Marché du travail

Paris chôme t-il ?

Les demandeurs d’emploi de la capitale présentent un risque plus élevé de chômage de longue durée, selon deux chercheurs. Démonstration.

Attention paradoxe : alors que le marché du travail est particulièrement dense et actif à Paris, les demandeurs d’emploi parisiens intra muros s’exposent à un risque accrû de chômage longue durée. Cette affirmation est étayée par une étude basée sur la période 2010 par deux universitaires, Yannick L’Horty et Florent Sari (CEE-CNRS-Université Paris Est).

Topographie des lieux tout d’abord : « 110 000 demandeurs d’emploi à Paris en 2010, soit 9,1% de la population active » quant le taux de chômage régional est fixé à 8,3% et le taux national à 9,5%. Paris talonne la Seine-saint-Denis. « La capitale politique, administrative, financière, économique, culturelle et universitaire de la France est aussi un territoire où un taux de non-emploi est anormalement élevé et où la durée du chômage est particulièrement longue » observent les deux chercheurs. Ainsi la durée du chômage au milieu des années 2000, en milieu parisien, était de 14 mois contre 11,5 mois dans l’ensemble de la région Ile-de-France et 10,5 mois dans la France entière. Ce n’est pas un phénomène nouveau pour qui s’intéresse au marché de l’emploi, ce taux supérieur de chômage est structurel à Paris depuis plus de trente ans.

« C’est aussi à Paris que la proportion de chômeurs de longue durée et celle d’allocataires de minima sociaux sont parmi les plus élevées. Avant l’instauration du revenu de solidarité active (RSA), en juin 2009, on dénombrait plus de 62 500 allocataires du revenu minimum d’insertion (RMI), soit 4,3% de la population parisienne. C’est très supérieur à la situation de la région (3,6%), et à celle de la France métropolitaine (3,2%) » rappelle encore l’étude.  Comment expliquer un tel état de fait qui détruit l’image d’Epinal d’un centre-ville gentryfiée et hérmétique comme un coffre-fort ?

La difficulté de se loger à Paris décourage de partir

Eléments de réponse proposés  par Yannick L’Horty et Florent Sari qui ont combiné les mécanismes théoriques du « Spatial Mismatch » et du « Skill Mismatch » ( disparité sociale) et conçu une carte des mobilités (et immobilités) professionnelles de Paris. Leur théorie est aussi paradoxale que la situation parisienne de l’emploi : « Résider à Paris n’est pas une localisation optimale du point de vue du retour à l’emploi, toutes choses égales par ailleurs, affirment-ils. Une localisation périphérique dans la petite couronne et jusqu’aux confins de l’agglomération, mais sans aller trop loin, est préférable pour réduire la durée du chômage d’un demandeur d’emploi. » C’est que s’ils résident à proximité d’un gisement d’emplois d’un très grand volume, les caractéristiques des emplois offerts ne correspondent pas à celles des emplois demandés. « En outre les offres d’emploi qui correspondent effectivement aux caractéristiques des demandeurs sont, en règle générale, physiquement éloignées du centre de Paris. Compte tenu du profil des demandeurs d’emploi parisiens, des offres d’emploi adéquates existent et elles sont nombreuses, mais elles sont physiquement situées en périphérie intermédiaire de l’agglomération parisienne, c’est-à-dire assez loin de Paris intra-muros. Eloignés physiquement des offres d’emploi qui correspondent à leurs profils, les demandeurs parisiens subissent un temps de recherche d’emploi plus long que celui des chômeurs des autres villes et d’autres départements. »

D’autres facteurs jouent sans doute dans cette relative immobilité. La réelle difficulté à trouver un logement dans le parc social à Paris découragerait les détenteurs d’un tel appartement « à réduire leur périmètre d’emplois et allonger aussi leur durée de recherche ». A ces facteurs, s’en ajoutent bien d’autres qui fabriquent un chômage spécifiquement parisien : « les politiques sociales de la Ville de Paris, le travail informel dans les secteurs des hôtels-cafés-restaurants et de la culture, ou encore les difficultés de la gouvernance des politiques de l’emploi à Paris constituent d’autres facteurs qui peuvent eux aussi contribuer à allonger la durée du chômage parisien ».

www.lesinfluences
« Pourquoi tant de chômeurs à Paris ? », de Yannick L’Horty et Florent Sari, CEE, document de travail N°136.

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