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Nicolas Menet : « Il y a 93 000 emplois à créer dans la Silver Économie »

Malgré les difficultés rencontrées lors de la crise sanitaire, la filière Silver Économie accélère son développement et recrute dans de nombreux domaines. Rencontre avec M. Nicolas Menet, Directeur Général de Silver Valley et Vice-Président de la filière Silver Économie.

Pouvez-vous présenter le secteur de la Silver Économie et ses perspectives en termes d’emploi ?

La filière « Silver Économie » a été officiellement créée en 2013 pour structurer le secteur autour de l’idée que le grand âge pouvait être porteur de croissance, d’emploi et d’innovation. Les entreprises de la Silver Économie innovent pour que le vieillissement ne se résume pas à la maladie, à la dépendance ou à un accompagnement technique. De plus en plus de gens souhaitent vieillir à domicile et sont prêts à consommer des services pour les y aider, tandis qu’une nouvelle génération de professionnels, dont beaucoup ont été aidants* eux-mêmes, accompagne les personnes âgées plus efficacement.

93 000 postes sont à pourvoir dans la filière.

En 2019, le rapport El Khomri en faveur de l’attractivité des métiers du grand âge envisageait que 93 000 postes étaient à pourvoir dans la filière. Les secteurs de l’aide à la personne, du « care », recrutent. On a besoin de soignants, d’aides à domicile… entre autres. Les besoins sont énormes mais il faut revaloriser les salaires, et on a besoin de formations labelisées au-delà des gestes médicaux et du service à la personne, dans le lien social, l’aide à l’adaptation du logement, etc. Bref, il faut rendre ces métiers plus attractifs pour donner aux gens l’envie de les rejoindre.

L’innovation est surtout portée par les startups, qui créent aussi des emplois quoiqu’en plus petit nombre. Deux grandes compétences leurs manquent : le développement commercial et la communication / marketing. Elles auraient tout à gagner à embaucher dans ces domaines pour accélérer leur croissance.

Quel est le rôle de votre structure, Silver Valley, dans cet écosystème ?

Nous jouons trois rôles. Le premier est celui de réseau d’acteurs innovants du milieu de la Silver Économie. Nous fédérons un écosystème de 4 000 professionnels dont on anime la communauté.

Notre deuxième mission est d’accompagner les entrepreneurs et intrapreneurs grâce à une offre de services adaptée. Nous leur proposons un programme d’incubation et d’accélération ultra personnalisé. Nous regroupons également un panel de 9 000 bénévoles séniors qui participent à donner leurs attentes et leur avis sur les services et projets de nos membres. Ils testent, co-créent et parfois challengent les idées qui leur sont proposées lors d’ateliers de design thinking.

Nous participons enfin à la vie citoyenne en produisant des notes au gouvernement et en étant auditionnés par les partis politiques. Nous participons parfois à l’écriture de projets de loi.

Comment ce secteur est-il spécifiquement impacté par la crise sanitaire ?

La crise sanitaire aura eu pour effet indéniable de renforcer l’inclusion numérique d’un grand nombre de personnes âgées auparavant éloignées de ces usages. Avec les confinements successifs, elles se sont vues obligées d’utiliser les outils numériques et y ont développé des compétences qui ont donné un gros coup d’accélérateur au secteur.

Ensuite, de nombreux aidants ont pris conscience, à l’occasion de cette crise, que les besoins de leurs parents étaient réels. Ils ont dû recourir à des services d’aide à domicile auxquels ils ne faisaient pas appel avant.

Enfin, le fait de passer tant de temps chez soi a amené beaucoup de gens à reconsidérer l’aménagement et l’adaptation de leur logement. Il y a eu beaucoup de travail pour les artisans, qui ne sont pas nombreux à être certifiés pour l’aménagement des pièces aux enjeux du vieillissement, d’ailleurs.

Quelles sont les perspectives du secteur à moyen terme ?

On recense environ 600 projets d’innovation dans la Silver Économie. Il peut être intéressant pour de nombreux demandeurs d’emploi de plus de 55 ans d’y travailler pour faire bénéficier les jeunes acteurs du milieu de leur expérience en matière de gestion, de RH et de finance notamment. L’emploi de seniors est un gros plus pour les startups composées de personnes souvent très jeunes.

De même, de nombreuses personnes qui se sont retrouvées aidantes à un moment de leur vie peuvent reconvertir ces compétences pour travailler dans l’aide à la personne si elles viennent à être éloignées de l’emploi. On peut valoriser ces acquis via l’auto-entrepreneuriat. C’est une belle façon de rebondir qui concerne potentiellement les 11 millions d’aidants en France.

11 millions de personnes développent des compétences d’aidants.

Certaines barrières commencent à être levées, notamment sur le numérique et sur le plan réglementaire. Il reste beaucoup à faire cependant, et il y a une forte demande. Pôle emploi a un rôle crucial à jouer pour continuer à se connecter à cette filière de la relance. Nombreux sont les emplois à créer, il faut orienter les gens et accélérer.

A.L.

Lien utile : Le site de Silver Valley

* Le terme « aidant », ou « aidant familial », désigne les personnes en charge d’un de leur proche en perte d’autonomie.

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