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« On ne forme pas les gens, ce sont les gens qui se forment » – Entretien avec la députée Catherine Fabre

La loi en préparation sur l’apprentissage prépare un profond changement culturel du système d’acquisition des compétences. Entretien avec sa rapporteure à l’Assemblée nationale, Catherine Fabre, qui n’hésite pas à prendre Top Chef comme exemple d’une bonne méthode.

Publié le 23/03/2018 Mise à jour le 27/03/2018

 Copyright Jean-Luc Hauser — CC BY-SA 4.0

Catherine Fabre est persuadée que l’implication personnelle est au cœur du processus d’acquisition des compétences. La députée LREM, qui a enseigné la Gestion des ressources humaines et travaillé dans la formation continue à la validation des acquis de l’expérience, est rapporteure du « projet de loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel » sur les volets « formation professionnelle » et « apprentissage ». Elle va devoir l’articuler avec le Plan d’Investissement dans les Compétences 2018-2022. Une révolution dans l’apprentissage.

Pour évoluer professionnellement, pour changer de métier ou trouver un emploi, les compétences transversales aux métiers sont devenues essentielles. L’enjeu est désormais d’apprendre à apprendre.

« La France est un pays d’ingénieurs et de compétences techniques, d’expertise, explique-t-elle. Le problème est que les métiers changent vite, de plus en plus vite et que les savoirs techniques et leur transmission « descendante » ne suffisent plus. Il faut constamment réapprendre. Pour évoluer professionnellement, pour changer de métier ou trouver un emploi, les compétences transversales aux métiers sont devenues essentielles. L’enjeu est désormais d’apprendre à apprendre ». Ou, dit autrement, « on ne forme pas les gens, ce sont les gens qui se forment ».

La motivation, clef de voûte de l’apprentissage

Son expérience d’enseignante dans la formation continue, comme ses travaux sur la psychologie du changement, lui ont forgé la certitude que « la réforme, c’est d’abord celle de l’enseignement et du management, car tout ne se transmet pas du haut vers le bas, et que l’implication est centrale. Tout part de la motivation, et cette question de la motivation initiale est plus importante que tout. L’acquisition des compétences tient à l’implication. Il faut faire participer les élèves à leur apprentissage, c’est la meilleure manière d’acquérir savoir-faire et savoir-être : avancer en tâtonnant, en se trompant, en comprenant ses erreurs pour apprendre soi-même. Personne n’apprend vraiment de manière théorique. En revanche, on acquiert le savoir-faire par l’expérience, on acquiert le savoir-être par le tâtonnement ». Cette acquisition des compétences pose d’abord, selon elle, la question de l’organisation de la formation, la question du système de formation comme « organisation apprenante ». Comment ce système peut-il faire apprendre, laisser expérimenter, proposer ? Depuis longtemps, les spécialistes de la formation ont réfléchi sur ces « organisations apprenantes » : si la première étape du processus d’apprentissage est toujours celle de la connaissance des techniques et procédures, la seconde, tout aussi indispensable est celle de l’apprentissage des compétences, c’est-à-dire la manière dont les savoirs peuvent être mobilisés dans des situations de travail nouvelles. Apprendre à s’adapter ne peut s’acquérir qu’en expérimentant, puis en tirant les leçons de ses succès et de ses échecs. Et apprendre à s’adapter amène à rentrer dans des logiques professionnelles où l’on doit sur le long terme, constamment apprendre.

Un bon exemple ? L’émission Top Chef, où les candidats se retrouvent dans des situations de travail un peu déroutantes dans lesquelles ils doivent constamment s’adapter et inventer, montrer leur savoir-faire comme leur savoir être.

Revaloriser l’apprentissage

Il faut donc, but essentiel de l’apprentissage, apprendre à apprendre. Une question particulièrement sensible sur laquelle Catherine Fabre organise, par exemple, des ateliers de concertation dans le cadre de la préparation de la loi. « L’apprentissage s’adresse trop souvent à des jeunes qui se sentent en échec, dont on n’a pas travaillé le projet, explique-t-elle. Ils ont été orientés alors qu’ils pensent que la filière générale est plus valorisante, ils y vont à reculons avec une estime d’eux-mêmes dans les chaussettes. Du coup, l’essentiel – qui est de travailler le projet, toujours et encore, et de former sur la longueur, c’est le projet du PIC – disparaît. Le paradoxe est que les français trouvent l’apprentissage formidable… mais uniquement pour les autres. Ils sont sincères, ils pensent vraiment beaucoup de bien de l’apprentissage, mais ils considèrent que l’apprentissage n’est pas valorisé et ils n’y vont pas parce que les autres n’y vont pas. Pour contrer cela, il va falloir donner des informations claires sur l’insertion professionnelle, multiplier les rencontres, simplifier la machine à former. L’un des premiers objectifs est d’organiser une nouvelle communication sur l’apprentissage et de montrer tous ces exemples ». Elle ajoute « croire beaucoup à la force de l’identification ». Un bon exemple pour elle ? L’émission Top Chef, où les candidats se retrouvent dans des situations de travail un peu déroutantes dans lesquelles ils doivent constamment s’adapter et inventer, montrer leur savoir-faire comme leur savoir être. Les chefs étoilés les guident, sans jamais rien leur imposer mais en mettant le doigt sur des erreurs possibles ou une solution particulièrement créative.