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Peut-on repenser le progrès social ?

Innovation & Société

Peut-on repenser le progrès social ?

269 chercheurs de 30 nations différentes s’apprêtent à publier un rapport pour relancer le débat sur l’idée d’un progrès social adapté au XXIe siècle.

Publié le 21/12/2017 Mise à jour le 15/03/2018

C’est ce que l’on appelle un « pavé » : 2 686 pages, 778 758 mots et 269 auteurs. Mais le sujet en vaut la peine puisqu’il s’agit du progrès social au XXIe siècle. Cette initiative universitaire, marquée par la création du Panel International sur le Progrès Social (PIPS) qui bénéficie de la compétence de centaines d’experts en questions sociales, a pour objectif de fournir un rapport qui va être adressé à tous les acteurs sociaux, mouvements, organismes, politiciens et décideurs. Le PIPS a pour ambition de redéfinir la question du progrès social et d’ouvrir le débat partout dans le monde. Le rapport qui devrait être publié dans les prochaines semaines a été coordonné par la sociologue et économiste hollandaise Saskia Sassen.

Göran Therborn, sociologue de l’université de Cambridge, et Marc Fleurbaey, économiste à l’université de Princeton, détaillent dans un article la démarche et les raisons pour lesquelles l’humanité est passée d’une foi sans faille dans le progrès social (entre 1950 et 1980 environ) à un doute assez généralisé. Tandis que l’humanité vivait dans l’angoisse d’une Troisième guerre mondiale, thermonucléaire, elle continuait d’espérer, de croire en la possibilité d’une société meilleure. Des années 50 au début des années 80, c’est tout à la fois l’avènement de la société de consommation et l’extension des droits sociaux dans les pays développés. Les mouvements d’indépendance en Afrique et en Asie aboutissent à l’apparition de « nouvelles puissances émergentes ». Une croyance forte dans le progrès social est également marquée en Amérique latine par la création de Brasilia ou la révolution cubaine. Arrive ensuite la période où ce mode de vie ne convainc plus, le moment où « la capacité d’inclusion de l’État-nation est remise en question soit par la mobilité du capital soit par celle du monde du travail. La première limite les ressources économiques de l’État, tandis que la seconde complique, voire perturbe, le concept établi de citoyenneté ».

À cela s’ajoute, pour faire exploser la notion même de citoyenneté, que « de nombreux mouvements solidaires et organisations populaires sont affaiblis ou divisés et que des mouvements ouvertement exclusivistes, qu’ils soient ethniques ou religieux, connaissent aujourd’hui une recrudescence phénoménale » Et ils ajoutent que « le monde des affaires s’intéresse exclusivement à l’innovation technologique, sans aucune vision de progrès social au sens large et que les mouvements écologistes radicaux, eux, envisagent une société de décroissance et de consommation réduite dans les pays riches comme seul moyen d’éviter une catastrophe climatique ».

Dans ce contexte, comment élaborer une vision réaliste du progrès social ? C’est à cela que va s’attaquer le « pavé » en indiquant d’entrée de jeu que pour que l’idée du progrès social s’inscrive de nouveau dans la réalité, « notre société doit changer radicalement afin de devenir une communauté humaine de nations » alors que « nous nous orientons actuellement dans la direction opposée. Les nations sont de plus en plus fragmentées au niveau économique, polarisées au niveau idéologique. Elles ont besoin de se reconstruire. Peut-être que les défis planétaires pourraient être le moteur de cette reconstruction ».

En tout, l’enjeu est à la fois dans la reconstruction des nations et dans une gouvernance mondiale. Or, aujourd’hui, il « n’existe toujours pas une véritable institution internationale de régulation de l’économie mondiale ». Les 269 chercheurs et universitaires vont donc explorer la viabilité des idées existantes et étudier les possibilités à long terme, « dépasser l’analyse des politiques envisagées et imaginer comment des réseaux d’institutions alternatives pourraient faire avancer le progrès social ».

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