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Qui sont les créateurs d’entreprise aujourd’hui ?

C’est à Paris, dans les locaux de The Family, une structure qui accompagne depuis 5 ans des dizaines de start-up dans leur développement, que le débat Emploi Parlons Net s’est tenu le 3 octobre, dans le cadre de la Semaine de la création et de la reprise d’entreprise de Pôle emploi. Cette table ronde portait sur le profil des créateurs d’entreprise.

Introduite par la COO de Pathfinder Raphaele Leyendecker et animée par le rédacteur en chef d’Alternatives Économiques Marc CHEVALLIER, elle rassemblait : Nathalie Chauvac, sociologue, enseignante associée à l’université Toulouse Jean Jaurès – laboratoire LISST-CERS et cofondatrice de la coopérative de recherche en sciences humaines et sociales Scool, Jean-Pierre Martin, président de l’Union des Couveuses d’Entreprises, Pierre Mugnier, co-fondateur et CEO de la start-up Side et Frédéric Robineau, chef de département en charge de l’offre de service créateurs d’entreprise chez Pôle emploi.

Qui crée des entreprises aujourd’hui ? La question fait écho à deux phénomènes majeurs. D’un côté, l’ère du numérique et des start-up ont impulsé depuis plus d’une décennie un nouveau souffle à l’entreprenariat. De l’autre, l’on assiste depuis 2008 – année de la création du statut de micro-entrepreneur – à un véritable essor de la création d’entreprises. Les chiffres sont sans équivoque : en 2017, 591 000 entreprises ont vu le jour en France, soit près du double par rapport aux 300 000 créées en 2008. Pour autant, toutes les formes d’entreprenariat ne se ressemblent pas.

Mais au fait, quelle est la différence entre une start-up et une entreprise ?

Comme l’a expliqué en introduction Raphaele Leyendecker, COO de Pathfinder, une start-up est, par définition, une entreprise en recherche perpétuelle de son modèle d’affaires et qui est en mesure de grandir grâce à des rendements croissants. Concrètement, cela signifie qu’un client supplémentaire coûtera moins cher que le client précédent grâce à des effets d’échelle. L’entreprise, à l’inverse, repose sur un modèle économique éprouvé et bien connu et celui qui la crée ne cherche pas nécessairement à résoudre une problématique qui ne trouve pas encore de réponse sur le marché.

Quels profils d’entrepreneurs rencontre-t-on aujourd’hui ?

Lieux d’incubation de projets entrepreneuriaux, les couveuses permettent aux créateurs d’entreprise de tester leur activité et d’en mesurer la viabilité. À ce titre, elles constituent, selon Jean-Pierre Martin, un lieu propice à l’observation des entrepreneurs d’aujourd’hui. D’un point de vue purement statistique d’abord : plus de 50% des entrepreneurs sont des femmes, la moyenne d’âge est de 36 ans et elle ne cesse de baisser, et les métiers du service et du commerce sont par ailleurs très bien représentés. Quant à leur parcours, le président de l’Union des Couveuses d’Entreprises a rappelé que nombre de ceux qui se lancent dans l’avenir entrepreneurial sont passés par Pôle emploi. Ils ont profité d’une période de carence d’activité pour réfléchir à la création d’entreprise. Mais, là encore, tous les créateurs ne sont pas des entrepreneurs. Être entrepreneur, c’est « d’abord une attitude, une volonté d’indépendance et une confiance en ses propres capacités ».

Comment expliquer que la création d’entreprises ne soit alors pas spontanément associée à Pôle emploi ?

« Pôle emploi œuvre à faire émerger les projets, à susciter l’idée de création d’un projet chez les demandeurs d’emploi. Mais la création d’entreprise elle-même n’est pour autant pas associée à Pôle emploi dans l’imaginaire collectif », explique Frédéric Robineau. L’institution n’intervient que financièrement une fois l’entreprise créée. En amont cependant, le rôle des conseillers est décisif pour libérer les initiatives. C’est tout le sens des ateliers « S’imaginer créateur » ou « Mon projet d’entreprise et moi », pour ne citer que ces deux exemples. Ils fournissent des armes pour mûrir un projet entrepreneurial et le conduire jusqu’au bout. Le rôle du conseiller est d’être « un facilitateur ». Ensuite, l’institution prend le relai financièrement les entrepreneurs avec deux dispositifs d’ampleur : l’aide à la reprise ou à la création d’entreprise qui permet à un demandeur d’emploi qui crée son entreprise de bénéficier de 45% de son capital d’assurance chômage pour disposer d’un premier apport financier, et le maintien partiel de son allocation dans le temps, jusqu’à trois ans d’activité.

Le système tel qu’il existe en France favorise-t-il la création d’entreprise ?

Pour Pierre Mugnier, il y a une montée en compétence globale en France sur le sujet de la création d’entreprises et de l’entrepreneuriat. Pour le cofondateur de Side, une plateforme qui met en relation des employeurs et des étudiants désireux de trouver un travail flexible, « être entrepreneur, c’est se lancer dans l’inconnu ». Et la meilleure façon de le devenir, c’est d’essayer, d’échouer et de recommencer. Les acteurs de l’innovation soulignent néanmoins que l’écosystème français, voire parisien, s’est profondément transformé en quelques années pour se rapprocher progressivement du modèle prévalent à Londres, « ville de la tech » par excellence il y a encore trois ans. La facilitation des levées de fonds est un atout majeur pour les créateurs d’entreprise dont les chances de succès se mesurent en fait aux moyens financiers déployés dès le commencement de l’aventure. L’évolution de cet écosystème a également permis à des profils acculturés aux logiques « start-up » d’émerger sur le marché du travail.

Pour créer une entreprise, le réseau est-il essentiel ?

À travers une étude au long cours portant sur 97 entreprises innovantes, entre enquêtes qualitatives et enquêtes quantitatives, la sociologue Nathalie Chauvac montre que « l’entrepreneur individuel, isolé, schumpétérien, n’existe pas ». L’entreprise est collective, liée à un milieu technophile. Elle se caractérise le plus souvent par un profil « école de commerce » et un profil « école d’ingénieur », tandem qui permet de croiser les compétences. Les créateurs d’entreprise bénéficient par ailleurs d’un réseau étendu qu’ils peuvent solliciter en cas d’obstacle. Ce réseau compte aussi bien des relations professionnelles antérieures et des relations au sein de leur écosystème. On observe d’ailleurs des phénomènes d’échanges de salariés d’une entreprise à l’autre, que l’on appelle « systèmes locaux de compétences ». Toutefois, au fondement des initiatives, il y a souvent Pôle emploi, qui permet de toucher un revenu garanti sans condition, revenu que ne proposent pas les investisseurs. Pôle emploi n’accompagne pas les entrepreneurs parce que les conseillers croient à leurs projets mais parce qu’il s’agit d’un droit.

Comment sécuriser au mieux le parcours d’un entrepreneur ?

Jean-Pierre Martin insiste : « réussir, c’est être bien entouré ». Pour ce dernier, « la coopérative entrepreneuriale » est un excellent moyen de sécuriser son parcours. En effet, il y a de nombreux obstacles que l’insouciance du début – même si elle donne l’énergie d’entreprendre – ne peut pas toujours résoudre. Comme l’indique Pierre Mugnier, malgré les aides et la volonté de réussir, « l’échec est toujours présent ». Il s’agit d’un risque consubstantiel à la création d’entreprise. C’est la raison pour laquelle, Nathalie Chauvac ajoute que le devoir d’informations à l’attention des entrepreneurs est primordial, un devoir que remplit et doit continuer de remplir Pôle emploi.

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