a, selon lui, « pendant huit ans essayé de projeter les Américains dans le futur en leur disant : ne rêvez pas, on ne va pas recréer tous les emplois dans les usines, mais on va créer d’autres emplois, notamment dans les services à la personne et, pour cela, il faut soutenir les entreprises numériques. En Europe, les politiques comprennent moins bien ce qui se joue, car ils n’ont pas la même proximité avec les Google, Amazon, Uber… ». Nicolas Colin voit deux dangers. Le premier est celui qui consiste à dire aux GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) de résoudre les problèmes qu’ils créent, en s’en débarrassant. Le second est de vouloir corriger les dommages du numérique en faisant entrer les nouvelles entreprises du numérique dans les anciennes cases du fordisme.

Un peu d’imagination radicale

Nicolas Colin n’est pas un partisan du laisser-faire. Il est libéral en économie, mais c’est certainement le plus fervent partisan des systèmes de protection sociale et de leur adaptation au monde numérique. Il avait déjà évoqué le sujet avec Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, dans le livre de ce dernier (Permis de construire, éditions Tallandier), paru en 2015. Beaucoup de pistes sur les contrepouvoirs sociaux à la transformation digitale y sont déjà évoqués. Aujourd’hui, il aspire à des débats de grandes transformations sociales et à un peu « d’imagination radicale ».

 

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