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Pour l’OCDE les inégalités sont un frein considérable à la croissance

L’aggravation des inégalités de revenu dans le monde a fait perdre de considérables potentialités de croissance, jusqu’à 10 points en 20 ans. C’est l’OCDE qui livre ce constat, à rebrousse poils de beaucoup de stratégies publiques dans le monde. 

Publié le 23/01/2015 Mise à jour le 16/03/2018

Chacun sa méthode de calcul, chacun son objectif, mais le rapport de l’OCDE sur les inégalités est tout aussi dérangeant que le travail de Thomas Piketty. La direction de l’emploi, du travail et des affaires sociales de l’OCDE s’est en effet posé qu’une seule question : l’accroissement des inégalités de revenu est-il un frein à la croissance ? Et la réponse est oui. Une première ébauche du travail de deux économistes rattachés à l’OCDE, Michael Forster et Federico Sangano, vient d’être publiée. Leur constat de départ est que « jamais en 30 ans le fossé entre riches et pauvres n’a été aussi prononcé qu’aujourd’hui dans la plupart des pays de l’OCDE ». Dans tous les pays de l’OCDE, l’aggravation globale des inégalités de revenu est certes tirée par les 1 % les plus riches, qui sortent du lot, mais le plus important en termes de croissance, ce sont les familles au revenu modeste, qui creusent leur retard.

Dans tous les pays pour lesquels l’OCDE possède des séries statistiques suffisamment longues les résultats sont quasi identiques : les inégalités « bondissent » et souvent de manière spectaculaire comme  aux États-Unis, en Finlande, en Israël, en Nouvelle-Zélande et en Suède. Seuls quelques pays comme la Grèce ou la Turquie sont concernés par une diminution des inégalités et trois seulement sont épargnés : la France, les Pays Bas et la Belgique n’ont connu depuis le milieu des années 80 qu’une très faible variation. Mais la véritable nouveauté est ailleurs. Les deux économistes ont en effet calculé l’incidence des inégalités de revenu sur la croissance des pays considérés. Ils l’ont fait sur la période 1985-2005 pour ne pas être contesté sur des statistiques trop récentes dont on mesure encore mal les effets sur la croissance et le résultat est terrible : « On estime, écrivent-ils, que le creusement des inégalités a coûté plus de 10 points de croissance au Mexique et à la Nouvelle-Zélande, près de 9 points au Royaume-Uni, à la Finlande et à la Norvège, et de 6 à 7 points aux États-Unis, à l’Italie et à la Suède. À l’inverse, une situation plus égalitaire avant la crise a contribué à faire progresser le PIB par habitant en Espagne, en France et en Irlande ».

Les travaux de Foster et Sangano sont encore en cours, mais l’OCDE a décidé d’en publier les premiers résultats car ils peuvent avoir un impact déterminant sur les conduites des politiques publiques. D’abord parce qu’ils tendent à montrer que la redistribution par l’impôt et les prestations est « le moyen le plus direct de corriger les inégalités (…) La redistribution n’est pas en soi un frein à la croissance économique ». Il faut bien sûr se garder de penser que toute mesure de redistribution a un effet positif sur la croissance, mais bien ciblée la redistribution est un facteur de croissance. Ensuite parce ce que, dit l’OCDE, « cela remet notamment en cause l’idée selon laquelle les décideurs doivent nécessairement trouver un compromis entre promotion de la croissance et lutte contre les inégalités (…) Il est probable que les politiques qui contribuent à en enrayer le développement ou à inverser la tendance feront les sociétés plus riches, en plus de les rendre moins injustes ». Pour être parfaitement clair l’OCDE explique que « ce n’est pas uniquement la pauvreté ou le revenu des 10 % de la population au bas de l’échelle qui inhibe la croissance. Les pouvoirs publics doivent se préoccuper plus généralement du sort des 40 % les plus défavorisés ». Et l’Organisation internationale, dont nul ne conteste aujourd’hui l’objectivité des travaux, avance que les programmes de lutte contre la pauvreté ne suffiront pas à relancer la croissance mais que « le versement de prestations en espèces, mais aussi le renforcement de l’accès aux services publics — entre autres à des services d’éducation, de formation et de soin de qualité — sont autant d’investissements sociaux qui doivent se traduire, sur le long terme, par davantage d’égalité des chances (…) ainsi d’ailleurs que des politiques pour lutter contre le « sous-investissement chronique des groupes à faible revenu dans l’enseignement scolaire » ou des « stratégies en faveur du développement des compétences » doivent miser entre autres sur le renforcement de la formation et de l’enseignement professionnel pour les travailleurs peu qualifiés, tout au long de leur vie active ». L’OCDE ne dit pas que cela relancera la croissance, elle dit simplement que ne pas le faire fait perdre des points de croissance.

Jean-Pierre Gonguet

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