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Peut-on repenser le travail ?

L’analyse de son étude sur l’efficacité des politiques européennes en faveur des transitions professionnelles, a conduit la Fondation ITG à proposer au ministre du Travail, des pistes de réformes un système de formation complexe et opaque. 

Think-tank sur le travail et les nouvelles formes d’emploi, la Fondation ITG spécialisée dans le portage salarial vient, lors de son deuxième colloque, de remettre à François Rebsamen, ministre de l’Emploi, du Travail, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, un projet de réforme. Elaboré avec l’appui de son comité scientifique et divers experts, ce projet, intitulé « Transitions professionnelles : pour réformer enfin le marché du travail ? », entend lutter contre la dualité existante entre les individus dans l’emploi bénéficiant d’une forte protection sociale et ceux éloignés du marché du travail ou subissant une reconversion professionnelle contrainte.

Cette réflexion est basée sur une étude réalisée pour la Fondation par Denis Monneuse, sociologue, chercheur associé à l’IAE de Paris, entre avril et octobre, sur dix pays européens. Classés sur la base de sept indicateurs, elle définit l’efficacité des politiques en faveur des transitions professionnelles dans chaque pays. Verdict : l’Autriche est au vert sur tous les paramètres et la France arrive avant-dernière, d’une courte tête devant l’Italie. « Je me méfie des exemples étrangers » a réagi Raymond Soubie, Président d’Alixio conseil et grand spécialiste du social, lors du débat qui a suivi la présentation. Cette étude montre notamment qu’en ce qui concerne la formation tout au long de la vie professionnelle, la France se situe derrière l’Autriche, le Danemark, la Finlande, les Pays Bas et la Suède. Certes l’Autriche connaît quasiment le plein emploi avec un taux de chômage à peine supérieur à 4% mais surtout, comme en Suisse ou en Allemagne, l’apprentissage y est généralisé. « Compte tenu de ce socle beaucoup plus fort qu’en France, la formation est moins difficile qu’en France avec des gens peu qualifiés », a renchéri Bernard Gazier, professeur de sciences économiques. Néanmoins la Suède forme plus de deux fois plus de chômeurs non qualifiés que la France.

Autre mauvais point pour la France qui a mit d’accord la majorité des intervenants : la complexité des dispositifs qui freine la visibilité. Favorable à « un moratoire des réformes entreprises par chaque nouveau ministre pour faire plaisir à son patron et même en supprimer quelques unes », les propos de Raymond Soubie font écho chez Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’Etat auprès du Premier Ministre, chargé des relations avec le Parlement. « Il est vrai que le système est de plus en plus complexe et de plus en plus loin des gens. Il faut simplifier, unifier, rendre l’information plus accessible et s’attacher à l’individu plutôt qu’au collectif », a-t-il rajouté. Une problématique rencontrée au quotidien par Catherine Barbaroux, présidente de l’Adie. « On voit à l’Adie des gens qui ne trouvent pas certains chemins. Sur les 15 000 financés l’an dernier, 42% étaient au RSA. Le problème est que tous les droits et les droits annexes ont été construits sur le contrat de travail. Aujourd’hui, selon les chiffres de la Dares, 87,4% des embauches se font en CDD, alors qu’avant 2008, ils ne représentaient que 70%. Nous devons donc tous changer de méthode et de regard sur la portabilité des droits. »

C’est d’ailleurs la première proposition faîte par la Fondation ITG au ministre du Travail. Afin d’assurer une visibilité parfaite aux salariés des leviers utiles pour prendre en main leur vie professionnelle, elle propose de créer un compte unique intégrant les droits sociaux attachés à chaque individu afin de faciliter les transitions professionnelles. Pour l’efficacité de la puissance publique, elle propose ensuite de mettre en place une plateforme dédiée au pilotage des transitions professionnelles. Et enfin, la Fondation suggère de créer une application digitale rassemblant les droits sociaux des salariés. Une façon pour elle de sortir du débat sur le contrat unique en proposant une réflexion sur le statut de l’actif.

 

Cécile Antoine

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