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Innovation & Société

Pour une croissance responsable

Créée à l’initiative d’entrepreneurs d’entreprises à fort développement, la Fondation Croissance Responsable veut repenser le fonctionnement de notre modèle économique et social. Philippe Reclus, délégué général, explique les missions de la fondation.

EPN : La Fondation Croissance Responsable, c’est un think tank de plus ?
Philippe Reclus : Cette fondation a été créée il y a un an par d’anciens présidents de l’association Croissance Plus et rassemble des dirigeants d’entreprises de toutes tailles, des représentants de l’entrepreneuriat social, du monde syndical, de l’université, du journalisme et de la recherche économique.
Ses fondateurs se sont posé la question de repenser le débat sur l’entreprise et l’économie de marché dans un pays, la France, où ces sujets n’ont pas bonne presse. Nous avons réalisé un sondage qui montre à quel point les Français sont peu nombreux à penser que l’économie de marché peut créer de la valeur, de l’emploi et contribuer à la redistribution des richesses*.
La fondation se veut être un lieu de débat ouvert, hors de toute influence politique et de toute idée de lobby – elle est d’ailleurs hébergée par l’Institut de France – pour devenir une caisse de résonance des multiples initiatives prises dans notre pays afin de favoriser une croissance mieux partagée et plus responsable.
 

EPN : Quelles sont les actions que vous mettez en place?
PR : Nous souhaitons travailler sur trois thèmes par an. Pour chacun de ces thèmes, un groupe de travail, composé de membres du conseil de la fondation et d’experts, identifie les leviers et propose des pistes d’action. Le premier porte sur les pratiques responsables de l’entreprise.
Nous souhaitons mettre au point une grille de lecture prouvant la corrélation entre des politiques qui tiennent compte de toutes les parties prenantes – salariés, sous-traitants, fournisseurs, société civile – et la performance de l’entreprise. Le deuxième, sur lequel nous travaillons actuellement, s’intitule « Comment relancer l’ascenseur social ». Nous considérons que l’entreprise est le vecteur de ce fameux ascenseur que l’on dit en panne. Pour mener ce travail, nous nous sommes associés avec plusieurs lycées de la région parisienne, afin que les jeunes des filières générales et techniques puissent s’exprimer sur leurs attentes et leurs freins face à leur avenir.
 

EPN : Quelles solutions concrètes pensez-vous pouvoir apporter ?
PR : Je suis frappé de constater la méconnaissance des élèves et des responsables de l’enseignement concernant l’orientation et les filières. Pour améliorer les relations entre écoles et entreprises, nous envisageons de proposer aux professeurs de venir une ou deux semaines en stage dans une entreprise, afin de mieux appréhender la réalité des métiers. Cela se fait dans les filières techniques, mais beaucoup moins dans les filières généralistes. L’information et l’orientation sont des données fondamentales pour l’avenir des jeunes générations. Nous souhaitons également valoriser le principe du crédit de formation inversé, c’est-à-dire accorder plus de formation continue à ceux qui ont suivi moins d’études initiales, afin de rétablir un certain équilibre. Et nous souhaitons également les sensibiliser à la création d’entreprise, vecteur d’ascension sociale.
Ce qui me frappe, lors de ces réunions avec de jeunes lycéens, c’est de constater à quel point ils sont lucides, réalistes et ambitieux. Nous sommes loin de l’idée du déclinisme et du désenchantement. Contre toute attente, ils expriment la certitude qu’ils réussiront mieux que leurs parents. Ils dégagent une énergie extraordinaire, bridée par une certaine forme d’autocensure qui les empêche de dépasser leur périmètre.
 

EPN : Et le troisième thème ?
PR : Comment faire de la mondialisation, une opportunité ? Comment ne pas la subir, mais s’en servir…
 
 
Pascale Colisson – Lesinfluences.fr
 
REPERES
* Selon le sondage Fondation Croissance Responsable, réalisé début 2010 par l’Institut Opinionway, 71 % des Français interrogés considèrent que le mot « capitalisme » évoque quelque chose de négatif.
Pour 77 % d’entre eux, la croissance économique ne profite qu’à une minorité. Ce taux monte à 82 % parmi les salariés du privé, plus touchés par la crise et par ses conséquences sur l’emploi et les salaires.
Et 73 % des Français estiment que notre système économique empêche la progression sociale des générations futures. Un sentiment partagé par toutes les tranches d’âges et les catégories sociales. Enfin, 87 % des Français estiment que l’économie de marché profite aux actionnaires.

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